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Les organismes communautaires en colère
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Les organismes communautaires en colère
Épuisement professionnel, financement insuffisant et obligation de tenir leur assemblée générale avant le 31 décembre comme à l’habitude : les organismes communautaires n'en peuvent plus et sonnent l'alarme. La Tribune est allée à leur rencontre.
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Le communautaire sonne l’alarme

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Le communautaire sonne l’alarme

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
Mélanie Noël
Mélanie Noël
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Déjà durement affectés par la pandémie, les organismes communautaires de l’Estrie ne digèrent pas une directive gouvernementale les obligeant à tenir leur assemblée générale avant le 31 décembre comme à l’habitude. Les différentes ressources de la région n’excluent pas des fermetures temporaires pour protester contre cette obligation et parlent même de « violence institutionnelle ».

« Nous lançons une offensive parce que ce que l’on nous demande n’a pas de sens », lance d’entrée de jeu Claudelle Cyr, directrice du Regroupement des organismes communautaires (ROC) de l’Estrie, jointe après une assemblée générale virtuelle tenue jeudi et réunissant 114 organismes.

« Ce n’est pas vrai que tout le monde peut faire une assemblée virtuelle. Ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise avec les vidéoconférences, l’accès à Internet n’est pas le même partout et les organismes n’ont pas les moyens de louer des grandes salles pour réunir 25 personnes », plaide Mme Cyr.

Surtout, les travailleurs communautaires sont épuisés.

Déjà avant l’arrivée de la COVID-19, pas moins de 20 % d’entre eux affirmaient vivre de l’épuisement professionnel, selon une récente étude menée par l’UQAM. Un coup de sonde effectué au début du mois d’octobre révèle que 76 % des membres des différents organismes de la région disent qu’il y a encore plus d’épuisement dans leur équipe. Plusieurs raisons expliquent ce résultat dont les mesures sanitaires changeantes ou encore la nécessité de réinventer continuellement ses pratiques.

« Les organismes sont sollicités de partout. Oui il y a leur clientèle ‘‘normale’’, mais maintenant les villes, les députés, les groupes d’aide nous font des demandes. Certains organismes ont tout simplement décidé d’arrêter de répondre à ces demandes pour se concentrer sur la population et leurs membres. Les collaborations, c’est non. Sans ça, ça devient anxiogène pour la gestion des équipes », souligne Mme Cyr.

Sans surprise, les organismes liés à la santé et aux services sociaux sont particulièrement sollicités depuis le printemps. « C’est difficile puisque tout ne peut pas se régler par des appels. Les ressources en hébergement ont un nombre incroyable de consignes à respecter. Le dépannage alimentaire a été en très grande demande. Le Réseau d’amis de Sherbrooke est très sollicité. Les groupes qui travaillent auprès des personnes aînées et isolées ont une tâche difficile puisqu’ils ne peuvent pas nécessairement les voir, mais ils doivent maintenir les liens... », énumère Mme Cyr.

Plus de demandes, moins d’argent

Pendant que les demandes augmentent, plusieurs organismes ont vu leurs revenus fondre alors que les activités de financement annuelles ont presque toutes dû être annulées. En Estrie, on chiffre les pertes à 5,9 M$.

« Les besoins sont immenses et l’argent amassé lors des activités de financement sert au roulement de ces organismes », précise la directrice du ROC.

Les dons faits par les particuliers ont également été moindres qu’à l’habitude. Même chose du côté des entreprises qui traversent des périodes difficiles.

Centraide Estrie sent bien l’inquiétude des organismes communautaires de la région qui doivent eux aussi se réinventer afin de poursuivre leur mission, sans pouvoir compter sur les fonds normalement amassés dans leurs différentes activités de financement. 

« L’annulation des activités de financement fait mal à plusieurs organismes qu’on soutient. Je pense à la cuisine collective Blé d’or qui amasse normalement 45 000 $ avec son souper aux homards et à la Maison de la famille de Sherbrooke dont l’événement Sublime soirée blanche permet normalement de recueillir près de 30 000 $. D’ailleurs la Maison de la famille a été forcée de fermer ses portes pendant plusieurs semaines pour compenser ce manque à gagner », souligne la directrice générale de Centraide, Marie-Hélène Wolfe.

Maisons d'hébergement : trop peu après trop d’efforts

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Maisons d'hébergement : trop peu après trop d’efforts

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
L’aide gouvernementale pour les maisons d’hébergement annoncée dans le contexte de la pandémie est nettement inférieure aux dépenses engendrées par la COVID-19 et les efforts nécessaires pour l’obtenir sont disproportionnés, selon la directrice générale de l’Escale de l’Estrie, Céline Daunais-Kenyon.

Les maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale de l’Estrie ont reçu environ 80 000 $ des 2,5 M$ d’aide annoncée au printemps par le gouvernement provincial. Comme les autres centres d’hébergement de la région, l’Escale a, pour sa part, encaissé quelque 13 000 $. Mais l’organisme a dû se battre pour obtenir cette somme. « Il a fallu débattre de ces sommes-là au niveau régional, car le CIUSSS de l’Estrie CHUS voulait conserver cet argent pour mettre sur pied de nouveaux sites d’hébergement alternatif au lieu de verser l’aide aux centres d’hébergement existants », résume Mme Daunais-Kenyon, ajoutant que le Regroupement des organismes communautaires a prêté main-forte à l’Escale dans ce processus de négociations.

« En plus de se battre contre la COVID-19, on devait se chamailler avec le CIUSSS de l’Estrie pour avoir les sommes qui nous étaient destinées pour mettre en place les nouvelles mesures », résume Mme Daunais-Kenyon, qui se considère somme toute chanceuse d’avoir encaissé l’aide financière puisque dans d’autres régions, comme celle de Montréal, la grande majorité de cet argent a servi à louer des chambres d’hôtel au cas où les personnes hébergées étaient testées positives à la COVID-19.

« De plus, la reddition de comptes exigée par le gouvernement pour cette maigre somme de 13 000 $ n’est pas du tout conviviale. Il ne suffit pas de dire comment cette somme est dépensée, mais de nombreuses statistiques doivent être fournies, des données qu’on ne calcule pas normalement et qui prennent du temps à compiler », déplore la directrice.

« C’est beaucoup d’efforts pour une somme ridicule qui ne couvre même pas les 120 heures que j’ai, à moi seule, travaillées en surplus à cause de la pandémie », précise-t-elle. 

Pour ce qui est de l’aide annoncée par le gouvernement fédéral, soit 33 000 $ par maison d’hébergement (toutes problématiques confondues), les organismes de la Belle Province ont dû faire preuve de patience. « Toutes les maisons d’hébergement du reste du Canada ont encaissé 33 000 $ le 9 avril, alors que nous, au Québec, on a reçu l’argent le 24 juillet, car le gouvernement du Québec exige que l’aide passe par lui et son Conseil du trésor. En plus, le gouvernement du Québec ajoute des redditions de comptes qui ne sont pas exigées par le gouvernement fédéral », mentionne Mme Daunais-Kenyon.

Impact de la Covid-19 sur les services

L’Escale de l’Estrie compte huit chambres et a une capacité d’accueil de 15 personnes, femmes et enfants, en temps normal. Une chambre peut être occupée par une femme seule, une femme avec ses enfants ou par deux femmes. « Par contre, avec la COVID-19, on peut accueillir au maximum huit femmes, soit une femme par chambre, avec ou sans enfants », explique Mme Daunais-Kenyon. 

Pendant le confinement, l’Escale a connu un taux d’occupation variable. « La plupart du temps, toutes nos chambres étaient prises. On a eu une semaine avec seulement quatre femmes, mais il y a eu des semaines où on a dû refuser des femmes », note la directrice générale.

« Pour ce qui est du service téléphonique, pendant le confinement, on n’a pas eu beaucoup d’appels, mais quand le déconfinement est arrivé, ç’a été la folie furieuse. On continue encore d’avoir un lot d’appels et on a présentement une liste d’attente pour le service d’hébergement », ajoute-t-elle. 

L’Escale de l’Estrie a un budget annuel de 700 000 $ et le poste de dépenses le plus important est lié à la masse salariale. « Certains trouveront peut-être que 700 000 $, c’est beaucoup, mais le salaire des employés varie entre 16 et 21 $ de l’heure, alors que le gouvernement promet 21 $/h aux préposés aux bénéficiaires », souligne Mme Daunais-Kenyon, ajoutant que la trentaine d’employés de l’Escale ont minimalement un diplôme collégial, sinon un baccalauréat ou une maîtrise.

Une minime portion du budget de l’Escale provient d’activités de financement, soit environ 20 000 $ par année. « L’annulation des activités nous affecte donc peu et on espère que l’augmentation des dons compensera ce manque à gagner », spécifie la directrice.

+ Fermeture forcée en hébergement communautaire

Comme d’autres organismes communautaires pour qui les répercussions de la pandémie ont été trop grandes, la maison d’hébergement communautaire pour les jeunes de 12 à 17 ans Espace vivant living room n’a eu d’autres choix que de fermer ses portes pendant une dizaine de jours au printemps. Les jeunes qui séjournaient à la maison en début de pandémie sont retournés graduellement dans leur famille ou en famille d’accueil, mais les nouvelles admissions ont été bloquées pendant un certain temps. « La pandémie a créé de nombreuses inquiétudes au sein du personnel et plusieurs intervenants, qui craignaient pour la santé de leur famille, ont pris congé. Alors on a fait face à un manque de main-d’œuvre », explique le directeur de la maison d’hébergement de Cowansville, Maxime Rainville, ajoutant que son équipe compte une douzaine d’employés. La clarification des consignes de la Santé publique a fait en sorte que le personnel a été rassuré. La maison d’hébergement, qui compte normalement neuf places, est en mesure d’accueillir seulement cinq jeunes à la fois à cause des nouvelles règles d’hygiène et de distanciation. Entre 40 et 50 jeunes séjournent annuellement à Espace vivant living room. « On observe néanmoins un ralentissement au niveau de la fréquentation depuis le début de la pandémie », note M. Rainville, précisant que l’organisme a reçu une aide financière spéciale de la Fondation des Auberges du cœur en raison de la pandémie.