Le directeur du SPS Danny McConnell (au centre) était notamment accompagné du sergent-détective Vincent Fontaine et du sergent Stéphane Côté de la division de la surveillance du territoire.
Le directeur du SPS Danny McConnell (au centre) était notamment accompagné du sergent-détective Vincent Fontaine et du sergent Stéphane Côté de la division de la surveillance du territoire.

Maltraitance ou abus d'enfant: « Appelez, dénoncez! »

Le directeur du Service de police de Sherbrooke (SPS) Danny McConnell avait un message à lancer aux Québécois lors de la Commission Laurent: « Le Québec doit savoir qu’il faut signaler les cas de maltraitance, les cas d’abus, que ce soit physique ou sexuel. Soyez sensibilisés, appelez, dénoncez, et le service de police pourra agir en conséquence ensuite », a-t-il affirmé.

Cette recommandation vient d’une constatation effectuée par les sergents-détectives qui rencontrent les jeunes victimes. « Dans un cas où on a finalement un signalement, on voit un jeune qui a passé entre plusieurs mains. Il a parlé à un proche, à un intervenant de l’école, à son médecin de famille, et personne n’a signalé.

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« Soit que les gens pensent que quelqu’un d’autre va signaler à leur place, ou alors on peut penser que les gens n’osent pas signaler, alors que légalement, c’est une obligation de signaler », a insisté le directeur McConnell.

« Si plusieurs personnes signalent, ça met beaucoup de crédibilité à la dénonciation, ça corrobore en fait l’information qu’on peut avoir dans l’éventualité de porter des accusations contre des gens qui vont abuser des jeunes », a-t-il ajouté.

Dans tous les cas, autant les intervenants de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) que les policiers du SPS vont chercher à protéger les signalants, tel que prévu dans les différentes lois, a-t-il aussi ajouté.

+ DES DÉLAIS QUI NUISENT

Le SPS signale chaque année à la DPJ de nombreuses situations où il est permis de croire que la sécurité et le développement des enfants sont compromis. 

Les policiers ont l’écoute des intervenants de la DPJ. Toutefois, les policiers sur le terrain « ont des critères différents pour évaluer l’urgence des signalements », a expliqué le sergent Stéphane Côté de la division de la surveillance du territoire au SPS dans le cadre de la Commission Laurent.

« Par exemple, si on se retrouve dans un cas d’insalubrité, on aimerait que la DPJ vienne visiter là, pendant qu’on est là. C’est certain que si les personnes savent que la DPJ va passer le lendemain, le ménage va être fait... » a imagé le sergent Côté.

Certains signalements faits par les policiers mènent au déclenchement d’une entente multisectorielle, une entente qui permet de lever certaines barrières, dans certains cas précis, entre les différents intervenants.

« Le délai entre le jour du signalement et l’ouverture officielle de l’entente multisectorielle peut, à l’occasion, poser problème pour l’enquête policière. Il n’est pas rare qu’une situation aurait dû être prise en charge rapidement par un enquêteur pour préserver les preuves nécessaires ou les pistes d’enquête (par exemple des photos des blessures, des trousses médicolégales, des scènes de crime...). Ce délai augmente les risques que les enquêteurs perdent des éléments de preuve (...) ou que la version de la victime soit influencée », signale le directeur du SPS, qui a également déposé un mémoire à la Commission Laurent.

« Des grands-parents qui nettoient l’appartement des parents pendant que ceux-ci sont à l’hôpital avec leur poupon présentant des blessures... L’intervenante ouvre l’entente multisectorielle seulement le lendemain (...). Dans cet exemple vécu, le délai de déclenchement de l’entente multisectorielle a fait en sorte que certains éléments de la scène de crime ont été nettoyés par des tiers », indique-t-on dans le mémoire du SPS.

Le SPS aimerait aussi obtenir plus de rétroactions de la part de la DPJ dans le dossier de certains jeunes.

« Avoir des retours plus détaillés sur nos signalements nous permettrait d’avoir de meilleures interventions futures », a assuré Danny McConnell.