Frédéric* (prénom fictif) a grandi auprès de parents qui consommaient tous les deux. S’il était bon à l’école, il y a aussi fait beaucoup de bêtises... qui avaient de grandes répercussions à la maison.

Message d’espoir aux jeunes toxicomanes

Frédéric* (prénom fictif) a grandi auprès de parents qui consommaient tous les deux. S’il était bon à l’école, il y a aussi fait beaucoup de bêtises... qui avaient de grandes répercussions à la maison. Et c’est ainsi qu’il avait à peine 12 ans lorsqu’il a bu son premier verre d’alcool. Peu après, il s’est initié aux drogues douces. L’année d’après, il consommait des drogues dures. Puis se sont enchainés les séjours en centre jeunesse, en centre de détention, en famille d’accueil. Frédéric ne croyait plus en rien. « Quand j’avais 13 ans, j’ai tout perdu. Jamais je n’aurais parié sur moi-même. Personne n’aurait parié sur moi », se souvient-il.

« À 13 ans, je me suis fait arrêter par la police et j’ai eu deux choix : aller au centre de détention ou aller en thérapie pour soigner ma toxicomanie. J’ai choisi la thérapie », se souvient le jeune homme qui a aujourd’hui 22 ans.

Une thérapie qui fut un échec. Car lorsque l’on a 13 ans et que l’on vient d’une famille dysfonctionnelle, arrêter l’alcool et les drogues ne va pas de soi.

« Mais cette première thérapie a fait germer une graine dans mon esprit. J’ai appris qu’on pouvait avoir du plaisir dans la vie sans consommer », dit-il.

Après d’autres entrées et d’autres sorties du centre jeunesse, Frédéric s’est retrouvé au Portage, un organisme de la région de Québec qui a pour mission d’aider des toxicomanes de tous les horizons à vaincre leur dépendance.

Cette fois, c’était la bonne.

« Au Portage, on nous enseigne à trouver des objectifs et à tout mettre en œuvre pour les atteindre », dit-il.

Frédéric a trouvé son objectif : il souhaitait devenir avocat.

Or le combat contre la toxicomanie est très difficile. C’est un combat quotidien qui devient un peu plus facile à mesure que le temps passe... mais qui reste là, tapi, sournois.

« J’aimerais ça dire que je suis sobre depuis le début de ma thérapie. J’aimerais ça que ce soit une belle histoire facile. Mais ce n’est pas la vérité. Avec les années, on apprend. Il y a eu des matins où j’ai réalisé que je pensais être correct pour aller à une telle soirée, mais finalement... ce n’était pas le cas. Mais on apprend aussi à gérer ça. À se dire OK, il faut que ça en reste là. Avec le temps, on peut mieux analyser nos comportements. Avec des années de pratique, on sait mieux où on peut aller, avec qui on peut se tenir », dit sobrement Frédéric.

Le privilège du droit

À 22 ans aujourd’hui, le petit garçon qui est parti de si loin rayonne. Non seulement rayonne-t-il, mais l’homme qu’il est devenu performe aussi.

« Aujourd’hui, je suis à ma deuxième année de droit à l’Université de Sherbrooke. Je veux devenir avocat. Depuis que je suis tout petit, je suis habité par un besoin de justice; c’est probablement de là que me vient mon intérêt pour le droit », dit-il.

Il ne cache pas son passé de jeune délinquant et de jeune toxicomane. Il en parle ouvertement, car il assume son passé. Il a d’ailleurs bien failli accepter de dévoiler son identité dans le cadre de ce reportage. C’est ce parcours semé d’embuches qui a fait de lui l’homme persévérant et fonceur qu’il est aujourd’hui. Qui a bâti l’étudiant appliqué et studieux qui vient même de remporter une bourse de la Fondation Desjardins et Portage d’une valeur de 1000 $ pour l’aider à financer ses études.

« Au moment où je vous parle, je suis assis à côté de la bibliothèque de droit à l’Université de Sherbrooke, je vois les gens qui entrent, qui sortent de cette bibliothèque. Pour moi, c’est un grand privilège, c’est un grand honneur d’être là. Je savoure le chemin que j’ai parcouru pour y arriver. Ça n’allait pas de soi. Il y a des gens qui ont grandi dans des belles maisons, avec un parent avocat. Sans rien enlever à personne, pour eux, le chemin était tracé pour venir ici. Mais quand tu as consommé dans des taudis miteux, et que tu te retrouves assis dans une faculté de droit, ben, tu te dis que tu peux être vraiment fier de toi. Il y a huit ans, personne n’aurait parié sur moi; personne n’aurait pensé que je pourrais être ici un jour », soutient-il.

Frédéric serait vraiment fier s’il pouvait encourager des jeunes qui se trouvent aujourd’hui dans des centres jeunesse ou qui sont aux prises avec des problèmes de toxicomanie à se sortir de cette situation.

« J’aimerais dire aux jeunes : ne lâchez pas. Croyez en vous. Utilisez toutes les expériences malheureuses que vous avez vécues pour vous forger un caractère, pour agir avec détermination. Tout ce qui compte au final, c’est de croire qu’on est capables », lance-t-il.