Le commandant Pierre Fortin de la Protection de la faune.

Pêche illégale sur le Memphrémagog : des dizaines de dossiers devant la justice

Les dossiers de dizaines de prévenus interpellés lors de l’opération NORD-SUD, survenue l’an dernier, seront traités en justice dans les prochaines semaines.

Un peu plus d’un an après la rafle des agents de protection de la faune contre la pêche illégale sur le lac Memphrémagog, 71 personnes sont visées par des accusations. De ce nombre, 25 ont déjà plaidé coupables, sur un total de 35 chefs d’accusation et pour 76 000 $ d’amendes, a appris La Tribune.

À lire aussi: Vaste opération contre la surpêche sur le Memphrémagog

En avril, mai et juin, la justice se penchera sur les dossiers de 43 autres individus sur lesquels pèsent 141 chefs d’accusation qui pourraient déboucher sur des amendes potentielles totalisant 383 000 $.

C’est le bilan que dresse le commandant Pierre Fortin, de la Protection de la faune, 13 mois après l’opération d’envergure. Rappelons qu’on avait alors porté un dur coup à d’importantes activités de braconnage en Estrie. Le 13 mars 2018, l’opération NORD-SUD avait mobilisé plus d’une centaine d’agents assistés de l’escouade canine de la Protection de la faune du Québec et de la Sûreté du Québec.

Au total, 102 personnes étaient visées par cette opération. Des perquisitions avaient été réalisées à Sherbrooke, Magog et Stanstead. Plusieurs kilos de perchaude en filet ont été saisis, quelques kilos de cerf de Virginie de même que des embarcations, des véhicules tout-terrain ainsi que des articles de pêche et des équipements servant à la vente de ces poissons.

« Nous avons rencontré ces 102 personnes. Ce n’est pas tout le monde qui est accusé. Nous avons dû rencontrer des gens qui avaient de l’information à fournir et qui nous ont permis de faire avancer l’enquête, explique M. Fortin. Nos dossiers sont peaufinés avant d’être remis au DPCP. »

« Là nous entrons dans la grosse période dans la suite des procédures. Il peut y avoir des ententes qui sont conclues avec la poursuite pour alléger le processus de la cour. »

Rappelons que c’est à la suite d’une longue enquête que les agents ont pu réunir suffisamment de preuves pour intervenir auprès de plusieurs individus qui s’adonnaient à la pêche hivernale et à la vente illégale de perchaude. Les principales infractions reprochées sont vente illégale de poissons, achat illégal de poissons et possession de quantités de poissons supérieures au contingent.

Les agents de la Faune ont saisi du poisson et des équipements servant à la pêche et la vente des captures. Les arrestations visaient plusieurs groupes d’individus en « cellules indépendantes » et non une vaste organisation qui agissait de concert. Ces activités de braconnage se déroulaient surtout l’hiver.

Les gens reconnus coupables aux chefs d’accusation à ces infractions pénales s’exposent à des amendes pouvant atteindre 2500 $, avait-on souligné en mars 2018.

Encore de la surpêche sur le lac

« Cette année, la pêche a débuté tôt et a duré longtemps. Il y a eu beaucoup de pêcheurs sur le lac Memphrémagog. »

Le commandant Pierre Fortin, de la Protection de la faune, assure qu’on a toujours à l’œil les activités de pêche sur le Memphrémagog, qui est toujours sous pression. Mais l’opération NORD-SUD tenue en mars 2018 semble avoir eu ses effets.

« Nous observons que la plupart des pêcheurs sont sensibilisés au respect des quotas de pêche, dit-il. Mais il reste probablement une partie des pêcheurs qui ne respectent pas la limite de 50 perchaudes. »

« Nous pensons que certains y vont, par exemple l’avant-midi, pour récolter du poisson en respectant les quantités, mais qui y retournent vers 3 h pour pêcher encore. Ce n’est pas évident à contrôler. Le lac est vaste et les gens peuvent entrer à différents endroits. »

Le nerf de la guerre demeure l’information, ajoute M. Fortin. On souhaite que la population communique les informations pouvant aider les agents de la faune à faire avancer des enquêtes comme celle de NORD-SUD l’an dernier. 

La limite de pêche est de 50 prises par jour. Il faut en moyenne 20 perchaudes pour arriver à un poids d’une livre de poisson. La surpêche a un impact important sur la population de perchaude dans le Memphrémagog.

« Les gens qui font de la surpêche vont souvent en parler autour d’eux. Ils vendent du poisson. Ça se sait. »

« On peut dire que nos opérations contre le braconnage portent fruit, mais des fois les gens oublient. Nous ne faisons pas ça contre les pêcheurs. Au contraire, nous voulons plus de pêcheurs. Mais il faut protéger la ressource. »

Pierre Fortin fait remarquer qu’une autre problématique est à signaler. La pêche au touladi est interdite. Ce fait est connu des amateurs de pêche. On doit remettre la prise à l’eau le plus rapidement possible, souligne le commandant. 

« Il peut y avoir des captures accidentelles, mais les gens ont tendance à attendre avant de la remettre à l’eau. Si on dépose le poisson sur la glace le temps qu’on prenne une photo, ce n’est pas certain qu’il pourra vivre une fois revenu dans l’eau. »

« C’est un choc pour l’animal. Ce n’est pas comme la barbotte qui peut mieux vivre en dehors de l’eau. »

Les citoyens sont invités à signaler toute information ou tout geste allant à l’encontre du patrimoine faunique ou de ses habitats. On peut contacter S.O.S. Braconnage au 1 800 463-2191, par internet au mffp.gouv.qc.ca/faune/sos-braconnage/index.jsp. L’information demeure confidentielle.