Nicole Bergeron
Nicole Bergeron

Nicole Bergeron dénonce l’intimidation

La présidente du conseil municipal de Sherbrooke, Nicole Bergeron, dénonce les injures adressées à son endroit et à tout membre de la classe politique. Dans son message de conseillère la semaine dernière, Mme Bergeron a souligné les interventions des députées provinciales, dont la députée de Sherbrooke Christine Labrie, qui dénonçaient les insultes et les messages dégradants qu’elles reçoivent.

« Je tiens à féliciter les députées à l’Assemblée nationale qui ont dénoncé la violence verbale. Je veux dire que moi aussi je reçois parfois, dans mon rôle de présidente du conseil, des injures et que je trouve que c’est inacceptable. Plus on va le dire publiquement, plus on va prendre action pour contrer ça. On espère que le message sera entendu. Bien sûr, parfois il y a des injures qui sont faites à des hommes, mais ça prend une tangente particulière quand ça vise des femmes. Il ne faut pas prendre ça à la légère parce qu’il y a malheureusement des gens qui passent de la parole aux gestes », a dit Mme Bergeron.

« Ce n’est pas un geste banal qui a été posé », a-t-elle ajouté.

La présidente du conseil municipal trouvait important de souligner cette prise de parole.

« Il y a une espèce de bashing banalisé sur les réseaux sociaux, parfois même de la part de gens qui se présentent au conseil. Le message qu’il faut passer, c’est que c’est tolérance zéro. »

Mme Bergeron rapporte n’avoir jamais reçu de messages injurieux à titre de conseillère municipale avant d’accepter le rôle de présidente. « Mais ça arrive beaucoup aussi avec l’utilisation plus importante des médias sociaux. »

Dans son cas, les insultes ne s’attaquent pas à son genre. « Ce sont des propos qui ne seraient pas différents s’ils étaient adressés à des hommes. »

Évelyne Beaudin

Évelyne Beaudin indique pour sa part que les messages qu’elle reçoit sont souvent à la limite des menaces. « Les exemples lus par Christine Labrie étaient très clairs : tu dois aller à la police avec ce genre de message. Mais souvent, les gens se maintiennent sur la frontière. Je suis convaincue que les gens s’en permettent beaucoup plus parce que je suis une femme. On a de la difficulté à concevoir qu’une femme incarne l’opposition. C’est plus facile de voir ses interventions comme du chialage, de la victimisation, alors qu’on dirait d’un homme qu’il met son poing sur la table. »

Mme Beaudin estime que les commentaires faits aux femmes ont davantage rapport à leur physique ou à la sexualité. « Une fois, j’ai reçu par erreur un courriel qui s’adressait à une de mes collègues et qui se terminait par "va chier sale pute". »

La chef intérimaire de Sherbrooke Citoyen ajoute que le problème se vit aussi autour de la table du conseil. « Quand 14 élus font une sortie contre moi, ça devient difficile de le dénoncer. J’aurais l’air de jouer à la victime. C’est le genre de question qu’on se pose quand on est une femme. Le problème au conseil c’est qu’il n’y a pas beaucoup de prises de conscience du comportement des gens autour de la table. Ça décourage les femmes de faire de la politique. J’ai deux exemples de femmes qui pourraient faire une différence et qui me disent qu’elles ne seraient pas capables de subir ce que je subis. Il m’arrive plusieurs fois par mois d’avoir l’impression que mes collègues veulent ma disparition. »

Le maire Steve Lussier indique de son côté avoir rarement été témoin de menaces. « Il n’est pas agréable de recevoir des insultes. Nous sommes au travail pour la communauté et il faut se faire respecter. Entre nous, nous nous en parlons et c’est déplorable. Je reçois aussi des messages d’insultes. Est-ce que ça aide les gens à aller en politique? La réponse c’est non. Il y a des gens qui me disent qu’ils ne feraient pas mon travail entre autres à cause des commentaires que nous recevons. »

M. Lussier dit lui aussi qu’aucune insulte ne doit être tolérée. « Je vais toujours défendre les élus, peu importe leur allégeance. Nous ne devons pas recevoir d’insultes de qui que ce soit. Les gens peuvent avoir des opinions différentes, mais les insultes seront dénoncées. On ne peut plus passer ça sous silence. »

Karine Godbout n’a pour sa part pas été victime de propos désobligeants. « Toutefois, j’ai vu l’intervention de Christine Labrie et j’ai été choquée par les propos que j’ai entendus. Je demeure solidaire avec la dénonciation de ce genre de comportement. Nous nous croisons les doigts pour qu’il y ait une prise de conscience. »