Les infirmières ont manifesté à l’Hôpital Fleurimont vendredi midi pour dénoncer l’utilisation du temps supplémentaire obligatoire de façon générale et encore plus spécifiquement la situation très difficile que vivent les infirmières de la maternité et de la néonatalogie.

Maternité et néonatalogie en net déficit d’effectifs

Les infirmières en ont assez du « temps supplémentaire obligatoire comme mode de gestion » partout dans les installations du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Toutefois, si elles sont sorties sur le trottoir vendredi midi, c’est pour dénoncer la situation particulièrement difficile que vivent les infirmières en néonatalogie et à la maternité de l’Hôpital Fleurimont.

« En néonatalogie, ça fait des années que ça ne fonctionne pas bien, mais là c’est pire encore. En maternité et néonatalogie, notre inquiétude, avec la clientèle qu’on dessert, c’est que le risque d’erreur est là. On est là pour soigner, pour aider nos patients. On ne veut pas qu’il y ait des accidents malheureux », soutient Sophie Séguin, présidente de la FIQ-SPSCE (Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec — syndicat des professionnels en soins des Cantons-de-l’Est).

« C’est rendu que je sens que j’ai une épée au-dessus de la tête quand je rentre travailler : je ne sais pas quand je vais pouvoir sortir de l’hôpital. Quand on se fait imposer, on se met à appeler notre conjoint, notre famille, pour qu’ils aillent chercher les enfants à notre place. Le stress monte. C’est difficile à chaque fois », soutient Myriam Picard, infirmière en maternité.

« Je me sens prisonnière à mon travail. C’est inhumain », ajoute une autre infirmière de ce département, Stéphanie Dion.

« Et nous, on s’occupe d’autres humains. Nos patients ont besoin de quelqu’un de fort auprès d’eux », renchérit Myriam Picard.

Plusieurs membres du personnel sont en arrêt de travail ou ont quitté leurs postes en maternité ou en néonatalogie. « Il reste un petit noyau, mais il est extrêmement fragile », ajoute Stéphanie Dion.

« Le temps supplémentaire comme mode de gestion, il faut que ça cesse. On n’en veut plus! Notre patience a assez duré. On n’en peut plus », clame-t-elle.

Sophie Séguin soutient que la FIQ-SPSCE amène des pistes de solutions à la table de discussion patronale-syndicale, et que l’employeur en amène aussi... mais que rien ne se passe.

« C’est lent, c’est beaucoup trop lent avant de se mettre en place. Il faut que les choses changent rapidement parce que ça cause des problèmes d’absence au travail, des problèmes d’ordre psychologique aussi, et que ça augmente le risque d’erreurs aussi. Il faut que ça accélère », soutient Mme Séguin.

« C’est rendu comme si le temps supplémentaire faisait partie du travail. Le temps supplémentaire obligatoire est rendu partout, mais il est banalisé. Ça apporte même une forme d’intimidation des coordonnatrices ou des chefs d’unité en disant aux infirmières : tu es obligée, tu n’as pas le choix, il faut que tu fasses ta part. Les chefs d’unité demandent de rester comme si c’était rien, même pas un effort supplémentaire qu’on demandait », précise Sophie Séguin.

« Quand une infirmière avise qu’elle n’est pas en mesure de rester et qu’on la force à rester, ça met les patients en danger. Quand une infirmière déclare qu’elle n’est plus en état de travailler, elle doit pouvoir partir, et l’Ordre des infirmières tend vers ça également », ajoute Mme Séguin.

Rappelons qu’une erreur dans la quantité de fentanyl administrée à un bébé de deux mois a bien failli lui coûter la vie le 23 décembre à l’Hôpital Fleurimont alors qu’elle était hospitalisée aux soins intensifs pédiatriques. Une enquête sentinelle de la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS est toujours en cours dans le dossier. L’accident, qui a été très médiatisé de surcroit, a-t-il ajouté de la pression sur une équipe déjà affaiblie?

« Des erreurs comme celles-là, c’est très dur pour les équipes. Après, le niveau de stress augmente au niveau de la prestation des soins », fait remarquer Mme Séguin.