Kim Thúy était tout sourire, samedi matin à l’Université Bishop’s, en recevant son honoris causa.

L'Université Bishop's honore Kim Thúy et Colm Feore

LENNOXVILLE - Colm Feore, Kim Thúy, Christine Germain et Claude Belleau ont tous les quatre reçu un doctorat honorifique de l’Université Bishop’s, sous les applaudissements des 583 étudiants réunis pour leur collation des grades, samedi.

C’est l’acteur Colm Feore qui a reçu en premier son doctorat en droit civil honoris causa, durant la cérémonie matinale. Dans un discours surtout sérieux mais tout de même ponctué de blagues et d’autodérision, il a souligné aux finissants l’importance de vivre plusieurs échecs, car ils permettent d’apprendre, et surtout, l’importance de ne pas se décourager face à eux.

Il appuyait ce conseil sur ses quelque quarante années d’expérience, lui qui a gagné une grande notoriété au Québec dans son partage de la tête d’affiche de Bon Cop, Bad Cop avec Patrick Huard. Or, l’acteur n’en était pas à son premier rôle important, tant sur la scène que sur les petits et grands écrans, puisqu’il a notamment joué dans Thor, Le violon rouge, House of Cards ou 24 heures chrono, ainsi que plusieurs pièces de théâtre classiques, dont Hamlet et Roméo et Juliette, de Shakespeare.

Malgré son imposante carrière, M. Feore est demeuré posé et sensible dans son discours. Il a même confié à La Tribune avoir eu une certaine nervosité en s’adressant sérieusement aux étudiants, étant donné tout le travail qu’ils ont fait pour en arriver à leur graduation.

Il a également ajouté avoir beaucoup apprécié la cérémonie, notamment avec le discours très « cool » de Kim Thúy qui a suivi le sien.

En effet, en prenant le micro à son tour, Mme Thúy a affirmé avoir préparé un discours plus sérieux sur la valeur du travail, mais que pour éviter que ce soit redondant avec celui de M. Feore, elle allait improviser. L’autrice s’est alors lancée dans la narration d’une anecdote de voyage – de façon fluide et captivante comme elle en a le don-, autant pour faire rire que pour rappeler l’importance de savourer les bonnes choses qui passent.

Rappelons qu’avant de devenir autrice, Mme Thúy était passée par les métiers de couturière, interprète, avocate, propriétaire de restaurant et chroniqueuse culinaire pour la radio et la télévision – elle qui s’était établie au Québec avec sa famille après avoir fui le Vietnam à dix ans à cause de la crise ayant suivi la guerre, dans les années 70.

C’est avec son premier roman Ru, publié en 2009, qu’elle s’est fait connaître, puisque le livre remporte plusieurs prix et devient « best-seller » en France et au Québec.

D’autres modèles encore

En après-midi, les finissants ont aussi assisté à la remise de doctorats honorifiques à deux autres personnalités inspirantes, soit Christiane Germain et Claude Belleau.

Mme Germain est cofondatrice et coprésidente, avec son frère Jean-Yves Germain, de l’entreprise familiale Germain Hôtels, qui compte 18 établissements dans sept provinces canadiennes. Celle qui était issue d’une famille d’entrepreneurs de la ville de Québec a étudié en hôtellerie au Humber College, avant de fonder avec son frère le premier hôtel-boutique au Canada, le Germain-des-Prés, en 1988 à Sainte-Foy. Christiane Germain a par ailleurs été nommée parmi le top 100 des femmes les plus influentes au Canada selon le Women’s Executive Network, pour une troisième année consécutive en 2018.

Pour sa part, Sherbrookois d’origine Claude Belleau s’est d’abord consacré à une carrière professionnelle au sein de l’Organisation des Nations unies (ONU), avant d’occuper diverses autres fonctions reliées aux problématiques de l’aide au développement et les conflits et crises humanitaires. En 2004, il revient à Sherbrooke, où il s’implique avec le Service d’Aide aux Néo-Canadiens. Il est également conférencier, notamment à l’Université Bishop’s et au Collège Champlain, et il s’occupe de charges de cours à l’Université de Sherbrooke, en plus d’être le directeur général d’Estrie aide.

Plus d’une douzaine de personnes ont eu la chance d’assister à un atelier de théâtre gracieusement présenté par Colm Feore, samedi après-midi, à l’Université Bishop’s.

Shakespeare à Bishop’s

Plus d’une douzaine de personnes ont eu la chance d’assister à un atelier de théâtre gracieusement présenté par Colm Feore, samedi après-midi, alors que l’acteur était de passage à l’Université Bishop’s pour recevoir un doctorat honorifique.

C’est la professeure Jessica Riddell qui a saisi l’opportunité en invitant M. Feore à « coacher » les étudiants inscrits au Shakesperience (contraction de Shakespeare et experience), un cours compris dans le parcours académique des étudiants en théâtre, mais qui est aussi ouvert aux autres étudiants du campus, et qui s’intéresse aux différentes pièces du célèbre dramaturge anglais.

Dans le cadre de cette formation qui dure une semaine, les amateurs de théâtre ont l’occasion de voir plusieurs pièces de théâtre et de participer au Stratford Theatre Festival, un événement où M. Feore a lui-même fait ses classes durant plusieurs années.

Ce dernier n’a par conséquent pas été trop difficile à convaincre par Mme Riddell. Il a ainsi passé près de trois heures à conseiller les étudiants alors qu’ils interprétaient une pièce, puis à discuter avec eux des textes, tout en leur donnant plusieurs trucs d’acteur basés sur son expérience, le tout dans une ambiance conviviale et passionnée.

« C’est merveilleux pour moi de voir des gens si engagés, qui connaissent les rôles et histoires des pièces de Shakespeare! Le théâtre classique, ça demande un grand apprentissage pour développer ses habiletés », indique M. Feore, en précisant que cet héritage culturel est en quelque sorte en danger et qu’il faut une relève pour lui assurer un futur.

Il considère par ailleurs que, pour garder ces écrits vivants et continuer de s’en servir pour toucher le public, chaque acteur doit s’approprier son rôle, l’intérioriser pour le rendre de façon authentique. « J’ai toujours été surpris par la profondeur des textes de Shakespeare. J’ai joué certains rôles plusieurs fois, à différents moments de ma vie, et ça donne chaque fois quelque chose de différent, parce que moi j’étais différent. Et la foule aussi nous nourrit, avec ses rires et ses pleurs, et c’est différent chaque soir… Ça donne quelque chose de vraiment organique, qui fait que chaque représentation est exceptionnelle et unique! », s’enthousiasme M. Foere.