Jean-François Rouleau estime n'avoir jamais manqué à son devoir de poser des questions pendant ses 27 ans au conseil municipal.

Les citoyens en premier pour Jean-François Rouleau

Après deux décennies ou plus passées dans l'univers politique, quatre ténors de la vie municipale siégeront pour la dernière fois à l'hôtel de ville de Sherbrooke lundi. Ils passeront le flambeau au moment où la table du conseil comptera non pas 20, mais 15 élus. En route vers la fin de leurs mandats respectifs, les quatre hommes politiques reviennent sur leur carrière, se rappellent les bons comme les moins bons moments, et se tournent vers une retraite active. La Tribune propose un portrait de ces politiciens chaque jour d'ici le 2 octobre.
L'heure de la retraite comme la vocation politique se sont imposées un peu à l'improviste pour le conseiller Jean-François Rouleau, qui égrène les derniers jours d'une carrière de 27 ans dans le district de l'Université. Il en a surpris plus d'un en annonçant son départ, au début du mois de septembre, lui qui avait toujours laissé croire qu'il défendrait son siège pour l'obtention d'un huitième mandat.
« C'était une courte carrière, parce que c'était un défi quotidien, un apprentissage en continu », lance d'emblée le vétéran qui se qualifie lui-même comme le 1 800 du quartier.
À 35 ans, il n'envisageait pourtant pas de siéger à l'hôtel de ville. « C'est André Pelletier qui m'avait dit : il faut que tu te présentes. J'étais allé voir comment ça se passait à l'hôtel de ville et j'avais vu les élus qui se berçaient sur leur siège. Je me suis dit que je n'avais pas d'affaires là. André m'avait dit : si toi tu n'y vas pas pour donner l'exemple à tes enfants, qui ira? Je m'attaquais à Roger Gingues. C'était une institution, un monument. Les gens du district ont choisi un jeune. »
Jean-François Rouleau se rappelle le premier budget auquel il a participé. Décidé à défendre la construction d'une nouvelle Maison de l'eau, il s'était levé d'un trait dès que le maire Paul Gervais avait évoqué le sujet. « Je voulais tellement en parler... » M. Gervais lui avait fait comprendre qu'il était de l'intention de tout le monde de discuter du dossier et qu'il n'avait pas besoin de s'emporter.
S'il n'a jamais caché ses divergences d'opinions avec le maire actuel et qu'il justifie entre autres sa décision de partir par l'ambiance au conseil, M. Rouleau n'hésiterait pas à encourager les jeunes, ses propres enfants s'ils le désiraient, à faire de la politique. « C'est une belle expérience de vie. Si tu aimes le monde, ce n'est pas quelque chose de compliqué. Ce n'est pas impossible d'influencer l'appareil politique. Les fonctionnaires sont là pour nous guider et il y a toujours des solutions. »
M. Rouleau n'a d'ailleurs que de bons mots pour les fonctionnaires sherbrookois, avec qui il avait « une relation extraordinaire ». « Quand j'ai été président de la Société de transport de Sherbrooke, nous avons vécu une négociation, mais à la fin, nous nous sommes serré la main. Quand je suis allé chercher la passe universelle pour les étudiants, c'était un beau moment. Et le parc Blanchard, ç'a vraiment changé de gueule! »
L'homme s'emballe quand il est question des projets réalisés. « Les Jeux du Canada, c'était un rêve. Nous avons travaillé pendant cinq ans et le soir de l'ouverture, j'étais assis à côté de Jean Perreault et j'avais la larme à l'oeil. Nous avons réussi à faire quelque chose avec 50 M$, un plan d'affaires, et nous avons laissé un héritage. » Il cite aussi l'acquisition d'un terrain de conservation derrière l'école du Touret.
Il n'hésite pas à nommer M. Perreault parmi ses grandes influences, comme Bernard Tanguay, Jean-Yves Laflamme et Louise Allard. « Ils ont été des bons coachs. Et malgré nos différences politiques, Serge Paquin et moi avons une relation privilégiée. Pour moi, c'était lui le maire de la ville. Il n'a jamais fait de petite politique. Il nous écoutait et il savait partager nos priorités. »
« J'ai été catalogué comme un chialeux, mais je n'ai fait que mon devoir. Quand il était temps de poser des questions, je ne me suis jamais empêché de le faire. J'ai appris l'importance de l'écoute. Tu écoutes, et après, tu décides. »
Avant de s'effacer, M. Rouleau n'hésite pas à écorcher le conseil actuel. « C'est une équipe de défenseurs, pas d'attaquants. Moi, je suis un gars de projets. Le parti politique a changé la donne. Le politique s'est beaucoup refermée. Elle est beaucoup moins ouverte qu'elle ne le laisse paraître. Il y a un cynisme. Les gens ont arrêté d'y croire et ça fait l'affaire des gens qui sont là. » Il nomme néanmoins Marc Denault comme un mentor pour la relève, un homme qui, selon lui, est respecté à tous les points de vue.
Il semble qu'on ne risque pas de revoir Jean-François Rouleau en politique active. Pas au provincial. Pas au fédéral. « Mon niveau, c'est le municipal. À cause de la proximité. » Mais il suivra la campagne qui s'amorce avec intérêt. Et il n'hésitera pas à intervenir.
M. Rouleau rêve d'une grande région métropolitaine plus harmonieuse et s'inquiète des compressions en sécurité publique. Mais en passant le flambeau, il consacrera plus de temps à ses petits-enfants et passera plus de temps à s'entraîner. « Lorsque j'ai pris ma décision, j'étais en famille. J'ai eu beaucoup de plaisir, mais c'est correct de ralentir. Tôt ou tard, il faut réaliser que nous ne sommes que de passage. »