Marie-France Bélanger, directrice générale du Cégep de Sherbrooke

Le Syndicat des enseignants du Cégep réclame la démission de la DG

Jugeant qu’elle n’est plus la bonne personne pour défendre la situation financière du Cégep de Sherbrooke, le syndicat du personnel enseignant du Cégep de Sherbrooke (SPECS-CSN) demande la démission de la directrice générale, Marie-France Bélanger. Indépendamment de cette résolution adoptée lundi en assemblée générale, une lettre ouverte signée par plus de 230 professeurs de l’établissement remet en question « le rôle des directions générales » et de la Fédération des cégeps. « Sont-elles aptes à défendre adéquatement le réseau collégial face aux puissantes forces en présence? » peut-on lire dans la lettre ouverte dont La Tribune a obtenu copie.

Dans la résolution adoptée hier, les membres du SPECS demandent la démission immédiate de Mme Bélanger, « à défaut de quoi » ils demanderont « au comité exécutif du conseil d’administration de procéder à son licenciement dans les plus brefs délais ». 

« Les membres considèrent que la situation actuelle au Cégep de Sherbrooke, après des années de coupes, après des années où on doit rembourser une surembauche, il y a eu un dernier projet de répartition de ressources pour 2019-2020 où il y a eu des compressions importantes. Il y a eu un sentiment de ras-le-bol en assemblée et les gens considèrent qu’une autre personne serait peut-être à même d’amener le cégep ailleurs et de combattre ces compressions-là », commente le président du SPECS-CSN, Steve McKay, qui quitte la présidence cette année, à la fin du mandat en juin. 

« La lettre vise plus largement la situation de mal-financement qui affecte le réseau collégial, qui affecte particulièrement le Cégep de Sherbrooke. »  La lettre et la résolution sont deux initiatives indépendantes; la lettre a d’ailleurs été écrite avant l’adoption de la résolution. 

M. McKay ajoute qu’une manifestation a eu lieu récemment au bureau de la députée caquiste Geneviève Hébert « pour lui rappeler l’importance de modifier la formule de financement » parce que le Cégep de Sherbrooke « va être de façon systémique dans une situation de surembauche ». « Or le gouvernement insiste pour un remboursement de cette surembauche-là. Ça fait que la direction applique cette demande-là avec pour résultat que le projet de répartition de l’année prochaine avait des coupes, entre autres dans la coordination des départements, l’élimination des dernières ressources pour quelques petits projets. Les membres du SPECS ont dit que c’est assez et ils ont envoyé un signal fort de ce côté-là. »

« Aux yeux du SPECS, la direction insiste pour rembourser la surembauche, alors que la demande syndicale était de refuser de résorber la surembauche et d’attendre le réinvestissement dans le réseau collégial. » Le SPECS regroupe environ 600 membres.

Qu’est-ce que la surembauche? 

« On doit ouvrir des groupes au début de l’année scolaire, mais le financement est déterminé un mois plus tard en fonction du nombre d’étudiants toujours en classe. Or, entre le début de la session et la date du recensement, il peut y avoir une perte de 5, 6 %, des fois 8 % du nombre d’étudiants. Mais les groupes sont ouverts et les professeurs sont là; le ministère va nous offrir un financement qui va être basé sur le nombre au 20 septembre, par exemple (...) Une des choses qu’on demande, c’est de faire en sorte que le financement soit basé sur la journée 1 de l’année scolaire. » Dans certains programmes, le financement n’est pas assuré en raison du nombre d’étudiants inscrits. « Dans un cégep, on devrait avoir un système pérenne, lorsqu’il y a des fluctuations... » 

M. McKay n’a pas voulu préciser combien de membres ont pris part à l’assemblée lundi; il mentionne que la séance a atteint le quorum. 

Le président du SPECS-CSN, Steve McKay

« Dévastée »

Mme Bélanger a réagi par courriel, mardi; elle n’a cependant pas voulu accorder d’entrevue. Elle avait réclamé plusieurs fois une aide ponctuelle pour l’établissement, qui a connu des coupes importantes au fil des ans et qui doit composer avec un plan de redressement. 

« Je vous avoue bien humblement être dévastée par cette nouvelle. Je ne comprends pas pourquoi nous en sommes arrivés à tant d’agressivité alors que nous sommes toutes et tous habités au plus profond de nous par notre mission éducative auprès des jeunes et des adultes », écrit celle qui travaille au Cégep depuis 33 ans, dont presque 10 ans à la direction générale. 

« Je vais devoir prendre un pas de recul un certain temps et réfléchir à ce que je pense être la meilleure chose à faire, tant pour moi que pour le Cégep. Vous pourrez entre-temps compter sur mon équipe de direction, des personnes fidèles et dévouées sur lesquelles j’ai toujours pu compter. »

Le Syndicat du personnel professionnel n’a aucune intention d’adopter une résolution semblable, a de son côté fait savoir la présidente, Geneviève Gobeil. 

La présidente du Syndicat du personnel de soutien, Lucie Bouffard, soutient que « ce dossier n’appartient qu’aux enseignants ». L’instance tentera de mieux comprendre dans les prochains jours « les motifs de cette résolution qui aura un impact dans toute la communauté du Cégep ».