L’initiative du Panier Bleu, lancée en grande pompe dimanche, permettra aux entreprises du Québec de s’inscrire et d’amener directement les consommateurs sur leur site web pour faire des achats.
L’initiative du Panier Bleu, lancée en grande pompe dimanche, permettra aux entreprises du Québec de s’inscrire et d’amener directement les consommateurs sur leur site web pour faire des achats.

Panier Bleu : la plupart des PME n’ont pas de site transactionnel

À Sherbrooke, seulement 24 % (40 % pour le commerce de détail) des commerces et entreprises de services offrent de la vente en ligne. Cette proportion baisse à 16,3 % pour les commerces ou services ayant leur propre plateforme transactionnelle.

Ce sont les faits saillants d’un sondage réalisé au début du mois de février par Commerce Sherbrooke. Un peu moins de 300 des 5500 entreprises de la ville y ont répondu.

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L’initiative du Panier Bleu, lancée en grande pompe dimanche, permettra aux entreprises du Québec de s’inscrire et d’amener directement les consommateurs sur leur site web pour faire des achats. Or, force est de constater que de nombreuses entreprises ne sont tout simplement pas prêtes à en profiter pour l’instant. 

« Il y a toute sorte de raisons pour lesquelles une entreprise n’a pas de site transactionnel, indique Charles-Olivier Mercier, directeur général de Commerce Sherbrooke et de Pro-Gestion Estrie. Ça prend du temps, ça prend de l’argent et ce n’est pas toujours miraculeux. Actuellement, on consomme tous en ligne, mais avant la pandémie il y avait, pour beaucoup d’entreprises, seulement une petite portion du chiffre d’affaires qui se faisait en ligne. Ce n’était pas non plus miraculeux. Ce n’est donc pas anormal de voir autant d’entreprises sans site web transactionnel. »

Louise Bourgault, vice-présidente et directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie de Sherbrooke, admet même devoir faire face à une certaine résistance de la part d’entreprises, surtout les plus petites.

« Pour une grande entreprise, ce n’est pas un problème, mais pour une PME de moins de cinq employés, c’est toujours un problème de faire la mise à jour sur le site, analyse-t-elle. Il faut aussi qu’elles se débrouillent avec PayPal par exemple. Il faut être adepte un peu des outils internet. Ce n’est pas toujours facile. »

« Souvent, les entreprises reportent le projet d’un site web transactionnel, mais on arrive dans une situation où elles devront faire en sorte d’en avoir un si elles veulent faire des ventes, poursuit-elle. Il y a des entreprises qui font des ventes en ce moment grâce à leur site. Je parlais à La Cartoucherie et ils ont cinq ou six commandes par jour. »

Liquidité

Les petites entreprises n’ont aussi souvent pas les moyens financiers pour se doter d’un site web transactionnel digne de ce nom, surtout en période de pandémie. 

« Pour une boutique en ligne, ça commence autour de 5000 dollars et il y a parfois des frais récurrents pour l’entretien, souligne Isabelle Gagnon, propriétaire de l’entreprise Quatorze Communications. La taille et les fonctionnalités vont faire varier le prix. Si on a cinq articles à vendre ou 2000 articles à vendre, c’est du temps de plus de configuration. »

Il n’est donc pas impossible d’avoir à investir des dizaines de milliers de dollars pour mettre en place un portail de vente en ligne. Les solutions plus autonomes comme la plateforme Shopify peuvent être moins dispendieuses, mais demandent une plus grande connaissance des outils web. Ce n’est pas non plus tous les types de commerces qui bénéficient de la même façon d’un site transactionnel.

« On était sur le bord de mettre en ligne une boutique pour des articles de survivalistes, raconte Mme Gagnon. Le client est submergé et ses ventes ont explosé. C’est fou! Mais pour les restaurateurs par exemple, est-ce que c’est payant pour eux autant? Avant d’avoir son retour sur un investissement de 5000 $, il va falloir qu’il roule un peu plus. »

« Si tu vends des piscines par exemple, à la limite tu peux vendre des accessoires en ligne, poursuit-elle. Mais la piscine tu ne peux pas la mettre dans un panier et l’acheter. Il y a plein de produits qui ne se prêtent pas à la vente en ligne. »

Et les géants du web?

Est-ce qu’un passage collectif vers la vente en ligne pourrait encore une fois favoriser les géants du web?

« C’est certain que c’est une belle opportunité aussi pour les géants du web qui sont déjà prêt au jour 1 de la crise, croit Isabelle Gagnon. Ils sont prêts alors que nous ne sommes pas tous prêts. »

« Facebook reste quand même pour une clientèle débutante, analyse-t-elle. Certains se demandent encore si les réseaux sociaux peuvent remplacer le site internet, mais un ne remplace pas l’autre selon moi. Facebook est un attracteur de clintèle, mais ce n’est pas là que les ventes se font. Sur Amazon, c’est difficile au niveau de la marge de profit. Tu met la main dans ta poche beaucoup. »

Aide gouvernementale

En ce moment, les entreprises qui veulent se lancer dans le commerce en ligne peuvent bénéficier de l’aide du gouvernement fédéral pour l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie de commercialisation en ligne. Les dépenses pour l’accès à une plateforme de vente en ligne peuvent être remboursées. 

Au Québec, les entreprises touristiques peuvent également faire appel au programme de subvention du ministère du Tourisme. Sommairement, le programme offre une subvention de 50 % pour un programme d’accompagnement ou pour la mise en œuvre d’outils tels que la refonte d’un site pour l’adapter aux téléphones mobiles et tablettes.

Louise Bourgault n’écarte pas non plus de l’aide qui pourrait provenir de la Chambre de commerce et d’industrie de Sherbrooke. Elle indique aussi que la CCIS planche en ce moment sur un plan de relance pour l’économie locale. Chez Commerce Sherbrooke, on prévoit mettre en place dès cette semaine des cellules d’entre-aide qui aborderont notamment la vente en ligne.