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Lumière sur le cerveau humain
Avec le vieillissement, les gens commencent naturellement à perdre leur fonction olfactive.

Les mystères de l'odorat

Sentez-vous comme avant l’odeur du pain grillé, du café qui coule le matin, de la poubelle qui n’a pas été sortie depuis quelques jours, d’un poulet qui cuit au four? Avec le vieillissement, les gens commencent naturellement à perdre leur fonction olfactive. Selon des études récentes, les personnes qui perdent leur odorat plus tôt dans leur vie seraient plus à risque de développer l’Alzheimer.

« Environ 10 % des cas d’Alzheimer sont d’origine génétique. Pour les 90 % restants, on ignore la cause, on n’a pas de marqueurs pour déceler la maladie. Si on pouvait arriver à trouver des marqueurs ou des signes qui arriveraient longtemps avant les premiers symptômes de la maladie, ça ferait une énorme différence pour la qualité de vie des gens et pour le système de santé canadien », dit Rona Graham, professeure-chercheuse à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke et au Centre de recherche sur le vieillissement.

« Les coûts de la maladie d’Alzheimer au Canada sont de 10 milliards $ par année. Avec le vieillissement des baby-boomers, l’incidence de la maladie va augmenter et c’est un tsunami qui attend le système de santé canadien », ajoute Mme Graham.

Les statistiques sont troublantes : lorsque les gens sont questionnés sur leur odorat, environ 80 % soulignent que « tout va bien ». Mais c’est loin d’être la réalité pour les gens vieillissants. « Environ 90 % des gens ont un problème », souligne Rona Granham.

« On pense que les gens ne s’en rendent pas compte parce que c’est une perte très graduelle », ajoute-t-elle.

Rona Graham, professeure-chercheuse à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke et au Centre de recherche sur le vieillissement.

Et c’est là que se trouve l’intérêt de la chercheuse : elle souhaite travailler très tôt avant l’apparition de la maladie d’Alzheimer.

En effet, un jour, à la suite de ses lectures, la chercheuse a été intriguée : 90 % des gens qui souffrent de maladies dégénératives du cerveau, des simples troubles cognitifs en passant par le Parkinson ou l’Alzheimer, perdent leur sens de l’olfaction. Pourquoi? s’est-elle demandé.

Grâce à une subvention avec la Société d’Alzheimer du Canada, la chercheuse est sur le point de lancer un projet de recherche clinique avec des patients. Les patients seront testés pour savoir s’ils sentent un certain nombre d’odeurs, le tout accompagné de tests cognitifs. Un an plus tard, ils repasseront les tests, ils subiront une thérapie de rééducation olfactive de 16 semaines... suivis d’autres tests cognitifs.

Et on pourra mesurer les impacts de la rééducation sur le cerveau.

Mais pourquoi les gens perdent-ils leur odorat en vieillissant? Les scientifiques ignorent encore la réponse.

« Prenez un exemple. Vous marchez sur la rue et vous sentez une bonne odeur de biscuits qui sortent du four. Ça éveille des émotions : le bonheur si ça vous rappelle votre enfance et votre mère qui cuisinait, ou vous vous mettez à pleurer si ça évoque un souvenir douloureux. Mais chose certaine, ça fait appel aux souvenirs. Si vous ne sentez pas, vous ne vous souvenez pas, vous ne faites pas appel à votre mémoire, elle est donc moins stimulée », soutient Rona Graham.

Son étude pourrait ouvrir une fenêtre sur une nouvelle méthode simple pour prévenir et retarder les troubles cognitifs, incluant la maladie de Parkinson : entretenir son odorat en faisant une « thérapie maison ».

« C’est simple, ça ne coûte presque rien. Ce serait une arme de plus dans le combat contre la dégénérescence cérébrale », soutient la chercheuse du Centre de recherche sur le vieillissement.

D’ici là, les gens qui se rendent compte qu’ils ne sentent plus les bonnes odeurs comme avant devraient en parler à leur médecin lors d’une prochaine visite. « Mais les médecins ne peuvent pas faire grand-chose à ce stade-ci avec cette information. C’est trop tôt au niveau de la recherche. Mais on y travaille », ajoute la chercheuse.

Vous avez entre 60 et 75 ans et vous n’avez pas de trouble du sens de l’odorat connu? L’équipe de la professeure Graham est à la recherche de participants sains ou atteints de déficience cognitive légère disposés à donner de leur temps afin de soutenir cette recherche. Les gens intéressés peuvent contacter Manon Croteau par téléphone au 819 821-8000, poste 72247 ou par courriel à ORCA2@USherbrooke.ca.