Les travaux des Drs Frédérick D’Aragon et Jean-François Deshaies, cliniciens-chercheurs au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, ont été publiés dans le prestigieux New England Journal of Medicine.

Moins d’imagerie médicale pour les embolies pulmonaires

Une centaine de patients se présentent chaque année dans les deux hôpitaux sherbrookois avec une embolie pulmonaire, une maladie grave et potentiellement mortelle. Le nombre de patients chez qui l’embolie est suspectée est cependant beaucoup plus élevé. « Dans 92 % des cas où on a suspecté une embolie pulmonaire, ce n’en est pas une finalement. Les symptômes ne sont pas toujours clairs », indique le Dr Jean-François Deshaies, médecin d’urgence dans les deux hôpitaux universitaires sherbrookois.

Comme les symptômes ne sont pas toujours clairs et que la maladie est grave, les médecins demandent donc souvent d’emblée des tests complémentaires pour les aider dans leur diagnostic, c’est-à-dire un angioscan ou une scintigraphie pulmonaire, des examens en radiologie ou en médecine nucléaire.

Mais cette méthode de diagnostic présente bien des inconvénients.

« Si on le fait chez tout le monde, c’est beaucoup de radiations pour les patients, il y a des coûts rattachés à ça, et les délais d’attente augmentent pour les patients qui auraient besoin de ces tests », soutient le Dr Deshaies.

« Cet examen n’est pas sans risques ni effets secondaires. Il expose à des radiations et il exige souvent un retour à l’hôpital pour les patients. C’est aussi un examen qui a ses coûts non négligeables pour le système de santé », renchérit le clinicien-chercheur Dr Frédérick D’Aragon.

C’est pour toutes ces raisons que des chercheurs canadiens ont décidé de lancer un projet de recherche afin de réduire le nombre de patients chez qui les tests supplémentaires doivent être effectués en cas de suspicion d’une embolie pulmonaire. Deux cliniciens-chercheurs du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ont participé au projet, les Drs Jean-François Deshaies et Frédérick D’Aragon.

Avec leurs collaborateurs, les deux médecins du Centre de recherche du CHUS viennent d’ailleurs de publier un article dans le New England Journal of Medicine, la revue la plus prestigieuse dans le domaine médical.

Une étude qui a porté ses fruits.

« Il y a assez peu d’études cliniques qui vont amener de réels changements de pratique en médecine. Ça, c’en est une », mentionne le Dr D’Aragon.

« Cette étude a testé une nouvelle approche pour interpréter les D-Dimères chez les patients pour lesquels nous suspectons une embolie pulmonaire. Le D-Dimères est un test sanguin facile à faire qui permet de voir s’il y a du caillot qui se défait dans le sang. Quand il y a du caillot qui se défait, c’est qu’il y a eu du caillot avant. Donc plus le résultat du D-Dimère est élevé, plus il y a de chances qu’il y ait un caillot. Avant, on considérait qu’en bas de 500 ng/mL, les chances d’avoir une embolie étaient faibles. Selon l’étude, on a déterminé qu’on pourrait utiliser des seuils plus élevés chez les patients à faible risque de faire une embolie. Pour les patients à faible risque, on passe donc à 1000 ng/mL, on reste à 500 ng/mL pour les patients à risque modéré et on va d’emblée à l’imagerie pour les patients au risque élevé », signifie le Dr Deshaies.

Les résultats sont probants : « Avec ça, nous avons été en mesure de réduire l’utilisation des résultats de l’imagerie de 30 %. Sans l’étude, on aurait fait des scans à un patient sur deux. Avec l’étude, nous sommes passés à un patient sur trois, et ce, sans augmenter le nombre d’embolies », indique le Dr Deshaies.

Le projet est maintenant terminé. Les deux médecins espèrent que le changement de pratique s’implantera dans les salles d’urgence du CIUSSS de l’Estrie-CHUS comme ailleurs au Canada.

Ils sont particulièrement fiers de cette recherche, de ses résultats et de ses retombées. « En recherche, on a l’habitude d’étudier quelque chose de plus. Là, ce qui est original, c’est qu’on étudie quelque chose de moins : on ne va plus d’emblée au scan. Ça, philosophiquement, c’est difficile de défaire ce qu’on a appris à l’école. Ça remet en cause nos grands paradigmes. C’est une bonne démonstration de l’évolution de la science », mentionne le Dr D’Aragon.

Il est aussi exceptionnel que des chercheurs québécois publient dans une revue aussi prestigieuse que le New England Journal of Medicine. « Ça démontre qu’on fait de la recherche de gros calibre à Sherbrooke », ajoute le chercheur.

Et finalement, ce projet démontre qu’il est possible de faire de la recherche... même dans une salle d’urgence. « Malgré tous les imbroglios qu’il peut y avoir dans une salle d’urgence, avec le roulement de personnel, la surcharge de travail, on a été capable de développer une structure de recherche à l’urgence, et ça, c’est un gros point de l’étude et c’est important pour l’évolution des bonnes pratiques médicales », souligne le Dr D’Aragon.