Le délai d’attente moyen pour être pris en charge par un médecin de famille à Sherbrooke tourne autour de 455 jours. La liste d’attente pour le RLS de Sherbrooke compte quelque 12 000 patients orphelins.

Médecin de famille: un guichet d’accès insatiable

Même si 35 200 Estriens ont été nouvellement pris en charge par un médecin de famille en 2017, la liste d’attente de la région présente encore plus de 26 700 patients orphelins, soit le même niveau qu’en 2016. Tandis que l’Estrie est pourtant réputée avoir dépassé la fameuse cible ministérielle de 85 % de sa population inscrite à un médecin de famille en date du 31 janvier 2018.

C’est dire combien le guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF) « s’autonourrit », pour reprendre l’expression de Lyne Cardinal, directrice des services généraux au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

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« Si on n’avait rien fait en 2017, il y aurait 41 000 personnes de plus sur le guichet d’accès », met-elle en perspective, en précisant qu’en plus des 35 200 nouvelles prises en charge, 6500 Estriens ont été réattribués à un médecin sans attente.

Le phénomène s’explique en partie par les nombreux médecins qui partent à la retraite sans relève pour leurs patients, et par le fait que le ministère de la Santé a fait beaucoup de bruit pour inciter les Québécois à s’inscrire sur cette liste centralisée, dans le but de créer une pression sur les médecins pour qu’ils acceptent plus de patients.

Des 26 700 patients en attente en Estrie, 17 000 se sont inscrits en cours de 2017 et 4000 au cours des deux derniers mois de l’année, a précisé récemment Dre Raymonde Vaillancourt, chef du département de médecine régionale au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le délai d’attente moyen au bout duquel ils peuvent espérer être contacté par un médecin varie en fonction de plusieurs paramètres, dont la vulnérabilité, le territoire et, est-il permis de conclure, une part de hasard.

455 jours d’attente

Pour la Sherbrookoise Charelle Lacasse, le portrait est décourageant. La dame de 39 ans, dont l’état de santé nécessite une médication, est inscrite au GAMF depuis juillet 2017, quand son médecin a pris sa retraite sans qu’aucun confrère ne reprenne ses dossiers. Le courriel de confirmation de son inscription lui annonçait alors un délai d’attente moyen de 336 jours « pour les personnes dont l’état de santé est semblable » au sien. Or à la fin de février dernier, quelque 240 jours plus tard, Mme Lacasse a mis à jour ses informations pour apprendre que le délai d’attente moyen était désormais de... 455 jours.

« Comme ma situation nécessite un suivi régulier et un renouvellement de médicament, je dois me tourner vers une clinique sans rendez-vous qui n’est guère plus accessible... Quand j’appelle là, je me sens comme une ado qui appelle chez Admission pour avoir des billets pour U2! » lance-t-elle.

Pour ajouter à son inquiétude, durant la même période Mme Lacasse a accompagné sa mère dans ses démarches pour s’inscrire au GAMF dans la région de Laval et en mars, non seulement le dossier de la sexagénaire avait été attribué à un médecin mais un premier rendez-vous avait eu lieu.

« C’est quand même un peu spécial qu’il y ait une si grande différence avec notre région alors qu’ici on forme des médecins, observe-t-elle. Est-ce que les nouveaux médecins prennent vraiment des patients sur la liste d’attente? »

Dans le Val-Saint-François, à titre comparatif, le délai d’attente moyen en juin 2017 était de 690 jours pour une jeune femme sans problème de santé et il n’était plus que de 228 jours au 1er mars dernier.

Une Sherbrookoise de 78 ans lourdement médicamentée, pour sa part, cumule plusieurs mois d’attente au GAMF mais a finalement été prise en charge par une infirmière praticienne rattachée à un groupe de médecine familiale, il y a quelques jours à peine, après que sa pharmacienne ait intercédé en sa faveur.

Des stratégies

Pour Lyne Cardinal, ces constats ne sont pas souhaitables mais ils sont connus.

Les gestionnaires responsables du dossier au CIUSSS et les médecins ne ménagent d’ailleurs pas les efforts dans l’objectif de prendre en charge tous les patients qui souhaitent l’être et de répondre dans un délai raisonnable à leurs besoins de consultation.

« On vise clairement à vider le guichet, assure Lyne Cardinal. Il y a également des professionnels autour des médecins qui travaillent avec Dre Vaillancourt pour prioriser les actions et attribuer les clientèles de façon plus efficace. »

Entre autres actions, révèle-t-elle, le CIUSSS a adressé une demande au ministère de la Santé pour se voir attribuer cinq nouveaux médecins de plus que les neuf annoncés en 2018 et pour faire passer de 13 à 34 le nombre d’infirmières praticiennes (les superinfirmières) sur son territoire.

On travaille également à élargir le fonctionnement en accès adapté à d’autres professionnels de la santé pour diminuer la pression sur les médecins.

Outre le fait de « vider le guichet », l’enjeu est grand puisque la quasi-totalité des cliniques médicales dans la région de Sherbrooke réserve maintenant ses plages sans rendez-vous à la clientèle inscrite auprès de ses médecins si bien que pour voir un médecin, la clientèle orpheline doit se tourner vers la superclinique... ou les urgences.

« C’est pour ça qu’on ne lâchera pas prise sur les délais d’attente au GAMF, assure Mme Cardinal, parce que ces personnes-là peuvent se retrouver dans des endroits moins appropriés quand vient le temps de voir un médecin. »

Des chiffres

465 000 Estriens sont inscrits à la Régie de l’assurance maladie du Québec et 367 800 ont un médecin de famille.

Le taux d’assiduité atteint 89 %, soit 9 points de plus que la cible ministérielle. Ce taux reflète la proportion de patients qui réussissent à voir leur médecin plutôt que d’aller à l’urgence quand ils ont un problème de santé. 

Les médecins sont tenus de prendre en charge minimalement 500 patients, la moyenne tourne autour de 1500 et cela peut aller jusqu’à 3000. La variation s’explique le plus souvent par les tâches d’enseignement, de recherche et de travail en milieu hospitalier qui s’ajoutent aux consultations.

Les médecins sont tenus de prendre en charge un certain pourcentage de clientèle vulnérable au GAMF