Éric Breton, chef de service du 3eA à l’Hôtel-Dieu, est accompagné de l’équipe soignante de jour de ce département de soins chirurgicaux qui applique l’approche de récupération rapide après une chirurgie.
Éric Breton, chef de service du 3eA à l’Hôtel-Dieu, est accompagné de l’équipe soignante de jour de ce département de soins chirurgicaux qui applique l’approche de récupération rapide après une chirurgie.

Nouveau département de soins chirurgicaux

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
EXCLUSIF / Il y a sept ans que le département de soins chirurgicaux appelé le « 3eA » de l’Hôtel-Dieu a fermé ses portes pour une période qui se voulait temporaire. Le département vient de rouvrir ses portes, toujours dans le but d’offrir des soins aux patients après une chirurgie. Une grande nouveauté cette fois : on y met en application une nouvelle philosophie qu’on appelle l’approche de récupération rapide après une chirurgie (RRAC).

L’objectif? Remettre les patients sur pied beaucoup plus rapidement à l’aide d’une panoplie de petits et de grands moyens.

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On cherche notamment à mobiliser les patients dans les heures qui suivent la fin de leur chirurgie. Pas question de manger au lit comme dans la plupart des départements; les patients vont manger à la salle à manger du département. On y a aussi installé une petite salle où faire de l’exercice.

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Prenons un exemple concret, celui de Nicole Grondin, que La Tribune a eu la chance de rencontrer lors de son passage dans le département.

Sortie de la salle d’opération à 15 h 30 après une opération où on lui a installé une prothèse de genou, celle-ci a été en mesure de quitter son lit en marchant pour aller souper dans la salle à manger de la nouvelle unité deux heures plus tard!

« C’est ma troisième chirurgie du genou et je vois une grande différence dans ce département. La salle à manger, c’est vraiment une bonne idée. Ça permet de rencontrer du monde, c’est convivial, ça brise la solitude. Il y a aussi les directives sur notre napperon qui sont utiles », indique Mme Grondin.

Car au cœur de cette approche, il y a l’engagement du patient dans sa réhabilitation.

« Ça se traduit principalement par notre façon d’énoncer nos attentes aux patients. À chaque quart de travail, on leur dit nos objectifs journaliers. Par exemple : vous devez marcher 150 mètres dans le corridor, vous devez manger la moitié de votre repas, vous devez avoir une douleur en bas de 3... Les patients ont l’impression d’avoir un meilleur contrôle de leur situation, ils sont plus mobilisés et ils sont moins souffrants habituellement », explique Éric Breton, chef de service du 3eA à l’Hôtel-Dieu.

La vision de l’alimentation des patients avant et après la chirurgie a beaucoup évolué aussi dans la philosophie du RRAC.

« Ça fait 20 ans qu’on dit aux infirmières que les patients doivent être à jeun depuis la veille, et là les patients peuvent boire jusqu’à deux heures avant la chirurgie et reprendre l’alimentation dès une heure ou deux après la chirurgie. C’est un changement de pratique majeur », image Édith Gosselin, coordonnatrice des services de chirurgie pour le CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Impact significatif

Le « 3eA » a rouvert ses portes à la mi-octobre. Jusqu’à présent, quelque 459 patients ont été hospitalisés dans le département, mais seulement 46 sont considérés comme des « RRAC » à 100 %, c’est-à-dire qu’ils ont également reçu la préparation à la chirurgie spécifique au programme.

Les résultats sont à la hauteur de l’objectif qui avait été fixé au départ : réduire le temps d’hospitalisation de ces patients de 24 heures, passant en moyenne de 72 à 48 heures.

Le gain est majeur pour le CIUSSS de l’Estrie-CHUS dans un contexte d’hôpitaux qui peinent à répondre à la demande et de longues listes de patients en attente pour des chirurgies électives.

La fin de la « journée perdue »

Les patients sont également gagnants, assure Édith Gosselin.

Il n’est pas question de renvoyer les patients à la maison s’ils ne sont pas prêts à y retourner. Ils sont évalués par différents professionnels. « Le patient quitte l’hôpital dans le même état que s’il l’avait quitté 24 heures plus tard. La différence, c’est qu’il a repris son alimentation plus rapidement, qu’il y a eu moins de débalancements électrolytiques. Le gain est sur la gestion de la douleur, des fluides et de l’alimentation. Avant, il y avait une journée un peu « perdue » après la chirurgie, car le patient était souffrant, il restait au lit, ne se mobilisait pas ou pas beaucoup, la reprise du transit n’était pas là. Maintenant, le patient est moins débalancé, il est mieux soulagé. Le gain, c’est là qu’il se fait », soutient la coordonnatrice.

Pour le moment, le département reçoit des patients d’orthopédie, d’ophtalmologie, de chirurgie générale et d’ORL, pour certaines de leurs chirurgies en particulier pour qui la philosophie du RRAC est particulièrement adaptée.

Alors, quelle est la suite des choses? « Éventuellement, nous allons ajouter des chirurgies dans ces spécialités, puis ajouter des spécialités », confie Mme Gosselin.

Éventuellement, on voudrait déployer l’approche RRAC également dans l’autre département de chirurgie de l’Hôtel-Dieu, le 6eC. « Mais on n’a pas d’échéanciers précis », ajoute-t-elle.

Spécifions en terminant que le RRAC est en vogue aux États-Unis depuis quelques années et en Europe depuis les années 1990. Au Québec par contre, seuls quelques hôpitaux appliquent déjà cette philosophie. Le département de l’Hôtel-Dieu est le premier du genre en Estrie.