Le département de médecine de l’UdeS recevra tout près de 200 étudiants au postdoctorat au début de la session d’automne. Ce jumelage, qui s’est confirmé au terme d’un deuxième tour d’un processus de jumelage pancanadien, respecte la proportion de 55 % des médecins étudiant en médecine de famille et de 45 % en médecine spécialisée dictée par un décret ministériel qui vise à « inverser la tendance » et à former davantage de médecins de famille pour la première ligne.

Les finissants en médecine peinent à combler les postes

Il y a 15 postes de médecins spécialistes à pourvoir au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, notamment chez les ORL et les gastro-entérologues. Près de 30 000 Estriens sont toujours à la recherche d’un médecin de famille alors qu’une grande vague de retraites s’en vient chez les omnipraticiens. Des psychiatres supplémentaires sont aussi réclamés pour répondre à la forte demande de la population.

À l’échelle provinciale, 630 postes demeurent vacants, selon le dernier bilan du plan d’effectifs médicaux (PEM) en spécialité en date du 1er mars. Les étudiants qui terminent leur postdoctorat en médecine de famille ou en spécialité réussiront-ils à combler tous les besoins actuels et futurs du système de santé québécois?

« En 2018, il y avait 499 places en médecine de famille et 419 places en médecine spécialisée », réparties dans les quatre facultés de médecine de la province, soutient Marie-Claude Lacasse, du service des relations avec les médias au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Soulignons que l’Université de Sherbrooke (UdeS) fait partie de quatre universités québécoises à offrir une formation en médecine. 

« La méthodologie qui permet de déterminer le nombre de postes en résidence autorisés dans chacune des spécialités est le fruit d’une collaboration entre le MSSS, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MEES), les universités qui ont des facultés de médecine, le Collège des médecins du Québec et les fédérations médicales. Les quatre universités québécoises ont ensuite la responsabilité de se partager les quotas, tout en tenant compte de leurs capacités respectives », ajoute la porte-parole du MSSSS.

En 2018, l’UdeS a récolté 200 postes, soit près de 22 % des postes disponibles pour les quatre facultés de médecine.

Le département de médecine de l’UdeS recevra tout près de 200 étudiants au postdoctorat au début de la session d’automne. Ce jumelage, qui s’est confirmé au terme d’un deuxième tour d’un processus de jumelage pancanadien, respecte la proportion de 55 % des médecins étudiant en médecine de famille et de 45 % en médecine spécialisée dictée par un décret ministériel qui vise à « inverser la tendance » et à former davantage de médecins de famille pour la première ligne.

« C’est un excellent jumelage, mieux que les autres années », se réjouit le médecin et professeur Matthieu Touchette, vice-doyen aux études médicales postdoctorales à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UdeS.

la ligne entre le chômage et la pénurie

Le gouvernement du Québec contingente les admissions dans chacune des spécialités afin d’éviter l’apparition de deux problèmes contraires : soit le chômage médical pour les finissants, soit la pénurie dans certaines spécialités.

« Grâce à sa planification des effectifs, le Québec ne connaît pas réellement de situation de « chômage médical ». Plutôt, on parle de spécilialités à risque de saturation, c’est-à-dire des spécialités pour lesquelles les opportunités de recrutement sont ou seront limitées. Cela ne signifie pas nécessairement que le nombre de postes autorisés dans ces spécialités est en baisse. L’objectif n’est pas de réduire dramatiquement le nombre de postes autorisés dans ces spécialités. Les priorités et les spécialités à risque de saturation sont révisées d’année en année », soutient Mme Lacasse.

Prenons l’exemple de l’oto-rhino-laryngologie (ORL), où les PEM 2019 montrent 15 postes vacants, dont 2 au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. « Pour cette spécialité, nous avons 24 postes autorisés entre 2015 et 2018, et 7 postes pour 2018-2019 », dit Marie-Claude Lacasse. « Le Québec continue donc de former des médecins dans cette spécialité pour combler les besoins actuels (15) et futurs (départs à la retraite, évolution des besoins de la population, etc.) », dit-elle.

La résidence dans cette spécialité se fait sur cinq ans, comme dans la majorité des spécialisations médicales. Les médecins admis en 2018-2019 seront donc disponibles seulement dans cinq ans.

Et peut-être même un peu plus longtemps... En effet, pour les centres hospitaliers universitaires comme le sont les deux autres hôpitaux de Sherbrooke, les nouveaux médecins diplômés doivent ensuite faire une formation supplémentaire pour être embauchés, souvent à l’extérieur de la province et même du pays. « Cette formation est de 6 à 12 mois, mais on voit aussi régulièrement des formations de 18 à 24 mois », ajoute le professeur Touchette.

En 2019-2020, ils seront six médecins à entreprendre la formation en ORL.

« Pour notre prochaine cohorte, nous avons seulement deux postes pour des résidents en ORL, six pour le Québec. Nous serions capables d’en prendre davantage », assure Dr Matthieu Touchette.

Si les ORL sont assez peu nombreux en formation, d’autres disciplines ont pour leur part augmenté leur nombre d’admissions.

« En médecine interne, les admissions ont augmenté de plus de 20 % depuis trois ans à l’UdeS », souligne Dr Matthieu Touchette.

« Pendant ce temps, en chirurgie générale, il y a eu une coupure de 20 % des postes depuis deux ans. Nous sommes passés de cinq à trois postes », dit-il.

Le professeur Matthieu Touchette espère que le MSSS a un portrait très clair de l’âge moyen des spécialistes, de l’évolution des besoins de consommation de la population et des besoins des différentes régions du Québec.

Craintes

Ainsi quand il regarde la situation actuelle, Matthieu Touchette constate que ses résidents n’ont pas de grandes difficultés à se trouver des emplois. Mais il nourrit des craintes pour l’avenir de certaines professions alors que le nombre d’admissions dans les programmes diminue.

« En neurochirurgie par exemple, nous avons maintenant un résident aux deux ans! Nous avons donc huit professeurs qui ont envie d’enseigner, mais très peu d’étudiants. C’est une situation difficile pour la vie académique dans une université », déplore-t-il.

« Même chose en ORL : deux résidents pour 13 professeurs », ajoute-t-il en exemple.

« À l’UdeS, les gens ont l’enseignement à cœur. Avec la diminution des admissions à cause du décret, c’est certain que ça rend la vie académique moins intéressante », s’attriste-t-il.

La Table de concertation permanente sur la planification de l’effectif médical au Québec a établi que les priorités pour la cohorte 2018-2019 sont l’anatomopathologie, la chirurgie plastique, la dermatologie, la gériatrie, l’immunocologie clinique et allergie, l’oncologie médicale, la médecine de famille, la médecine interne et la médecine interne générale, la médecine physique et réadaptation, la psychiatrie et la rhumatologie.

Les spécialités considérées à risque de saturation en 2018 sont la chirurgie générale et la chirurgie orthopédique.