Motoneiges: discussions rompues entre la Ville et des promoteurs

Pourquoi la Ville de Sherbrooke donne-t-elle son aval à la construction de 50 maisons sur un site au potentiel écologique très fort alors qu’elle refuse de rétablir un zonage commercial en bordure de l’autoroute 10? C’est la question que se posent Mario Beauchesne, propriétaire de terrains le long de l’autoroute et du chemin Laliberté, et Marc Lachance, vice-président au développement de sentiers au Club de motoneige Harfang de l’Estrie.

« On autorise du résidentiel à l’extérieur du périmètre urbain (NDLR : près du chemin Rhéaume à Saint-Élie), dans une zone au potentiel écologique très fort, mais on ne peut pas redonner à César ce qui revient à César », illustre M. Lachance, dont les membres ont perdu leur droit de passage sur le seul lien entre Sherbrooke et Magog dans le secteur du chemin Laliberté. Les propriétaires des terrains ont retiré les droits de passages pour inciter la Ville de Sherbrooke à rétablir le zonage commercial de leurs terrains désormais zonés rural forestier.

Le président du comité consultatif d’urbanisme, Vincent Boutin, explique que dans le cas du chemin Rhéaume, le projet était déjà possible en vertu du schéma d’aménagement, ce qui n’est pas le cas pour les terrains du chemin Laliberté. « Quand nous avons fait le schéma, d’autres propriétaires ont perdu leur usage, mais pas ceux du chemin Rhéaume. Si l’usage n’était pas inscrit au schéma, nous n’aurions pas procédé. Les propriétaires du chemin Laliberté veulent des usages que nous ne jugeons pas souhaitables. »

Y voyant un levier dans leur négociation avec la Ville, les propriétaires de terrain ont bloqué le passage des motoneigistes. En contrepartie, considérant que les motoneigistes sont pris en otage, la Ville refuse de revenir au zonage commercial. Une telle décision nécessiterait l’aval de Québec pour modifier le schéma d’aménagement.

Mario Beauchesne, qui possède l’équivalent de 2000 pieds de façade près de l’autoroute, estime qu’il n’avait pas le choix d’agir ainsi. « On n’avait pas les moyens d’aller en cour et de dépenser des centaines de milliers de dollars. Nous avons pris les moyens, avec les motoneigistes, pour parler avec la Ville. En 2016, j’ai payé pour le lotissement de mes terrains. J’ai dépensé plus de 7000 $. Pourquoi ont-ils encaissé le chèque s’ils savaient qu’ils voulaient changer le zonage? Maintenant, nous avons le droit de construire des maisons, mais personne ne voudra habiter le long de l’autoroute. »

Comme son collègue Michael Laroche, aussi propriétaire de terrains à cet endroit, M. Beauchesne rapporte que si le zonage commercial est rétabli, la route des motoneigistes sera protégée à long terme. « Si nous récupérons nos terrains le long de la voie de service, nous n’aurons pas tout perdu. Nous mettrons du résidentiel en arrière. Mais M. Boutin a dit non. »

Mario Beauchesne rapporte que les négociations sont interrompues avec la Ville de Sherbrooke et que d’autres commerçants lui ont offert de retirer le droit de passage aux motoneigistes pour démontrer leur soutien. « Je ne veux pas nuire davantage aux motoneigistes... »

En réaction à ces propos, le maire Steve Lussier estime qu’il n’a pas à prendre ce genre de pression.

Marc Lachance confirme avoir eu les mêmes échos. « J’ai demandé à M. Beauchesne s’il pouvait nous laisser passer à l’approche du Grand prix de Valcourt, mais il ne veut plus bouger. »

Le propriétaire des terrains rapporte avoir perdu confiance dans le maire pendant le processus. « Il avait dit qu’il s’occupait du dossier. C’est un peu comme si on s’était fait voler nos terrains. »

Le maire Lussier avance que « tant que [la Ville] est prise en otage, [il] n’ira pas de l’avant ». « Ce n’est pas juste moi qui ai pris cette décision, mais tout le conseil. S’ils continuent de bloquer le sentier, je n’interviendrai plus. S’ils ouvrent les sentiers, nous pourrons reprendre les discussions et je serais prêt à aller voir les paliers de gouvernement pour trouver une solution. Je suis toujours à l’écoute des gens qui ont une ouverture. »