Les restaurateurs de la région appliqueront les directives de santé publique, mais ils ne joueraient pas à la police dans leur restaurant.
Les restaurateurs de la région appliqueront les directives de santé publique, mais ils ne joueraient pas à la police dans leur restaurant.

Les restaurateurs ne veulent pas jouer à la police

Au cours de la dernière semaine, La Tribune a parlé avec une dizaine de restaurateurs de Sherbrooke. Tous étaient d’accord pour appliquer les directives de santé publique, mais ils étaient aussi unanimes sur le fait qu’ils ne joueraient pas à la police dans leur restaurant. Par conséquent, des clients n’habitant pas sous le même toit mangent à moins de deux mètres.

« Je vais m’assurer qu’il y a deux mètres entre les tables, mes employés porteront masques et lunettes protectrices, on mettra des flèches sur le plancher pour diriger le trafic, mais c'est pas vrai qu'on va jouer à la police en demandant les permis de conduire de mes clients pour voir s'ils habitent à la même adresse avant de les installer à la même table », résument les restaurateurs qui préfèrent garder l’anonymat.

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D’ailleurs dans certains restaurants visités dans le cadre de la réouverture, La Tribune a pu observer que des groupes d’amis ou de collègues de travail pouvaient manger à une table à deux, quatre ou six personnes sans qu’il n’y ait deux mètres ou un plexiglass entre eux.

Par ailleurs, certains restaurateurs ont reporté leur ouverture justement parce qu’ils jugeaient impossible de respecter la règle des deux mètres et ne souhaitaient pas installer de panneaux de plexiglass.

« Avec la distanciation exigée de deux mètres entre les gens qui n’habitent pas sous le même toit, ce n’est pas faisable ou rentable pour nous. Et je ne crois pas que les familles viendront manger ensemble, elles mangent ensemble depuis trois mois. Ce sont les amis et les collègues de travail qui ont hâte de venir manger à la même table », notait, lundi, Mélanie Alain, copropriétaire du Resto L’Empreinte – cuisine soignée, qui a reporté sa date d’ouverture au 1er juillet.

Afficher les règles pour bien informer

« On fait des recommandations pour tenter de diminuer les risques, mais je comprends que ce n’est pas la job des restaurateurs de faire la police et ce n’est pas la mienne n’ont plus d’entrer dans les restaurants pour demander aux gens leur adresse et de leur dire de quitter ou d’appeler la police. On n’est pas dans cette culture-là », souligne le Dr Alain Poirier, directeur de la Santé publique de l’Estrie.

« Maintenant ils ont des obligations. Un travailleur qui ne se sentirait pas en sécurité, parce qu’il n’a pas de masque par exemple, pourrait dénoncer. Pour les usagers, une bonne pratique pourrait être d’afficher les règles. De cette façon, s’il y a un problème, les clients ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas », propose le Dr Poirier.

 « L’information est toujours utile, mais c’est certain qu’on n’enverra pas de policier poser des questions. Surtout en Estrie où on a presque plus de cas. Ça serait être plus chrétien que le Pape. En même temps, on demeure fragile parce que 98 ou 99 pour cent des Estriens n’ont pas eu la Covid-19 alors si tout le monde dit en même temps que la pandémie n’existe plus, ça va repartir. Si on prend toutes les libertés, on va se brûler les doigts », mentionne le directeur de la Santé publique de l’Estrie.


« On recommande aux restaurateurs de demander aux gens leur adresse. »
François Meunier

L’Association Restauration Québec croit qu’une confusion dans les directives gouvernementales n’aide pas. « On a la règle des 10 personnes, trois adresses, deux mètres. Ça signifie qu’on a besoin d’une table de 64 pieds pour les assoir? C’est problématique. Lundi, la règle du 1,5 mètre s’est ajoutée pour les gens qui ne parlent pas et ne se déplacent pas. Si c’est compliqué et que les gens ne comprennent pas, c’est certain qu’on n’y arrivera pas », note le vice-président aux affaires publique François Meunier.

« On recommande aux restaurateurs de demander aux gens leur adresse. Idéalement, car on est partisan du respect des directives. Pour le reste, ce n’est pas de nos oignons. On n’est pas un organisme de contrôle.  Et on a l’assurance de la santé publique qu’on n’est pas un état policier », ajoute M. Meunier.

« Les directives sont là. Mais il faut se rappeler qu’on n’est pas dans les normes de santé et sécurité au travail où il y a coercition », note M. Meunier.

La MSSS rappelle la responsabilité de chacun

Était-il trop tôt pour rouvrir les restos ou aurait-on dû fixer des règles plus sévères, par exemple, inclure une obligation de panneaux entre clients? « Le secteur de la restauration est névralgique pour l’économie de la province. Le secteur a été consulté pour l’élaboration des directives de santé publique », répond le porte-parole du Ministère de la Santé et des Services sociaux Robert Maranda.

« Les mesures de santé publique visent à réduire les risques de transmission du virus et donc à protéger la santé de la population. Les différents secteurs qui reprennent leurs activités ont la responsabilité de les appliquer et la collaboration de tous les citoyens est nécessaire. C’est la collaboration de tous qui va permettre de réduire les risques », conclut le porte-parole du MSSS.