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Steve Lussier
Steve Lussier

Les candidats à la mairie y voient une occasion à saisir

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
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Le maire Steve Lussier et ses opposants connus pour les prochaines élections municipales s’entendent sur l’importance de protéger le terrain de l’actuelle Ferme Rogeau. M. Lussier précise toutefois que la Ville en est encore au stade de l’étude de faisabilité.

« Il reste beaucoup de discussions à y avoir. J’ai rencontré la représentante du propriétaire avec l’artiste Michel Tétreault, qui a le projet de jardin de sculptures. Ça s’insère parfaitement dans le Plan nature. Le projet semble intéressant pour l’agrandissement du bois Beckett. Pour l’instant, il n’y a rien de conclu », commente M. Lussier.

Pourquoi ne pas avoir conclu une entente plus tôt? « Il y a une capacité de payer des citoyens et nous avons plusieurs projets en marche. Il ne faudrait pas manquer l’occasion et nous avons tout à gagner à aller au bout de ce projet. Je crois beaucoup aux partenariats entre le privé et le public. »

M. Lussier croit donc que la Ville pourrait acquérir la portion boisée et s’entendre avec le promoteur du projet de forêt consciente pour le développement d’un projet touristique.

« C’est un projet qui cadre parfaitement avec ce que Sherbrooke a développé dans le Plan nature. » Mais il doute qu’un marché soit conclu cette année.

Vincent Boutin

« Hyper porteur »

Vincent Boutin rapporte avoir visité lui aussi la propriété, alors que sa collègue Évelyne Beaudin indique n’avoir jamais été invitée. « Ce serait hyper porteur pour la Ville de Sherbrooke de l’acquérir », dit M. Boutin.

« Lorsqu’on a des occasions d’aller chercher nos 12 % de protection de sites naturels et qu’on a un propriétaire qui veut travailler main dans la main avec nous, c’est une occasion qu’il faut saisir. Il y a un grand potentiel pour la mise en valeur du site, mais aussi de gonfler le pourcentage de terrains protégés. »

Si le dossier semble traîner en longueur, Vincent Boutin ne se rappelle pas d’en avoir entendu parler lors de son premier mandat. « Depuis quelques mois, on sent une action et du dialogue. Pourquoi ça ne s’est pas fait dans les dernières années? Peut-être que personne en a pris le leadership. Maintenant, le fruit semble mûr. Dans ce genre de projet, il faut penser à rendre le site accessible à la population. Ce sont eux nos meilleurs ambassadeurs pour le tourisme. Nous pourrions consolider le lien entre Brompton et le vieux Sherbrooke. Ce qui est porteur, c’est que nous avons fait plusieurs investissements pour la rivière Magog dans les dernières années, mais que la rivière Saint-François a aussi un fort potentiel. Oui, il y a un coût associé à l’achat d’un terrain, mais il y a des bénéfices aussi, notamment la possibilité de s’en servir comme outil touristique. »

Évelyne Beaudin

Problème d’agilité

Évelyne Beaudin estime que la Ville doit être proactive et qu’il est impératif de protéger ce site. « Ça m’étonne que la Ville n’ait pas sauté sur l’occasion plus rapidement. Ça démontre que nous avons un problème avec notre agilité et notre proactivité. Pourquoi le dossier n’a pas été réglé par le maire et le président de l’urbanisme? Pourquoi nous n’en avons pas réentendu parler depuis un certain temps? J’espère que ce n’est pas parce que le projet est sur la glace. Par expérience, quand on n’entend pas parler d’un dossier, c’est qu’il est sur la glace. »

Si elle était élue mairesse, Évelyne Beaudin demanderait une présentation de toutes les occasions à saisir pour atteindre l’objectif de protection de 12 % du territoire. « Nous avons un rôle à jouer pour la protection du patrimoine naturel et le patrimoine historique. » 

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Un fort potentiel touristique pour une « forêt consciente »

« C’est un projet porteur pour toutes les réflexions qu’on a sur la planète en ce moment. J’ai 73 ans, j’ai 15 petits-enfants, et je me demande ce qu’on lègue à cette génération. L’objectif est d’éveiller le monde à l’importance de la forêt, de l’écologie ». C’est ainsi que l’artiste Michel Tétreault définit son projet touristique de jardin de sculptures et de forêt consciente qu’il caresse depuis au moins une décennie.

« C’est mon ressort quand je me lève le matin. Ce serait un projet porteur pour l’Estrie et l’ensemble de la province. »

Michel Tétreault voit grand pour la transformation du domaine Edward-Hale, qui appartient à son ami Hubert Rogeau. Il souhaite en faire un outil de sensibilisation composé de cinq pavillons qui accueilleraient des conférenciers de renommée internationale. Il évoque le nom d’Hubert Reeves. « Je souhaite que les gens soient conscients de l’écologie et du développement durable. Le site, qui serait carboneutre, aborderait cinq axes : le patrimoine, avec la maison d’Edward Hale, la gastronomie et l’art de vivre, l’écologie et le développement durable, l’éducation et la sensibilisation du grand public et les activités avec les groupes scolaires. Je veux que les gens se sentent partenaires du projet. »

Michel Tétreault, qui a déjà possédé des galeries d’art, exposerait des œuvres dans tous les pavillons. Celles-ci seraient vendues pour financer le projet, dont le coût pourrait grimper en raison de la hausse du prix des matériaux. M. Tétreault parle désormais d’investissements nécessaires de 7 à 9 M$. 

La maison d’Edward Hale serait préservée, mais les autres bâtiments du domaine seraient reconstruits pour respecter les normes qui permettraient d’accueillir des touristes, en gardant des éléments des édifices d’origine. 

On trouverait donc dans le projet un bistro offrant uniquement des produits québécois, une galerie-boutique pour vendre des éléments du jardin, de même qu’une tour sculpturale le long de la rivière pour aborder l’histoire autochtone de la région. « M. Hale a été un des premiers à arriver en région, mais les Abénaquis étaient ici bien avant lui. »

Chaque saison verrait une nouvelle thématique abordée sur le site, pour inciter les visiteurs à y revenir. Le coût d’entrée viserait à financer le projet, qui serait géré par un organisme à but non lucratif.

Le nerf de la guerre, admet M. Tétreault, sera le financement. Il se dit en pourparlers avec plusieurs partenaires et souhaite approcher Hydro-Québec sous peu.

Directeur général de Destination Sherbrooke, Denis Bernier, convient que l’aménagement d’un jardin de sculptures et d’une forêt consciente sur le terrain du domaine Edward-Hale aurait un fort pouvoir attractif.

« Ce serait attractif »

À Destination Sherbrooke, le directeur général Denis Bernier convient que l’aménagement d’un jardin de sculptures et d’une forêt consciente sur le terrain du domaine Edward-Hale aurait un fort pouvoir attractif. 

« Ce serait attractif. Nous avons regardé le projet sous l’angle de la pertinence avec l’ADN de Sherbrooke. Il y aurait une forme d’unicité parce qu’il n’y a pas beaucoup de forêts du genre dans le monde. En 2013, nous avions aussi regardé la faisabilité. C’est un projet qui est viable et qui est réalisable financièrement », explique M. Bernier. 

Ni la Ville ni Destination Sherbrooke ne seraient porteurs du dossier. Aucun investissement direct en argent public n’a été envisagé non plus. « Notre rôle en était un d’accompagnement. Nous avons aussi validé l’acceptabilité. Nous pensions pouvoir rallier le milieu artistique, qui est un élément phare de la culture sherbrookoise. C’est intéressant aussi en termes de patrimoine naturel et d’accessibilité. Si la famille propriétaire du terrain et le promoteur arrivent à s’entendre, nous considérons qu’il y a un fort potentiel. »

M. Bernier convient que le projet respecterait les orientations que s’est données la Ville en matière de tourisme, soit de solliciter les investissements privés. 

Selon Michel Tétreault, le projet pourrait être réalisé en un an et demi après une approbation des autorités municipales.