Lucien et Solange Jacques ont fait une demande en février pour que leur fille Brigitte, lourdement handicapée, soit prise en charge par les services de santé. Deux mois plus tard, la situation n’avait toujours pas changé. Le couple reçoit beaucoup d’aide de leurs trois autres filles, Linda, Annick et Mélanie.

Le temps presse pour un couple de septuagénaires

Lucien et Solange Jacques sont à bout. Ils s’occupent de leur fille lourdement handicapée depuis 46 ans et ne peuvent plus, à respectivement 79 et 76 ans, continuer de le faire tout en entretenant leur maison. Ils ont fait une demande pour que leur fille Brigitte soit prise en charge, mais le temps presse.

Solange Jacques a subi trois opérations pour le cancer dans la dernière année et demie et vient tout juste de terminer un 25e traitement de radiothérapie.

Son mari Lucien sera très prochainement opéré aux deux genoux. Le couple, qui habite le secteur Deauville, n’a tout simplement plus l’énergie de s’occuper de Brigitte. Cette dernière a manqué d’oxygène à la naissance ce qui a causé une paralysie cérébrale. Elle fait aussi des crises d’épilepsie. Elle porte des couches et est incapable de manger seule.

Lucien et Solange Jacques ont donc fait une demande en février pour que leur fille soit placée dans un centre spécialisé. Deux mois plus tard, la situation n’avait toujours pas changé.

« Ils ne pouvaient pas nous dire combien de temps ça allait prendre, trois mois, trois ans ou même cinq ans », se désole Lucien Jacques.

Une préposée vient trois fois par semaine donner le bain à Brigitte. La Maison Caméléon de L’Estrie offre aussi des périodes de répit. Les autres enfants du couple peuvent donner un coup de main, mais ce n’est pas une solution durable.

« On peut quand même manquer notre travail une journée pour dépanner si notre mère est hospitalisée, mais reste que c’est un problème, souligne Mélanie Jacques, la fille de M. et Mme Jacques. Physiquement, mes parents vieillissent. Ils ont été 46 ans à s’en occuper. »

Lucien et Solange Jacques veulent également vendre leur maison, mais ne peuvent pas tant et aussi longtemps que Brigitte sera sous leur responsabilité.

« On veut vendre, mais on ne peut pas. On ne peut pas aller en appartement avec Brigitte, explique Solange Jacques. Elle crie souvent et cogne son lit sur le mur la nuit. »

Le dossier débloque

Coïncidence ou non, le dossier a semblé débloquer lorsque La Tribune s’y est intéressée. Le CIUSSS de l’Estrie a communiqué jeudi avec la famille et une place temporaire en CHSLD à Magog semble avoir été trouvée pour Brigitte en attendant de trouver une famille d’accueil. Au moment d’écrire ces lignes, on ne connaissait toutefois pas le moment où elle serait prise en charge. Il s’agit évidemment d’un soulagement pour la famille, qui voit enfin les choses bouger.

La famille, qui estime avoir fait économiser 2,3 M$ à l’État en s’occupant de Brigitte pendant près de 50 ans, avait également interpellé le député André Bachand dans ce dossier.

Diligence et humanisme

Le CIUSSS de l’Estrie a réagi par courriel à la situation vécue par la famille Jacques. L’institution ne peut toutefois pas commenter de cas particulier.

« Le CIUSSS de l’Estrie — CHUS a la responsabilité de trouver l’hébergement requis pour les besoins d’un usager se trouvant, notamment, dans une situation semblable à celle que vous nous exposez, peut-on lire dans le courriel acheminé à La Tribune. Si l’hébergement n’est pas disponible au moment désiré, des options d’hébergement temporaires ou des services alternatifs peuvent être proposés à l’usager ou son répondant. L’usager et le répondant bénéficient de l’accompagnement soutenu d’un intervenant pivot, lequel s’assure que les besoins de soins et de services sont répondus. »


«  On veut vendre, mais on ne peut pas. On ne peut pas aller en appartement avec Brigitte. Elle crie souvent et cogne son lit sur le mur la nuit.  »
Solange Jacques

« Soyez assuré que toutes les équipes sont engagées à traiter chaque situation avec diligence et humanisme, poursuit-on. L’établissement place des efforts continus dans le but de travailler pour et avec les usagers, les proches et la population. Dans ce contexte, chaque situation portée à notre attention fait l’objet d’une analyse rigoureuse. »