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Lumière sur le cerveau humain
Philippe Sarret, professeur à l'Université de Sherbrooke, chercheur au Centre de recherche du CHUS, directeur du Réseau québécois de recherche sur la douleur, directeur du Centre d'excellence en neurosciences de l'UdeS et codirecteur de l'Institut de pharmacologie de Sherbrooke.

La douleur comme signal d'alarme

Personne n’aime ressentir une douleur qui arrive sans invitation. La douleur se décline pourtant de mille façons dans la vie quotidienne : un mal de tête, une lombalgie (douleur dans le bas du dos), des douleurs articulaires, des douleurs cancéreuses, des douleurs liées à une petite ou une grande blessure.

D’ailleurs, 70 % des consultations auprès d’un médecin sont causées par la douleur. Si la douleur est désagréable, elle est néanmoins essentielle à la vie humaine. « La douleur est le signal d’alarme du corps humain : elle signifie qu’il y a un problème et qu’il ne faut pas la négliger et intervenir rapidement pour la traiter », explique Philippe Sarret.

À l’origine de toute cette mécanique complexe se dresse le cerveau humain.

« C’est le cerveau qui gère l’intensité perçue, la localisation et tout l’aspect émotionnel autour de la douleur », souligne Philippe Sarret.

Celui-ci s’y connaît bien en douleur. En plus d’être professeur à l’Université de Sherbrooke et chercheur au Centre de recherche du CHUS, il est aussi directeur du Réseau québécois de recherche sur la douleur, directeur du Centre d’excellence en neurosciences de l’Université de Sherbrooke et co-directeur de l’Institut de pharmacologie de Sherbrooke.

Réponse individuelle à la douleur

La douleur est complexe. Et unique : si deux personnes se donnent un coup de marteau sur la main en même temps, ces deux personnes ne ressentiront pas la douleur de la même façon à cause de tout l’aspect émotionnel lié à la douleur.

« La génétique de chaque personne entre en ligne de compte dans la réponse à la douleur, mais il y a aussi le vécu à prendre en considération. Moi qui travaille dans mon laboratoire, je risque d’avoir une réponse différente à une blessure que quelqu’un qui a survécu à la guerre », cite en exemple Philippe Sarret.

Douleur chronique

Il y a la douleur aiguë – celle qu’on réussit à soulager rapidement. Il y a aussi la douleur chronique – celle qui s’installe et qui perdure au-delà de trois mois, malgré les traitements. Il y a également toutes les douleurs dont on ne connait pas l’origine. D’où l’importance de bien s’occuper de la douleur dès qu’un problème se pointe le bout du nez.

Certaines douleurs sont à risque de s’installer. Il faut trois mois pour passer du « stade aigu » au « stade chronique ». « Après trois mois, il est trop tard pour revenir en arrière. L’inflammation, par exemple, va engendrer des changements au niveau de la moelle épinière », souligne Philippe Sarret.

« Malgré les recherches, certaines maladies et certains mécanismes sont toujours aussi incompris en 2018 », ajoute le chercheur.

La douleur chronique, quand elle est bien installée, risque de créer un cercle vicieux duquel il est difficile de sortir.

« Une personne qui souffre dort moins bien. Le sommeil est affecté, alors la personne peut devenir plus anxieuse, plus dépressive, et ressentir alors plus de douleur. Cette douleur l’empêche de dormir… Les patients sont fatigués, ils finissent par s’isoler. Vous voyez le cercle vicieux? C’est un engrenage dans lequel on ne veut pas rentrer », soutient Philippe Sarret.

Médicaments

Puis il y a des traitements pour combattre la douleur : ils sont complexes, ont des effets secondaires et les gens n’y répondent pas tous de la même façon. Dans un contexte de douleurs chroniques, il arrive fréquemment qu’aucune classe de médicaments ne soit pleinement efficace pour soulager un patient. 

Dans l’arsenal médical, il y a les antidépresseurs analgésiques, les opioïdes, les anticonvulsivants, les anti-inflammatoires non-stéroïdiens, et de plus en plus de thérapies non-pharmacologiques comme les stimulations trans-craniennes, la physiothérapie, la réadaptation et le fait de rester actif malgré sa douleur. Les cannabinoïdes pourront s’ajouter éventuellement, puisque la légalisation de la marijuana permettra de faciliter la recherche médicale sur ce produit. Cependant, la médecine est loin de tout comprendre de la douleur et les médecins ne possèdent pas d’outils clairs pour « catégoriser » les patients afin de comprendre, d’entrée de jeu, ce qui serait le plus susceptible de fonctionner pour eux.

« Alors commence le cycle de «l’essai et erreur» jusqu’à trouver la bonne formule pour chacun des patients, ce qui peut laisser du temps à la douleur de s’installer », déplore Philippe Sarret.

« Le système de santé est mal adapté pour faire face à la douleur. Quand je vois des temps d’attente de deux ans avant la chirurgie de la hanche, par exemple, c’est vraiment triste. La douleur chronique a eu le temps de s’installer, si bien que les gens risquent de continuer de souffrir malgré la chirurgie », soutient-il.