Outre les délais dans la construction du Centre mère-enfant, ce sont les conditions actuelles en pédiatrie au CHUS qui ont incité les pédiatres à sonner l’alarme.

Les pédiatres dénoncent les délais «inacceptables» du Centre mère-enfant

Plus de 50 membres du département de pédiatrie du CHUS ont signé une lettre qui déplore les délais de construction du Centre mère-enfant. Le projet a été ébauché par le CHUS il y a 15 ans et le dernier report prévoit une ouverture en 2024 ou 2025.

Outre la construction du Centre, ce sont les conditions actuelles en pédiatrie au CHUS qui ont incité les pédiatres à sonner l’alarme.

« On a discuté et on s’est dit qu’il fallait au moins s’assurer que l’urgence se fasse sentir dans le discours public, souligne Marie-Claude Roy, pédiatre et porte-parole. Au-delà du centre spacieux et à la fine pointe de la technologie qu’on souhaite, il y a le quotidien qui est souvent occulté du discours. Il faut peut-être susciter l’indignation collective pour que la pression monte. »

« Il est inconcevable que les nouveau-nés prématurés soient alignés dans une pièce bruyante, bondée et sans intimité, se réfugiant derrière un paravent pour bénéficier de la chaleur du peau à peau, peut-on lire dans la lettre qui est adressée aux enfants et aux parents de l’Estrie [voir page 11]. On ne peut continuer à tolérer que dans les mois d’hiver, certaines chambres accueillent jusqu’à six enfants (et six parents), qui entrent parfois avec une bronchiolite et repartent avec une gastroentérite — proximité oblige! Il devient insoutenable de recevoir les confidences d’une adolescente qui récupère d’une tentative de suicide lorsqu’un rideau nous sépare des trois autres occupants de la chambre. Les soins intensifs ne peuvent plus avoir l’allure d’une course à obstacles pour les professionnels qui doivent régulièrement intervenir en situation critique. À cela s’ajoute l’impossibilité pour les parents de dormir près de leur enfant intubé. »

Moral affecté

Mme Roy indique en entrevue avec La Tribune que le moral des troupes est affecté par tous les délais entourant le Centre mère-enfant.

« Il y a eu une période d’apathie et de découragement collectif, admet-elle. On espère que le processus soit accéléré, mais surtout que ce soit la dernière fois qu’on nous annonce une déception comme celle-là. On ne peut pas se permettre de retomber à zéro d’un gouvernement à l’autre, d’une promesse à l’autre et d’une démarche à l’autre. On fait trois pas en avant et cinq par en arrière. Ça ne peut plus continuer comme ça. »

« On dit souvent qu’on a passé par toutes les étapes du deuil dans ce projet-là, complète Mme Roy, du déni en passant par la négociation et jusqu’à la colère. On veut combattre le cynisme. De juste se faire entendre haut et fort, c’est une démarche qui fait du bien. »

Selon les chiffres avancés par les pédiatres du CHUS, les 5000 hospitalisations annuelles en pédiatrie représentent 17 % des admissions totales au CHUS. Or la superficie occupée par les 0-18 ans est bien en deçà de cette proportion dans le centre hospitalier selon Mme Roy.

« Pour le reste, chers patients, soyez confiants, résume la lettre. Les professionnels continueront de prendre soin des enfants de la région avec toute la compétence, la passion et l’amour qu’on leur connaît. Nous continuerons de travailler à la création de ce Centre qui vous appartiendra bientôt, parce que nous y avons toujours cru… Tout comme à la fée des dents. »