Plusieurs retraités du journal La Tribune ont pris la route vers Montréal mercredi matin pour une manifestation devant les bureaux de Power Corporation.
Plusieurs retraités du journal La Tribune ont pris la route vers Montréal mercredi matin pour une manifestation devant les bureaux de Power Corporation.

Les retraités de La Tribune manifestent à Montréal

Une délégation de retraités de La Tribune a mis le cap vers Montréal mercredi matin pour aller manifester sa colère face à la situation de leur fonds de pension déficitaire.

Une trentaine d’anciens employés du journal se sont rendus devant l’édifice où logent les bureaux de Power Corporation, au Square Victoria à Montréal.

Des autocars sont aussi partis de Québec. Au total quelque 200 retraités des six journaux du Groupe Capitales Médias (GCM), qui s’est placé sous la protection de la Loi sur la faillite en août dernier, étaient sur place. 

Les retraités ont manifesté leur vif mécontentement au sujet des conditions de vente en mars 2015 des six journaux à Martin Cauchon par lesquelles la famille Desmarais « a failli à ses responsabilités face aux retraités de La Tribune et des autres retraités de GCM », dénoncent-ils.

Rappelons que les retraités de GCM font face à un important déficit de solvabilité de leur caisse de retraite de l’ordre de 30 pour cent. Ils aimeraient que Power Corporation, l’ancien propriétaire de la chaîne de journaux, soutienne financièrement le fonds des retraités.

« Nous aimerions connaître les dessous de la transaction », clame Jeannot Bernier, président de l’Association des retraités de La Tribune.

« Ces gens font face à une diminution de 30 pour cent de leurs rentes de retraite à partir de janvier prochain. Pour certains, ils sont très âgés, c’est carrément une catastrophe. Nous considérons que la famille Desmarais a un devoir moral envers ses personnes. » 

Ancien représentant publicitaire du quotidien de la rue Roy, Daniel Gagnon se dit solidaire des retraités les plus durement touchés par la diminution des rentes. « Je suis touché, mais le pire c’est pour ceux qui ne vivent que du fonds de retraite », fait-il remarquer.

Michel Fournier, un autre ancien des ventes publicitaires, se fait cinglant envers les propriétaires de Power Corporation. Les employés de La Tribune faisaient autant partie de Gesca que ceux de La Presse, dit-il. « À une certaine époque, les profits de La Tribune s’en allaient à La Presse. Nous la faisions presque vivre! », lance le secrétaire de l’association.

« Nous formions une famille, les sept journaux de Gesca. Les frères Desmarais ont subventionné le fonds de retraite de La Presse. C’est illogique que nous perdions 30 pour cent de notre fonds de pension. J’ai travaillé 24 ans à La Tribune, j’ai payé mon fonds de retraite. »

Pour sa part, Réal Durocher souhaitait rafraîchir la mémoire des dirigeants de Power Corporation. « Il y a eu un temps où La Presse était en difficulté. Ils avaient envoyé ici à Sherbrooke Roger D. Landry (ancien éditeur de La Presse). »

« Ils étaient venus chercher cinq pour cent de notre salaire pour se renflouer. Ils ne nous ont jamais remis cet argent, dit-il. S’ils ont un peu de conscience, ils vont nous remettre ce cinq pour cent. Ça pourrait nous aider. »

M. Durocher, qui a œuvré 42 ans à La Tribune, aimerait qu’au chapitre législatif on puisse mieux protéger les travailleurs.

Lise Gendron enchaîne pour dire qu’elle a élevé sa famille en économisant pour pouvoir jouir un jour d’un fonds de retraite « potable. » 

« Il n’y avait pas de garderie à 5 $, commente-t-elle. Aujourd’hui, tout le monde en profite. Ce n’a pas de bon sens que nous soyons coupés de 30 pour cent sur notre retraite. »

60 millions $

Gesca, une filiale de Power Corporation, avait vendu les six quotidiens — Le Soleil de Québec, La Tribune de Sherbrooke, La Voix de l’Est de Granby, Le Nouvelliste de Trois-Rivières, Le Droit d’Ottawa et Le Quotidien de Saguenay — à l’avocat et ex-ministre Martin Cauchon en 2015. Le passif du régime de retraite, estimé autour de 60 millions $, était inclus dans la transaction.

Puis, il y a un peu plus d’un an, Gesca se départissait de La Presse, devenue depuis lors un organisme à but non lucratif. Toutefois, Power Corporation a conservé la gestion du fonds de retraite des employés de La Presse, une décision que leurs collègues de GCM voudraient voir étendue à leur propre situation.

Joint par La Presse canadienne, le vice-président de Power Corporation, Stéphane Lemay, a qualifié de « malheureuse » la situation des retraités de GCM. Il a toutefois précisé que « même avant la transaction de 2015, Power Corporation n’a jamais eu aucune obligation légale eu égard à ces régimes de retraite » et que depuis la vente de 2015 « aucune société du groupe de Power Corporation n’a été impliquée dans la gestion des journaux régionaux ».

Les retraités ont profité de l’occasion pour également dénoncer l’inaction du gouvernement du Québec en matière de régimes de retraite en cas de faillite ou de fermeture. Ils font valoir que l’Ontario a légiféré il y a plusieurs décennies pour assurer une forme de protection des régimes de retraite des travailleurs dans de telles situations et pressent le gouvernement Legault d’en faire autant non seulement pour eux, mais pour les autres travailleurs québécois qui seront confrontés à la même situation à l’avenir.