La tête de mort ailée qui ornait le repaire de Sherbrooke a été déboulonnée avec éclat le 16 avril 2009.

Objectif atteint d’arrêter tous les Hells Angels au Québec

« Tu diras aux renseignements criminels que je suis maintenant retraité. »

C’est en faisant cette demande à un policier qui résidait près de chez lui à Rock Forest que Sylvain Boulanger a ouvert la porte aux enquêteurs pour le convaincre de collaborer avec les forces policières pour devenir le témoin vedette de la preuve du projet SharQc.

En entrevue à La Tribune, une source explique que cette opération policière historique a germé après les résultats positifs de l’opération Printemps 2001 qui avait permis de faire condamner Maurice « Mom » Boucher à la prison à vie.

« Le but était clair : arrêter tous les Hells Angels au Québec », signale cette source policière.

Pour arriver à mener l’enquête et faire condamner les membres en règle de tous les chapitres au Québec, l’équipe d’enquêteurs et de procureurs aux poursuites criminelles était bien consciente qu’elle devait ficeler une preuve convaincante dans le cadre du projet baptisé Stratégie Hells Angels Rayon Québec : SharQc.

« ll fallait un délateur. Nous avions fait subtilement certaines approches. Un jour, Sylvain Boulanger a demandé à un policier d’avertir les renseignements criminels de changer son statut pour celui de retraité. Ça nous a ouvert la porte. Un policier est allé le confronter et lui a remis son numéro de téléphone », indique cette source policière.

Le temps faisant son œuvre, Boulanger a choisi quelques mois plus tard de « retourner sa veste » et de devenir délateur pour témoigner contre ses anciens « frères ».

Au cours d’une quarantaine de déclarations assermentées, Boulanger a contribué à étayer la théorie de la cause pour les meurtres et complots pour meurtre.

Membre en règle entre décembre 1993 et novembre 2005, Sylvain Boulanger a commencé à collaborer avec les forces policières en 2006 avant de signer un contrat de délateur de 2,9 millions $ en 2007.

« Nous ne savions pas qu’il y avait eu un vote unanime de tous les membres au Québec pour la guerre des motards. Il nous a aussi renseignés sur la façon dont étaient financées les primes pour éliminer les concurrents. Le chapitre de Sherbrooke a mis 100 000 $ dans la cagnotte d’un million $. Comme sergent d’armes, Sylvain Boulanger savait où allait l’argent et à quoi servaient les armes », signale cette source policière.

Sylvain Boulanger avait accès aux détails des victimes ciblées, les auteurs des meurtres et de comment le crime est survenu. En plus de planifier et commettre des meurtres sur leur territoire, les Hells Angels de Sherbrooke ont été appelés en renfort au chapitre de Québec.

« À un certain moment dans l’enquête, nous avions obtenu un mandat pour mettre sous écoute électronique tous les Hells Angels au Québec. Un travail colossal a été fait pour tout corroborer », signale la source policière.

Même si le résultat judiciaire n’a pas été celui attendu, les policiers demeurent convaincus que le travail accompli a permis d’ébranler les porte-étendards du crime organisé au Québec.

« Plusieurs gros noms du chapitre de Sherbrooke ont pris leur retraite après leur libération. Ils ont eu peur de passer le reste de leur vie en prison. Ils ont aussi tous perdu beaucoup d’argent pendant qu’ils étaient en prison », mentionne cette source policière.

Quant à Sylvain Boulanger, il demeure encore à ce jour sous le programme de protection des témoins.

Une opération marquante malgré un procès avorté

Si la vaste opération policière du 15 avril 2009 a frappé l’imaginaire collectif avec l’arrestation de tous les membres en règle des Hells Angels du Québec, l’arrêt des procédures lors du mégaprocès pour meurtre en octobre 2015 a marqué les limites du processus judiciaire. 

   « Même si le procès pour les derniers accusés ne s’est pas rendu à terme, une chose est certaine, les Hells Angels ne se sentent plus intouchables », signale une source policière qui a accepté de commenter le dixième anniversaire de l’opération SharQc à La Tribune. 

   Les membres du chapitre de Sherbrooke Claude Berger, Michel Vallières, Yvon Tanguay de même que les frères Sylvain et François Vachon ont obtenu un arrêt des procédures dans les dossiers de meurtres au premier degré et de complot général pour meurtre lors de la guerre des motards entre juillet 1994 et juillet 2002, pour lesquels ils subissaient leur procès devant jury en octobre 2015. 

   La trame factuelle de trois des sept meurtres au premier degré faisant partie de la preuve serait survenue en région, soit celui de Michel Mathieu le 5 mars 1997 à Deauville, Sylvain Reed le 12 mars 1997 à Sherbrooke et Sainte-Catherine-de-Hatley, ainsi que Robert Léger le 12 août 2001 à Sainte-Catherine-de-Hatley. 

   Plusieurs autres membres en règle de Sherbrooke ont plaidé coupables à des accusations réduites de complot pour meurtre et ont été condamnés à de lourdes peines de pénitencier. 

Ils ont obtenu des réductions de peine en septembre 2016 faisant en sorte que plusieurs ont été libérés de prison.

   « C’est certain qu’il y a eu une déception liée au fait que des accusés de meurtre soient remis en liberté. Mais plusieurs de ces gars-là ont quand même passé de six à huit ans en prison », signale cette source policière.