Une quarantaine de parents et d’élèves ont assisté, mardi, à la séance d’information du Collège du Mont-Sainte-Anne sur sa nouvelle concentration en sport électronique qui sera offerte à la prochaine rentrée.

Le sport électronique séduit malgré les risques

Signe qu’elle prend les enjeux de santé très au sérieux, la direction du Collège du Mont-Sainte-Anne avait invité la Directrice de santé publique de l’Estrie pour parler des risques du sport électronique lors de la séance d’information sur cette nouvelle concentration qu’elle tenait à l’intention des parents mardi soir.

« On ne voulait pas se positionner pour ou contre le programme, prévient la Dre Mélissa Généreux, parce que je pense de façon pragmatique que les jeunes qui vont s’inscrire à ce programme-là sont des jeunes qui probablement jouent déjà quand même beaucoup aux jeux vidéos. On préfère le voir comme un programme qui vient encadrer ou baliser le jeu. »

Quatre semaines après avoir divulgué cette nouvelle concentration qui sera offerte aux jeunes de secondaire 1 à 5 à compter de la rentrée 2019, l’établissement privé pour garçon du chemin Sainte-Catherine a donc expliqué devant une quarantaine de parents et d’élèves mardi soir le programme et ses modalités. La séance était également diffusée en direct sur la page Facebook de l’école.

« C’est en réponse à une question d’un parent qu’on s’est tourné vers la Santé publique. On leur a demandé de pouvoir leur présenter le programme et on a vu la possibilité qu’ils viennent nous encadrer pour vraiment faire en sorte qu’on puisse respecter le plus possible les recommandations de la Santé publique », a expliqué Olivier Audet, directeur général et du service du sport au Collège.

« On est conscient qu’on ne pourra peut-être pas tout respecter, continue-t-il. On est conscient qu’il y a des risques. Mais on reste convaincu qu’au lieu de ne pas s’occuper de la difficulté qu’ont certains jeunes avec le temps d’écran, on est mieux de faire un programme qui part de leur passion et les amener vers une vie plus saine et équilibrée tout en vivant leur passion pour les jeux vidéos. »

Des parents séduits

Au terme de la rencontre, quelques parents interviewés par La Tribune semblaient partager son point de vue.

« Je pense que je suis plus intéressé que mon garçon! lance François Fortier. Dans le fond, c’est tout le côté de la prise en main de sa vie, de faire attention à sa nutrition, à son activité physique, à sa sédentarité, à son sommeil, qui me rassure. C’est sûr qu’on n’a pas encore vécu le programme, mais de la façon dont je le vois, c’est surtout de lui faire prendre conscience, qu’il réalise lui-même et qu’il choisisse ces bonnes habitudes-là parce qu’il va comprendre que ça va lui permettre d’être plus performant. »

La directrice de santé publique en Estrie, Dre Mélissa Généreux, a mis en garde contre la sédentarité et le temps d’écran chez les jeunes, aux parents venus s’informer de la nouvelle concentration en sport électronique offerte par le Collège du Mont-Sainte-Anne.

« On est extrêmement contents, raconte Benoit Mercier, parent d’un garçon de secondaire 1. On a un enfant qui a décidé depuis quelques années qu’il voulait devenir champion du monde dans ces sports. Ça fait trois ans qu’il nous parle de ça tout le temps. Il n’a qu’une obsession, c’est finir ses devoirs, finir tout ce qu’il a à faire dans ses matières académiques, pour pouvoir se mettre à jouer. Il travaille, il réussit, il se lève plus tôt le matin, il fait des push-up, il est en superforme et il garde tous ses temps libres pour s’entraîner. »

« Moi, ajoute-t-il, ça me rend fou les fins de semaine, parce que c’est pas deux ou trois heures, c’est dix heures par jour! Mais on a beau essayer de lui faire faire autre chose, c’est sa passion! »

Élève de première secondaire déjà au Mont-Sainte-Anne, Mathis Orichefsky espère que ses parents diront oui. « Les fins de semaine, raconte le pensionnaire, je joue beaucoup aux jeux vidéos. Être encadré avec des personnes de l’école, ce serait ben plus le fun. Et surtout de jouer avec mes amis à côté en plus de de la communication avec les autres joueurs, ce serait malade! »

« De toute façon, convient son père Sylvain, c’est un problème du 21e siècle, et il faut vivre avec. Je pense qu’on est plus contraint au problème. L’engagement va venir de notre fils plus que de nous, peut-être que ça va être mieux parce qu’il va pouvoir mettre lui-même ses limites. »

Le directeur général du Collège ne pouvait prédire mardi si les inscriptions seront nombreuses.

Il n’a pas non plus voulu s’avancer sur le nombre de places disponibles. Cela dépendra, a-t-il expliqué, du nombre d’élèves qui se manifesteront et du nombre d’ordinateurs qui seront acquis par l’établissement scolaire pour équiper la salle de classe de esports.

« Il y a eu un intérêt médiatique très très fort, constate toutefois M. Audet. Sur nos réseaux sociaux aussi, un intérêt comme on n’a jamais vu avec près de 10 000 vues pour la divulgation de notre programme. (...)Il y a clairement un intérêt. »

La période d’inscription est ouverte jusqu’à la mi-mars. Les garçons doivent passer un test de personnalité, comme pour les autres concentrations du Collège, et rédiger une lettre d’engagement à travailler « pour que ça demeure un mode de vie sain et actif », a détaillé M. Audet.

Le Mont-Sainte-Anne a développé cette concentration en partenariat avec l’Académie Esports de Montréal.

Au maximum deux heures par jour

C’est en pointant des risques sur la sédentarité, le surpoids et les problèmes de sommeil, notamment, que la Direction de santé publique met en garde contre les longues heures passées devant un écran.

« D’un point de vue de santé publique, les recommandations canadiennes sont claires, explique la Dre Mélissa Généreux, les jeunes ne devraient pas passer plus de deux heures par jour de temps de loisir devant un écran, et par écran j’entends ordinateurs, tablettes, téléphone, jeux vidéos, tout ça inclus. On s’entend que le deux heures est facilement atteint et dans ce contexte-là, toute initiative qui fait en sorte qu’on ajoute du temps d’écran mérite qu’on y porte attention pour réduire les risques qui y sont associés. »

Or, amène-t-elle à l’appui en citant une enquête menée en 2016-2017 en Estrie, 21 % des élèves du secondaire présentent déjà un surplus de poids, plus d’un jeune sur trois (37 %) passe en moyenne deux heures ou plus devant un écran par jour, du lundi au vendredi, et presque deux jeunes sur trois (62 %) passent en moyenne deux heures ou plus devant un écran par jour, la fin de semaine.

Dre Généreux a aussi élaboré sur l’existence d’un trouble du jeu vidéo maintenant reconnu par l’Organisation mondiale de la santé. « Même si ce trouble ne touche qu’une petite partie des personnes qui les utilisent, il importe d’être à l’affût des signaux d’alarme. Le temps passé à jouer, l’isolement et l’incapacité d’arrêter de jouer sont des indicateurs très clairs. »

Bien conscient des enjeux, le directeur général du Collège du Mont-Sainte-Anne, Olivier Audet, a précisé que la concentration en sport électronique se déploiera sur 10 heures par semaine, dont 2 h 30 d’activités physiques (en plus des cours réguliers d’éducation physique), ainsi que du temps de théorie où les élèves ne seront pas nécessairement devant leur écran. Il a aussi assuré que tous les enseignants seraient mis à contribution pour réduire le temps d’utilisation d’écran dans les autres matières.

La Direction de santé publique et le Collège du Mont-Sainte-Anne ont par ailleurs convenu d’un suivi de la première cohorte, sous forme de sondage électronique tous les six mois, afin de détecter toute problématique qui pourrait surgir et d’intervenir rapidement.