Le Sanctuaire du Sacré-Coeur de Beauvoir.

Le patrimoine immatériel sort de l'ombre

En matière de patrimoine sherbrookois à protéger, viennent spontanément en tête des bâtiments, des forêts ou des rivières. Mais qu'en est-il du patrimoine immatériel, moins connu et forcément moins facile à recenser? Un premier rapport, déposé à la Ville de Sherbrooke, propose 14 éléments à protéger.
Le Sanctuaire du Sacré-Coeur de Beauvoir.
« L'objectif était d'identifier le patrimoine immatériel. Nous avions alloué un peu plus de 40 000 $ pour connaître ce qui se faisait par les transmetteurs de savoir et le passage des connaissances. La commission nous a présenté ce qu'elle avait retenu. Nous avons eu quelques commentaires parce qu'il manquait quelques éléments importants. Il n'y a pas grand-chose qui s'est dit à propos de la Kruger ou de l'hydroélectricité », résume le conseiller Pierre Tardif.
Le dépôt d'un rapport d'inventaire préparé par l'ethnologue Marie-Blanche Fourcade s'inscrit dans la Politique du patrimoine culturel adoptée au conseil municipal en juillet 2013.
Parmi les éléments retenus, notons la légende du Pin solitaire, le Sherbrooke Snow Shoe Club, le pèlerinage au Sanctuaire du Sacré-Coeur de Beauvoir, la tradition du thé à l'anglaise au Centre Uplands et les mémoires de l'industrie Paton.
La conseillère Annie Godbout s'est montrée étonnée qu'on ne mentionne pas l'Hôtel Wellington dans le rapport. « Ce que j'aime du rapport, c'est qu'on voit que la personne qui l'a rédigé est très passionnée. On voit aussi toute la richesse du patrimoine des communautés anglophones à Sherbrooke. J'étais toutefois surprise qu'il n'y avait rien à propos du patrimoine immatériel de l'Hôtel Wellington. J'ai trouvé dommage qu'on ne considère pas du tout ce volet. Le contexte aurait amené que ce soit plus à jour. »
Marie-France Delage, directrice générale adjointe aux relations avec la communauté a expliqué que « ce genre de mandat est une suite à la Politique du patrimoine culturel de la Ville de Sherbrooke. C'est un premier morceau : via le savoir et les relayeurs de savoir, on a identifié ce type de situation qui mérite d'être documentée avec un plan d'action de mise en valeur. Ça ne signifie pas qu'il n'y a pas autre chose. C'est un premier pas. Le rapport a été déposé en décembre 2016. Ça explique peut-être pourquoi l'Hôtel Wellington n'y est pas. À tout le moins, ça nous permet, comme communauté sherbrookoise, d'identifier des éléments et de les mettre en valeur par des actions de la Ville ou de partenaires du territoire. »
En ce sens, Hélène Dauphinais a soulevé la possibilité que la croix lumineuse se trouvant sur le rocher du Pin solitaire soit à nouveau illuminée considérant que le Pin solitaire est désigné comme un élément du patrimoine immatériel. Cette croix ne relève toutefois pas de la Ville, mais bien de la Société Saint-Jean-Baptiste.
L'inventaire est passé entre les mains du comité consultatif d'urbanisme avant d'être déposé à la Ville. « On s'est permis de mentionner qu'à notre humble avis, il y a eu des oublis. On ne parle pas de l'hydroélectricité à Sherbrooke. C'est fort. Toute l'industrie des pâtes et papiers à cause de la proximité de la rivière est aussi oubliée. Ç'aurait été intéressant de revenir valider et de s'inspirer de ce que les gens qui connaissent bien leur territoire auraient pu bonifier. C'est comme toute la notion de l'agriculture. Les bâtisseurs, c'étaient qui? », résume la présidente du comité, Nicole Bergeron.
« À la lumière de toutes nos discussions, on se rend compte que le patrimoine immatériel est quand même un peu plus méconnu que le patrimoine immobilier. Avons-nous prévu en faire un résumé pour la population qui voudrait en savoir un peu plus? C'est un bon début, j'ai appris beaucoup simplement en lisant ça », commente Chantal L'Espérance.
Marc Denault, lui, souhaiterait qu'on reconnaisse l'importance de la forêt ancienne du bois Beckett.
Dans les recommandations de Marie-Blanche Fourcade, on note qu'il est « impossible de développer une stratégie uniforme ». Il faut plutôt organiser des actions au cas par cas pour mettre ce patrimoine en valeur. Elle souligne aussi une large méconnaissance des citoyens quant à la définition du patrimoine immatériel. Il pourrait donc être possible de le mettre en valeur en proposant d'ajouter des références dans la toponymie pour faire référence par exemple à Ti'Blanc Richard ou à la famille Blouin des Pianos Blouin.
Entreprendre une démarche de vulgarisation et de communication, s'assurer d'une présence du patrimoine immatériel dans les activités consacrées au tourisme sherbrookois et intégrer un représentant du patrimoine vivant dans les comités touchant à la culture sont d'autres actions proposées.
Dans une deuxième étape, il est recommandé d'explorer d'autres éléments du patrimoine immatériel, comme le Lion d'or à Lennoxville, la cohabitation de la diversité religieuse à Lennoxville, les mémoires de l'industrie Kruger, les mémoires d'Hydro-Sherbrooke, la tradition d'enseignement bilingue et l'atelier d'art liturgique des Petites Soeurs de la Sainte-Famille.
La tradition du thé à l'anglaise au Centre Uplands
14 éléments à protéger
Qualifié de méconnu, le patrimoine immatériel de Sherbrooke pourrait faire l'objet d'action de mise en valeur par la Ville de Sherbrooke. En attendant, La Tribune présente brièvement les 14 éléments considérés comme étant les plus significatifs.
La légende du Pin solitaire et le Mena'sen
La légende du Pin solitaire est d'origine abénakise et raconte une bataille entre deux guerriers abénakis et iroquois. Le combat consistait à une course jusqu'à épuisement autour d'une île rocheuse surmontée d'un pin dans la rivière Saint-François. La légende est une des rares manifestations de la présence amérindienne à Sherbrooke.
La pratique du conte, le Festival les jours sont contés et la Maison des arts de la parole
La tradition de production du conte et de sa performance orale, notamment autour de la Maison des arts de la parole, s'inscrit dans la continuité d'une transmission millénaire. La Maison des arts de la parole est le seul lieu permanent de formation au savoir-faire de conteur et est un centre névralgique de diffusion.
La pratique de la raquette et le Sherbrooke Snow Shoe Club
Ce club de raquette compte plus de 140 ans d'existence. Il est né sous l'impulsion d'un groupe d'hommes de l'élite anglophone sherbrookoise. Il est le plus ancien club sportif de Sherbrooke et l'un des plus anciens clubs de raquetteurs en activité au pays.
La pratique du curling et le club de curling Sherbrooke
Ce club est apparu en 1880, entre autres à l'initiative d'Andrew Paton. Il est le troisième plus ancien en activité au Québec et le deuxième club sportif le plus ancien à Sherbrooke.
Les arts textiles et le Cercle des fermières de Rock Forest
Le Cercle des Fermières constitue un des rares espaces vivants de transmission des habiletés liées à l'artisanat. L'année 2017 marquera son centenaire.
L'art de la courtepointe et la guilde des Quilters Lennoxville
Le groupe des Quilters de Lennoxville est l'un des plus vieux groupes de courtepointières du Québec.
André Simoneau,
La fabrication d'instruments et la Musiquetterie
André Simoneau a développé un savoir-faire unique qui mêle fabrication traditionnelle à l'invention d'instruments. Il est d'ailleurs le seul fabricant d'orgues de barbarie de la province.
La famille Blouin et les savoir-faire du piano
L'entreprise familiale est une référence dans le monde musical. La famille témoigne d'ailleurs d'un savoir-faire centenaire.
Les arts de la veillée, le groupe Danse Trad Sherbrooke et le calleur Robert Goulet
Les arts de la veillée sont communs dans l'ensemble du Québec, mais ils ont des spécificités régionales. Dans l'histoire de Sherbrooke, ils ont été mis en valeur grâce à l'émission Soirée canadienne et grâce au Festival des Cantons.
Yves Hélie et les multiples pratiques autour de l'accordéon
Yves Hélie enseigne l'accordéon, répare ces instruments et en joue. Il est considéré comme un porteur de mémoire et de savoir-faire d'exception pour le milieu de la musique traditionnelle sherbrookois.
Le pèlerinage au Sanctuaire du Sacré-Coeur de Beauvoir
Le Sanctuaire de Beauvoir naît en 1920. Il fait partie des huit centres de pèlerinages incontournables du Québec et le plus important en Estrie. Il est l'objet d'un afflux constant de pèlerins et de touristes.
La tradition du thé à l'anglaise au Centre Uplands
Il s'agit d'une tradition pluriséculaire venue de Grande-Bretagne qui s'est intégrée à la culture canadienne. Le protocole associé au service du thé est resté le même à travers le temps et sa présence à Lennoxville témoigne de l'héritage culturel anglophone.
La Journée de l'Amitié/Friendship Day de Lennoxville
Il s'agit d'un symbole d'identité et d'appartenance à la communauté. Elle agit comme lieu de rencontre pour les francophones et les anglophones.
Les mémoires de l'industrie Paton
La Paton était une des compagnies de lainage les plus importantes du Canada. Elle a été un moteur économique d'envergure pour la Ville de Sherbrooke. Ses mémoires ont une valeur documentaire inestimable pour la compréhension de l'histoire industrielle de la ville.
Source : Inventaire du patrimoine immatériel de la Ville de Sherbrooke