Jean-Sébastien Gagnon et Louis-David Simoneau ont dû apprendre à pêcher et à harponner le poisson pour se nourrir.

Occupation : gardiens de l’île

Partir sur un coup de tête, à cinq jours d’avis, sur une île quasi déserte sans réseau d’électricité ou d’eau potable, c’est le défi qu’a relevé Jean-Sébastien Gagnon avec son copain Louis-David Simoneau. Pendant 28 jours, les deux hommes de Sherbrooke et Magog sont devenus les gardiens d’une île privée du Blue Ground Range au Bélize... et de son unique locataire permanent : un cochon.

Habitué des trajets longue-distance et de la découverte de pays étrangers, Jean-Sébastien Gagnon venait de quitter son emploi de directeur technique au Cirque du Soleil, en janvier, quand il a trouvé une annonce sur internet. « En quittant le Cirque, je me suis mis à chercher tout et rien. Je suis tombé sur un site où on cherche majoritairement des couples pour garder des hôtels, des motels ou des phares. J’avais trouvé un phare à garder pendant quatre mois en Nouvelle-Zélande. Au Bélize, ils cherchaient un gardien pour quatre à six semaines... », explique-t-il.

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L’homme de 42 ans a envoyé un courriel sans trop d’attentes et sans consulter son conjoint. La réponse est venue dans la soirée : prenez l’avion demain et l’île est à vous.

« Le rêve était fou. Nous sommes partis cinq jours après avoir reçu le message. »

Jean-Sébastien Gagnon et Louis-David Simoneau ont dû apprendre à pêcher et à harponner le poisson pour se nourrir.

Le vertige s’est rapidement présenté. Garder l’île signifiait assurer la survie du cochon locataire, mais aussi empêcher toute forme de pillage. « Le site du gouvernement du Canada disait d’éviter tout voyage au Bélize. Nous nous sommes demandé ce que nous ferions si nous avions des problèmes de santé. Que fait-on avec un cochon? Que fait-on s’il y a des pirates? »

Les doutes se sont estompés à l’arrivée sur l’île, une parcelle de paradis de quatre acres où deux cabanes en bois ont été construites. La seule présence humaine sur l’île permet d’éviter les visiteurs indésirables et les deux Estriens ne déplorent aucun incident. « Il y a une végétation abondante, des oiseaux et des coraux magnifiques. »

Jean-Sébastien Gagnon est un voyageur aguerri. Il a entre autres vécu en Australie pendant un an.

Les locataires de l’île, qui n’étaient pas payés, profitaient d’un dispositif solaire pour obtenir un peu d’électricité. Les toilettes étaient à compost et l’eau à consommer provenait de l’eau de pluie filtrée. Si le couple avait apporté des conserves pour se nourrir, il lui fallait harponner le poisson qu’il désirait manger. Il a aussi cueilli 548 tomates qui poussaient en permaculture.


«  On réalise la quantité de plastique qui dérive jusqu’à l’île. Ce ne sont pas les poubelles qui flottent, mais le contenu des bacs de recyclage.  »
Jean-Sébastien Gagnon

« On a vécu une expérience surréaliste. Quand nous sommes arrivés, les gardiens présents étaient pressés de partir parce qu’ils devaient se rendre au Guatemala pour réparer leur voilier. Ils nous ont tout expliqué très rapidement. Notre plus gros stress a été le cochon, qui est maître de l’île. Il était très présent. Nous avons passé les deux premiers jours à lui parler pour apprendre à cohabiter. Nous avons aussi constaté qu’il fallait parfois passer beaucoup de temps à pêcher pour pouvoir manger. »

Si l’expérience s’est montrée surréaliste, c’est aussi en raison de la montagne de plastique que Jean-Sébastien Gagnon et Louis-David Simoneau récoltaient chaque jour sur les côtes. « Quand on fait un arrêt sur image, on réalise la quantité de plastique qui dérive jusqu’à l’île. Ce ne sont pas les poubelles qui flottent, mais le contenu des bacs de recyclage. On a reconnu des produits canadiens et américains. Il y en avait de coincés dans les coraux. Ça pogne aux tripes. Si les plages représentent le paradis, c’est parce qu’elles sont nettoyées tous les jours. Ç’a été révélateur : il ne faut pas juste changer des petites choses dans notre quotidien. J’ai fait l’autopsie d’un panier de débris que nous avons ramassé et c’était une claque en pleine face. Il y avait des objets que j’utilise tous les jours. »

Une des missions de Jean-Sébastien Gagnon au Bélize était de prendre soin de ce cochon.

Ainsi les deux gardiens de l’île, à défaut de pouvoir en sortir tout le plastique accumulé, ont construit un mur pour empêcher les débris de repartir avec les marées.

Toute cette aventure a néanmoins prouvé à Jean-Sébastien Gagnon qu’il était capable de beaucoup plus qu’il le pensait. « Mais je ne pourrais pas vivre reclus comme ça pendant six mois. »

Et l’envie de repartir s’est déjà manifestée. Il bourlinguera à nouveau dès la fin mars, alors qu’il sera l’un des quatre passagers d’un voilier qui vivra en autarcie jusqu’au 15 juin, entre Ushuaia en Argentine, et Puerto Montt au Chili. Il naviguera pendant 61 jours et comptera trois passages en haute mer, soit au canal de Magellan, dans le golfe de Pénas et dans le golfe Corcovado.

« J’ai déjà fait du voilier trois mois dans le Pacifique en 2012. C’était extraordinaire. Vivre le monde par la mer n’a rien à voir avec la visite du monde terrestre. Ce sera tout un contraste de partir d’une île déserte pour aller sillonner un monde de glaces. Après, j’ai l’intention de revenir au Québec pour m’établir et me réinvestir dans un travail. Pour les prochaines fois, j’aimerais bien un voyage à vocation plus communautaire ou explorer le continent africain. »