La nouvelle de l’expulsion du député Pierre Nantel, ébruitée hier, poursuit la série de mauvaises nouvelles pour le Nouveau Parti démocratique.

Les temps sont durs pour le NPD

ÉDITORIAL / La nouvelle de l’expulsion du député Pierre Nantel, ébruitée hier, poursuit la série de mauvaises nouvelles pour le Nouveau Parti démocratique. Son chef Jagmeet Singh aura fort à faire pour ramener son parti dans le droit chemin... et plusieurs doutent qu’il ait l’autorité morale pour le faire.

Le NPD aura fort à faire pour conserver les 15 députés du Québec qu’il a fait élire en 2015, ce qui était déjà très loin des 59 sièges qu’il avait remportés en 2011. C’était l’époque de la «vague orange», au Québec surtout mais dans le reste du Canada également. Le NPD avait fait élire 103 candidats et avait relégué le Parti libéral loin en troisième place. Un Parti libéral mené par Michael Ignatieff...

Aujourd’hui, huit ans plus tard, c’est au tour du NPD de patiner dans le vide. 

À LIRE AUSSI : Nantel se voit retirer sa candidature néo-démocrate pour avoir parlé au Parti vert

Le parti a éliminé Thomas Mulcair de sa direction; c’était en quelque sorte une semonce pour avoir perdu plus de la moitié de son caucus... et pour avoir tenté d’imprimer un certain virage vers le centre au NPD. En 2015, les néodémocrates se sont retrouvés avec 44 députés «seulement». Plusieurs néo-démocrates ont pris très difficilement cette défaite. Ils caressaient même les rêves les plus fous après la victoire de Rachel Notley qui arracha l’Alberta des mains conservatrices quelques mois plus tôt.

Ces 44 étaient pourtant mieux que le record passé du NPD, qui était de 43 sous Ed Broadbent, en 1988. Mais ils n’entendaient rien. Il fallait faire payer cette défaite à quelqu’un, et ce fut M. Mulcair. Bref, l’aile gauche du parti a voulu rétablir son autorité... mais n’avait pas vérifié auparavant s’il y avait des candidats solides pour prendre le relais. Ils avaient été sept à prétendre à la couronne à la suite du décès de Jack Layton, en 2011. Ils n’étaient plus que quatre en 2017 : Charlie Angus, Niki Ashton, Guy Caron et M. Singh. Ce dernier l’a emporté avec 53,8 % des votes, dès le premier tour de scrutin.

Mais son turban de sikh — ainsi que son poignard cérémonial, son kirpan, qu’il dissimule savamment sous son veston — ne cesse de faire jaser. Son bilinguisme est l’un de ses points forts, ses contacts personnels aussi, mais de grands pans de la population se demandent ce qu’il fera lorsqu’il devra arbitrer entre les droits religieux et d’autres droits, au Canada. Le ton de Jagmeet Singh se veut rassurant, et il l’est, mais il ne peut convaincre tout le monde. Et puis, il y a la force des autres candidats, notamment Justin Trudeau, du Parti libéral, et Andrew Scheer, du Parti conservateur. Et Elizabeth May, du Parti vert...

C’est justement Mme May qui lui cause des soucis, ces jours-ci. Pierre Nantel, élu député de Longueuil-Pierre Boucher en 2011 (aujourd’hui Longueuil-Saint-Hubert), puis réélu en 2015, flirte avec le Parti vert en vue de l’élection fédérale de 2019. Le verdict du parti a été net : aussitôt la nouvelle ébruitée, il a été destitué du NPD. Le parti amorcera un processus pour lui trouver un remplaçant. 

Cela indique que des gens au NPD sentent la soupe chaude. Ils ont perdu les députés Hélène Laverdière et Roméo Saganash, démissionnaires après huit ans. Outre les «grosses» pointures que sont Alexandre Boulerice, Guy Caron et Ruth-Ellen Brosseau, il n’y a pas de valeur sûre au NPD. S’il y en a.

Pierre Nantel, qui s’est aussi décrit comme souverainiste, a écopé. Les temps sont durs pour le Nouveau Parti démocratique, très durs.