L’Association des gens d’affaires prône un réinvestissement dans l’animation du centre-ville.

Les élus largueraient la place Nikitotek

Le sort de la place Nikitotek serait pratiquement scellé. Selon ce que La Tribune a appris, deux scénarios seront soumis aux élus mardi prochain : le déménagement et le démantèlement. L’option de l’entreposage temporaire aurait été complètement exclue, mais le démontage de l’infrastructure pourrait entraîner sa vente. Selon des sources crédibles, les élus auraient toutefois tenu à huis clos lundi dernier un vote indicatif majoritaire pour mettre fin aux activités de la scène du centre-ville.

L’Association des gens d’affaires du centre-ville n’a pas attendu que la décision soit officielle pour réclamer que les sommes réservées pour la place Nikitotek soient réinvesties dans l’animation du centre-ville. 

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Dans un communiqué, le président de l’Association des gens d’affaires, Alexandre Hurtubise, laisse entendre que la solution envisagée par la Ville est maintenant plus définie. « Est-ce que dans la situation actuelle, soit environ 15 000 visiteurs par année, l’infrastructure génère suffisamment de retombées pour justifier l’investissement d’un déménagement? On en doute. » Les coûts d’un déménagement pourraient atteindre 3 M$, selon des informations rendues publiques le mois dernier.

« Lorsque vient le temps d’envisager un déménagement, les coûts dépassent largement les bénéfices. Le centre-ville est l’endroit tout désigné pour un tel lieu, ce serait donc un manque de cohérence d’envisager un autre secteur, mais aucun autre espace disponible et techniquement envisageable n’offre ne serait-ce qu’une partie du potentiel du site actuel. Tout serait à refaire, et le résultat serait moindre », dit M. Hurtubise.

L’Association des gens d’affaires prône donc un réinvestissement dans l’animation du centre-ville. Annie Faucher, vice-présidente de l’association, ajoute qu’il ne s’agit pas d’un désaveu envers le produit présenté à la place Nikitotek. 

« Le spectacle a quand même généré des retombées. On ne parlerait pas de démantèlement s’il n’y avait pas de reconfiguration du boulevard des Grandes-Fourches. S’ils veulent mettre la scène quelque part, nous souhaitons que ce soit au centre-ville. Mais il semble que ce ne sera pas le cas. Alors il faut un plan stratégique. Tous les événements, comme le Sherblues et Bouffe ton centro, attirent du monde sur la rue Wellington. Il faut bonifier cette animation. On ne parle pas de deux trois musiciens de temps en temps, mais d’événements majeurs. S’il n’y a pas de place Nikitotek, c’est quoi le plan stratégique? »

Mme Faucher prône pour une vision à long terme qui ferait du centre-ville une destination culturelle. « Un Quartier des spectacles, ce n’est pas juste à Montréal qu’il doit y en avoir un. Il ne faut pas laisser tomber le centre-ville, surtout avec les travaux qui s’en viennent. Il n’y a personne de meilleur que les habitants d’une ville pour la vendre aux autres. Il faut que les Sherbrookois adhèrent au produit. »

Alexandre Hurtubise ajoute que le Théâtre Granada devrait être animé durant l’été (voir autre texte en page 5). « C’est une aberration de ne pas utiliser ce moteur d’achalandage pendant une aussi longue période durant la saison estivale. Il serait intéressant de valider avec Québec Issime de quelle façon le Granada pourrait servir à diffuser leurs spectacles durant l’été. Nous sommes convaincus qu’il est possible d’être créatifs à ce niveau. »

Alexandre Hurtubise

« Un Quartier des spectacles, ce n’est pas juste à Montréal qu’il doit y en avoir un. Il ne faut pas laisser tomber le centre-ville, surtout avec les travaux qui s’en viennent. »
Annie Faucher

Remboursement ?

Rappelons qu’une entente avait été conclue pour présenter des spectacles de Québec Issime au centre-ville de Sherbrooke jusqu’en 2024 inclusivement. Le contrat paraphé à l’époque ne tenait pas compte d’un possible déménagement ou de la vente du théâtre à un privé. La disparition du théâtre pourrait aussi forcer la Ville à rembourser une partie de la subvention reçue pour construire l’infrastructure, soit 440 000 $.

La Tribune révélait en juillet que le promoteur de Québec Issime, Robert Doré, retient un paiement de plus de 95 000 $ à la Ville en attendant de connaître le sort réservé à la place Nikitotek. La Ville avait d’ailleurs annoncé en juillet qu’elle intentait des procédures judiciaires contre le promoteur. 

Impact touristique

Depuis, le copropriétaire de la Halte des Pèlerins et membre du conseil d’administration de Destination Sherbrooke, Marco Corbin, s’est présenté au conseil municipal pour presser les élus de prendre une décision. « Ce qu’il y a de pire qu’une mauvaise décision, c’est de ne pas prendre de décision du tout », a-t-il lancé la semaine dernière à l’hôtel de ville. Interpellé à nouveau mardi, il a simplement mentionné que l’animation attire la population locale alors que les attractions font venir les visiteurs. « On ne visite pas Granby pour son centre-ville, mais bien pour son zoo. On ne visite pas Coaticook pour son centre-ville, mais parce qu’il y a Foresta Lumina. »

Enfin, dans une lettre acheminée aux élus par les propriétaires du Marquis de Montcalm à la mi-août, dont La Tribune a obtenu copie, ceux-ci se disent préoccupés par l’avenir du tourisme et déplorent le manque de volonté politique pour mettre en place un produit d’appel d’envergure. « Si rien n’est mis en place afin de rehausser le pouvoir d’attraction de Sherbrooke et qu’il n’y a plus de place Nikitotek, nous envisageons très sérieusement de fermer durant la période estivale afin de limiter nos dépenses pour le tourisme qui ne viendra pas... »