Vincent Boutin a été le seul élu à répondre aux questions des médias vendredi en mêlée de presse.

Les élus s'unissent contre Évelyne Beaudin

La publication d’une vidéo d’Évelyne Beaudin concernant le nombre de cases de stationnement dans le projet Well Sud a créé une tempête au conseil municipal vendredi. Les élus ont jugé nécessaire d’interrompre la séance préparatoire au budget d’immobilisation pour se présenter en groupe devant les médias, tout en refusant de répondre aux questions.

Alors que Mme Beaudin estime que les besoins réels seraient de 494 cases de stationnement plutôt que les 715 proposées par le consortium formé du Groupe Custeau et de Services EXP, ses collègues l’accusent de manquer de rigueur. Le nombre de cases retenu sera dévoilé lundi. 

Mme Beaudin a publié sa vidéo sur Facebook jeudi soir, calculant le nombre de cases actuelles, le nombre de nouveaux logements et de nouveaux bureaux projetés, la compensation pour des espaces sur rue qui seront retirés pour déterminer, selon elle, les besoins réels. Elle ajoute que la Ville ne connaît pas les données précises de l’utilisation des stationnements au centre-ville et mentionne que la diminution de la taille du stationnement pourrait générer des économies.

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Elle estime que chaque case de stationnement coûte plus de 30 000 $ en tenant compte d’un budget de 26 M$ pour la construction du stationnement. « Well Sud, c’est d’abord et avant tout un projet de stationnement. Il faut reconstruire le stationnement du Dépôt. La Ville a décidé de l’agrandir. C’est correct, parce que les besoins vont augmenter sur Wellington Sud. [...] Il faut prévoir en conséquence. Mais la vraie question, c’est de combien de cases aurons-nous besoin dans le futur.

« À force de poser des questions, mon équipe et moi nous sommes rendu compte que la Ville n’avait aucune idée de l’utilisation réelle de son stationnement. La Ville s’est lancée dans ce projet-là sans véritable étude en main. »

La Ville a rétorqué dans un communiqué en matinée, mentionnant que la cible de 650 cases publiques minimum avait été établie en 2018 au conseil municipal. Le nouveau stationnement permettra par ailleurs, selon le communiqué, de réduire le nombre de stationnements privés ou publics de surface qui nuiraient au développement du quartier.

En après-midi vendredi, c’était au tour de tous les autres élus de sortir devant les médias. Le maire Steve Lussier dit avoir voulu démontrer l’impact d’un conseil uni au moment de prendre une décision.

« Désinformation »

Nicole Bergeron, présidente du conseil, parlait au nom de ses collègues. « Nous voulons parler d’une seule voix forte pour appuyer sans aucune réserve tout le travail fait par l’administration dans le cadre du projet Well Sud. Contrairement à ce qui a pu être dit par Mme Beaudin, ce n’est pas vrai que c’est de l’improvisation. C’est basé sur des études et le travail de nos équipes. [...] Politiquement, on parlera au moment de prendre notre décision lundi soir au terme de l’assemblée spéciale. Il ne faut pas tomber dans la désinformation et la démagogie. Les gens qui sont contre le feront dans l’enceinte lors du vote. »

Vincent Boutin, président du comité consultatif d’urbanisme, dit que l’urbanisme ne travaille pas sur les besoins actuels, mais sur des ratios pour le potentiel de cases nécessaires dans le futur. « En ce moment, 18 % des terrains sont vacants dans le secteur Wellington Sud et il y a 25 % de vacance dans les locaux. »

Les ratios initiaux ont d’ailleurs été revus à la baisse. D’une case par logement, la Ville n’en projette plus que 0,75, par exemple. Marie-France Delage, directrice générale adjointe, mentionne que sans le projet privé de Well Sud, les besoins actuels sont évalués à 415 cases. « C’est de là que nous avions établi qu’avec le projet qui s’en vient, il faudrait au moins 650 cases. Nous avons regardé les pratiques dans les villes similaires pour établir nos ratios et nous sommes dans les normes par rapport aux villes progressistes qui visent à réduire l’utilisation de l’automobile. »

« Demi-vérités »

M. Boutin précise que le projet Well Sud coûterait 25 M$ à la Ville et qu’ils ne serviront pas qu’à construire le stationnement. On y inclut la préparation des terrains, la déconstruction des bâtiments, la construction d’un escalier et de la dalle qui servira de place publique. Chaque case de stationnement ne coûterait donc pas 30 000 $. « Nous savons qu’il faut faire des efforts pour l’environnement. Il y aura des bornes de recharge, de l’espace pour les vélos et l’autopartage... C’est une très jolie vidéo, mais il manque de rigueur. J’espère qu’elle n’a pas été subventionnée avec des fonds publics parce que ça ne sert pas le citoyen avec des demi-vérités. »

Les élus ont par la suite refusé de répondre aux questions des médias. « Nous sommes sortis du budget pour vous parler quelques minutes, mais notre priorité aujourd’hui n’était pas de parler d’une vidéo. On le fait parce qu’on trouve important de recadrer la situation. On commence à être tannés de toujours être obligés de sortir de notre cadre parce que quelqu’un décide d’aller sur la place publique et de ne pas donner nécessairement les bonnes informations au moment opportun », a fulminé Nicole Bergeron.

Vincent Boutin a néanmoins précisé qu’il y avait eu beaucoup d’échanges entre les fonctionnaires et Sherbrooke Citoyen pour expliquer comment la Ville avait établi le nombre de cases de stationnement nécessaires.

Marie-France Delage ajoute par ailleurs que la meilleure façon de maintenir la pression pour encourager le transport actif est que la Ville soit propriétaire des stationnements. « Ça ne fait pas toujours plaisir au privé. On sait que nous sommes agressifs, plus que l’approche conservatrice des grandes villes, et nous nous adapterons quand nous devrons reconstruire d’autres stationnements. Si l’auto électrique diminue bel et bien l’impact environnemental de la voiture, est-ce que les transports en automobile diminueront comme prévu? »

Évelyne Beaudin estime qu’il est trop tard pour influencer le projet Well Sud, mais espère que la politique de stationnement sera adaptée dans le futur. Elle maintient que la méthodologie de ses calculs se tient. « Je serais prête à prendre le pari aujourd’hui que ce stationnement-là sera à moitié vide. Je me demande si je suis la seule à avoir lu la politique de gestion du stationnement parce qu’on n’y mentionne jamais l’utilisation réelle du stationnement. »

Mme Beaudin qualifie d’attaque partisane la décision de ses collègues d’ajourner la préparation du budget pour s’adresser en groupe aux médias.