Laissée à l’abandon depuis l’automne, Place de la source compte près d’une cinquantaine de terrains non développés. Il était à l’origine question d’y construire 55 unités d’habitation, dont une rangée de maisons le long de l’autoroute 410.

Place de la source : une plainte pour fraude au neutre ?

Les propriétaires ayant élu domicile dans le projet résidentiel Place de la source, sur le site de l’ancien Relais Saint-François, trouvent que les démarches judiciaires ne progressent pas depuis plusieurs mois alors qu’ils ont déposé une plainte criminelle au Service de police de Sherbrooke (SPS) contre le promoteur. Le dossier ouvert en 2017 à la suite d’une plainte pour fraude nécessitera plus d’une centaine d’heures de recherche.

En septembre, La Tribune rapportait que ces propriétaires de maisons neuves sur la rue Charles-Hamel avaient dû s’endetter pour rembourser les entrepreneurs qui n’auraient pas été payés par le promoteur, Gestion immobilière Santi, présidée par Marc Bougie. Ces entrepreneurs avaient eu recours à une hypothèque légale pour récupérer les sommes qu’ils réclamaient.

« Au Service de police, en septembre, on s’est fait dire que l’enquêteur responsable de notre dossier était en congé et qu’il revenait en janvier. On s’est fait dire que notre dossier n’était pas assez urgent et qu’ils s’en occuperaient quand ils auraient le temps. On paye des taxes, mais quand on a besoin de protection, on ne reçoit pas de service », déplore Frédéric Leblanc, un des propriétaires.

Selon lui, la plainte criminelle initiale a été déposée en novembre 2017.

« J’ai été obligé de réhypothéquer ma maison. Selon ma dernière évaluation municipale, ma maison vaut moins que ce que j’ai payé. Elle devait prendre de la valeur quand l’ensemble du quartier serait construit. On se sent délaissés. On a hâte que ça bouge. »

Rappelons que Place de la source, aujourd’hui laissée à l’abandon, compte près d’une cinquantaine de terrains non développés. Il était à l’origine question d’y construire 55 unités d’habitation, dont une rangée de maisons le long de l’autoroute 410, des maisons qui agiraient comme mur coupe-son pour le reste du quartier.

La mère d’une autre propriétaire qui se dit flouée préfère ne pas être identifiée. Elle se dit aussi très fâchée par la situation. « En janvier, on nous a demandé plusieurs documents. La personne qui traitait notre dossier nous a dit qu’il lui avait été retiré par manque de personnel. On nous a dit qu’il n’y avait pas assez d’effectifs pour traiter notre plainte. »

Au Service de police de Sherbrooke, le porte-parole Martin Carrier rapporte que l’enquête a suivi son cours jusqu’à l’automne 2018. « Nous avons démontré qu’il n’y avait pas d’acte criminel et que le dossier relevait du civil. Il a été fermé et les plaignants ont été avisés. En janvier, nous avons reçu de nouveaux éléments qui nous ont amenés à réactiver le dossier d’enquête. Dans tous les dossiers d’enquête, et il y en a des milliers chaque année, la priorité va toujours aux crimes contre la personne. Dans ce cas-ci, pour un dossier de fraude, il faudra plus d’une centaine d’heures de travail. C’est un dossier assez complexe et il implique beaucoup de vérifications. Ce n’est pas inhabituel dans ce genre de dossier. C’est sûr que ça amène un certain délai. »

En septembre dernier, le directeur du SPS Danny McConnell lançait néanmoins un appel pour que ses effectifs soient augmentés. Il affirmait alors qu’il lui fallait plus d’enquêteurs et plus de patrouilleurs. Lors de l’adoption du budget municipal en décembre, les fonds accordés au SPS permettaient l’ajout de cinq ressources à l’Équipe mobile d’interventions psychosociales, un projet-pilote devenu permanent.

La présidente du comité de la sécurité publique, Danielle Berthold, confirme qu’il n’y avait pas d’enveloppe pour l’ajout d’enquêteurs. « C’était un choix que nous avions à faire. Ça reviendra au prochain budget. La sécurité des citoyens est importante. C’est dommage que des dossiers tardent. On reparlera de l’ajout d’enquêteurs lors du prochain budget. »

L’automne dernier, Radio-Canada rapportait que Frédéric Leblanc et ses voisins avaient obtenu un jugement favorable à la chambre civile de la Cour du Québec contre Gestion immobilière Santi et Marc Bougie. Ce dernier a donc été condamné à payer 80 000 $ aux trois parties, dont 45 000 $ en dommages et intérêts. Ces clients de Gestion immobilière Santi n’auraient toujours pas été payés. Ils ont toutefois pris une hypothèque légale sur un terrain du projet résidentiel qui est présentement à vendre.