Les enjeux surmontables de la réouverture des écoles primaires

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
Le déconfinement graduel commence par celui des écoles primaires, a annoncé lundi le premier ministre François Legault, et bien que le directeur de la santé publique de l’Estrie, Alain Poirier, soit d’accord avec cette décision, il convient que les enjeux seront nombreux.

« Il y aura beaucoup d’enjeux pour le milieu scolaire. On parle de protection, de lavage des mains et de quelque chose qui ressemble à de la distanciation sociale. Mais on a réussi ailleurs et notre milieu scolaire est un milieu d’apprentissage où tout le monde est habitué d’apprendre continuellement. On sait que les enfants sont des éponges, ils apprennent vite. Et la grande nouvelle, c’est que les enfants ont rarement la maladie et que lorsqu’ils l’ont, il y a très peu de complications. Ce sont plusieurs points pour nous encourager », note le Dr Poirier qui croit qu’un retour à une certaine normalité, tout en respectant le comportement du virus, est souhaitable.

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« Évidemment, le fait que les enfants sont asymptomatiques, c’est bon pour eux, mais ça peut être traitre pour notre lecture de la progression. Notre rôle, à la santé publique, sera de suivre la situation de près et de voir avec le milieu scolaire comment on peut se préparer et ne pas être juste réactif. C’est ce qu’on fera d’ici le 11 mai », mentionne le Dr Poirier.

« Tout n’est pas réglé. C’est une grosse entreprise. Du jamais vue. Mais il faut retrouver dans la réouverture des écoles, des conditions favorables comme on l’a vu dans les commerces qui sont restés ouverts, comme les épiceries et les pharmacies, qui ont adapté leur façon de faire en maintenant un bon contrôle », souligne le directeur de la santé publique de l’Estrie, ajoutant que la réflexion sur la potentielle fermeture et réouverture des écoles avait déjà été entamée en 2009 en vue de la grippe H1N1 et que la collaboration bonne avec les enseignants avait été excellente. 

« Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de cas, mais tout indique que les complications ne seront pas sévères », note-t-il précisant que le retour n’est pas souhaitable pour les enfants de femmes enceintes, de parents immunodéprimés ou atteints de maladies chroniques. 

La capacité de tester serait suffisante

Le Dr Poirier mentionne que les enseignants, les éducateurs ou les enfants dans les garderies ou les écoles primaires qui présenteront des symptômes auront accès à un diagnostic comme les employés symptomatiques des commerces demeurés ouverts.

« On est en train d’élargir les critères et l’ordre de priorité. On a maintenant une plus grande capacité au niveau des tests. Notre capacité n’est plus limitée comme c’était le cas au départ », explique-t-il tout en étant convaincu que le dépistage de masse n’est pas la solution.

« 95 % des gens asymptomatiques n’ont pas la maladie, donc on ne les testera pas. On pourrait imaginer tester une personne qui a eu un contact important et des symptômes légers, mais de façon générale, s’il n’y a pas de symptôme, il n’y a pas de virus », précise le Dr Poirier.

« Je ne crois pas qu’on manquera de tests. Mais si c’était le cas, on reviendrait à la règle suivante : si vous avez des symptômes, vous demeurez enfermés chez vous pour 14 jours », conclut-il, précisant que le système de santé et son équipe sont mieux équipés et préparés qu’au début de la pandémie.

Situation toujours stable en Estrie

Aucun nouveau décès lié à la Covid-19 n’a été déclaré en Estrie depuis deux jours, qui compte toujours 25 décès depuis le début de la pandémie. Selon le bilan dévoilé lundi, six nouveaux cas ont été déclarés dans le dernier 24 h portant le nombre total à 821 cas sur le territoire estrien.

Le nombre de cas confirmés hospitalisés au CIUSSS de l’Estrie – CHUS est de 51 en augmentation de deux cas depuis le dernier bilan et trois personnes sont hospitalisées aux soins intensifs, une diminution d’un cas depuis le dernier bilan. Par ailleurs, on décompte 366 personnes rétablies dans la région soit une augmentation d’un cas depuis le dernier bilan.

Des six nouveaux cas en Estrie, quatre ont été décomptés dans le secteur de La Pommeraie (excluant Bromont) portant le nombre total à 112 cas. Un seul nouveau cas a été déclaré à Sherbrooke en 24 h portant le nombre total à 270 cas. L’autre nouveau cas a été déclaré en Haute-Yamaska (incluant Bromont) avec un total de 189 cas depuis le début de la pandémie.

Le taux de croissance des cas confirmés et des décès est plus petit en Estrie que dans la province. Au Québec, la croissance de cas testés positifs et de décès est respectivement de 3,6 % (passant de 24 107 à 24 982 cas) et 5,5 % (passant de 1515 à 1599 décès). En Estrie, la croissance est seulement de 0,7 % pour les cas déclarés et elle est nulle pour ce qui est des décès.