Âgé de 78 ans, Roger Rhéaume a été évincé du CHUS-Hôtel-Dieu samedi matin, malgré qu'il soit toujours dans d'atroces souffrances.

Patient évincé de son lit à l'Hôtel-Dieu: "Ce n'est pas rassurant", dit le syndicat

« Nous, à l'interne, on appelle ça le ''code orange'', qui serait appliqué en cas de force majeure. On n'en est pas encore rendus là, mais on nous demande de faire des choix et de prendre la moins pire décision plutôt que la meilleure. »
Le président du Syndicat interprofessionnel de la santé du CHUS (SISC), Guillaume Carette, trouve déplorable le sort réservé à Roger Rhéaume, ce Sherbrookois de 78 ans qui a été évincé du CHUS-Hôtel-Dieu à 1 h samedi pour « libérer un lit », même s'il était en souffrance et pratiquement incapable de marcher. La Tribune a reçu des courriels de la part d'employés qui désiraient conserver l'anonymat par crainte de représailles dénonçant qu'il ne s'agissait pas d'un cas isolé.
« Récemment, j'ai assisté à deux cas de ce genre où les docteurs ont quasiment forcé les patients à rentrer chez eux alors qu'ils sont encore vulnérables. J'espère que justice sera rendue pour nos aînés », écrit l'un d'entre eux.
« On trouve ça déplorable, que ce soit un aîné ou quelqu'un de moins âgé. Ce n'est pas commun, mais ce n'est pas un cas isolé non plus, opine Guillaume Carette. Pour l'infirmier ou l'infirmière, c'est déchirant d'aller voir son patient pour cette raison; ils vivent un sentiment de non-accomplissement de leur mission de donner des soins et se sentent comme des exécuteurs de compressions budgétaires. »
Le président syndical dresse un portrait plutôt alarmant de la situation, allant jusqu'à dire qu'elle « est loin de se résorber ».
« Un cas comme celui de M. Rhéaume est vraiment en lien direct avec les compressions budgétaires et on risque d'en voir de plus en plus souvent. La population est vieillissante, on ferme des CHSLD et la direction ne contredit pas le ministre de la Santé Gaétan Barrette dans ses décisions », signale-t-il.
« Ce n'est pas rassurant. Le système n'est pas du tout adapté aux défis qui vont se présenter à nous. Ça fait des années qu'on sonne l'alarme, mais le système ne s'adapte pas assez rapidement. C'est clair qu'on n'a pas le nombre de lits suffisant sur le territoire du CIUSSS de l'Estrie-CHUS. »
L'impact d'une telle situation se fait également sentir aux blocs opératoires.
« Si on n'a pas les lits qui nous permettent de garder les gens après une opération, on ne les opère pas, tout simplement », illustre Guillaume Carette.
Contrairement à de nombreuses personnes âgées qui n'ont personne sur qui compter, Roger Rhéaume a pu appeler une amie et le fils de celle-ci, Pascal Cyr, pour venir le récupérer à l'hôpital. Ce dernier a indiqué que seulement trois personnes se trouvaient à l'urgence à ce moment et que plusieurs lits étaient disponibles. Guillaume Carette précise cependant qu'un lit libre n'équivaut pas nécessairement à une place disponible.
« Quand on voit des lits de libres, on doit tout de même affecter des infirmières à chaque patient et le personnel n'est pas nécessairement prévu pour faire fonctionner ces lits-là. On doit également garder des lits de libres au cas où des cas urgents et complexes qui surviendraient », explique-t-il.