Le directeur général des Jeux du Canada Sherbrooke 2013 (notre photo) juge « réalisable » que la région livre en deux ans et demi les Jeux de la Francophonie 2021.

Les Jeux de la francophonie 2021 «réalisables», selon Luc Fournier

Le directeur général des Jeux du Canada Sherbrooke 2013 juge « réalisable » que la région livre en deux ans et demi les Jeux de la Francophonie 2021. Il met toutefois en garde contre les exigences des fédérations internationales et conseille de négocier une « excellente » entente avec le gouvernement fédéral.

« Les Jeux de la Francophonie sont beaucoup plus petits que les Jeux du Canada, affirme d’emblée Luc Fournier. Au niveau sportif, les performances ne sont pas si exceptionnelles. Il y a une grosse programmation culturelle qui s’ajoute, oui, mais c’est surtout un défi de protocole, de diplomatie et de logistique internationale. Dans un pays riche comme le Canada, plusieurs organisations peuvent être tentées de penser que les gouvernements vont pallier. C’est là qu’on peut perdre le contrôle. »

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Luc Fournier en connaît beaucoup sur les grands événements comme les Jeux de la Francophonie. Outre d’avoir dirigé le comité de Sherbrooke 2013, on l’a vu à la tête du comité organisateur des Jeux équestres mondiaux de Bromont, qui devaient se tenir en 2018. Et en tant que sous-ministre adjoint du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, il est allé à Abidjan, en Afrique de l’Ouest, pour les Jeux de la Francophonie 2017.

« J’ai chapeauté 17 grands événements dans ma carrière. Il ne faut pas avoir peur de l’imprévu », lance-t-il.

Le gestionnaire en semi-retraite confie avoir reçu plusieurs appels depuis que Moncton et Dieppe ont confirmé qu’ils retiraient leur candidature pour les Jeux de 2021 et que les yeux se sont tournés vers Sherbrooke pour accueillir l’événement. 

« À 95 pour cent je n’irais pas comme directeur, mais j’aurais peut-être un rôle à jouer à un autre niveau, déclare-t-il, en entrevue téléphonique avec La Tribune. De toute façon il y a des gens à Sherbrooke qui ont l’expertise pour tenir ce rôle. J’avais trois adjoints exceptionnels, entre autres, sur les Jeux du Canada. »

Originaire d’Asbestos, M. Fournier vit en Beauce depuis plusieurs dizaines d’années. Il fait du bénévolat dans sa communauté et siège toujours au conseil d’administration de Sports Québec, résume-t-il. Des Jeux du Canada 2013, il garde un très bon souvenir et assure qu’il y a là un legs qui pourrait bien servir les Jeux de la Francophonie.

Directeur général des Jeux du Canada 2013, Luc Fournier a reçu plusieurs appels depuis que les yeux sont tournés vers Sherbrooke pour l’organisation des Jeux de la Francophonie 2021.

« Tout un défi »

« Nous avons les installations sportives, nous avons un bottin de bénévoles intéressés, nous avons l’expertise, estime aussi son président exécutif de l’époque, Tom Allen. Est-ce que nous avons assez d’argent et de temps? Je ne sais pas. C’est à la Ville de répondre à ça. »

M. Allen rappelle pour sa part que Sherbrooke 2013 avait recruté la grande patronne de Desjardins Monique F. Leroux comme présidente du conseil d’administration et qu’elle avait relevé le défi d’amasser quelque 8 millions $ sur un budget total de 51 millions $ pour accueillir 3400 athlètes.

« Quels sont les besoins? Est-ce qu’il faudra faire une campagne de financement? Parce que c’est un tout un défi. Il faudra trouver quelqu’un d’important et de bien branché pour y arriver dans un aussi court délai », soulève M. Allen, qui s’interroge aussi sur la disponibilité des campus de Sherbrooke pour accueillir les athlètes en 2021.

Pour Luc Fournier, le budget des Jeux de la Francophonie ne devrait pas dépasser 50 millions $ pour les opérations, en plus d’un 12 à 15 millions $ pour les immobilisations — « mais il y a des programmes de subventions pour ça ». 

« C’est un peu plus cher que les Jeux du Canada, mais selon moi ça devrait être dans cet ordre de grandeur. Si ça commence à jouer du protocole et de la diplomatie, on va perdre le contrôle. C’est ce qui arrive avec les Olympiques. Les gens vont devoir descendre de leur tour d’ivoire et se réveiller, parce que sinon, de plus en plus de gens vont abandonner ces grosses organisations. »

Ne pas s’endetter pour bien paraître

À la Ville de Sherbrooke, mercredi, une partie de la direction générale et des gens de l’extérieur planchaient toujours sur le dossier, précise le maire Steve Lussier. Il n’a pas voulu commenter l’avancée des travaux. 

Outre les élus provinciaux et fédéraux, de même que les maires de Moncton et Bathurst, dit-il, le maire s’est également entretenu ces derniers jours avec le directeur du Comité international des Jeux de la Francophonie Mahaman-Lawan Seriba.

« C’est sûr que c’est inquiétant pour eux que Moncton se soit retiré à deux ans de l’événement, mais ils ont un plan B (si Sherbrooke n’y va pas). Ils suivent ça à distance et ils comprennent », relate-t-il. 

Notons enfin que la Chambre de commerce de Sherbrooke appuie la décision de la Ville de constituer un comité pour évaluer la possibilité de tenir les Jeux en 2021 mais souhaite qu’on limite les risques. 

« L’analyse du dossier doit être rigoureuse, écrit la Chambre dans un communiqué. On peut faire vite et bien, mais il ne faut pas s’endetter pour bien paraître. Le plan financier doit être ajusté, surtout en fonction du peu de temps restant pour recueillir des commandites locales et nationales. »

Le conseil municipal doit se prononcer lundi tandis que le Conseil d’orientation du CIJF se réunit à Paris les 14 et 15 février pour discuter de la suite des choses.