Le Sherbrookois Fernand Lagueux était un grand ami et un compagnon de voyages de l’entomologiste Georges Brossard, décédé la semaine dernière.

Le Georges Brossard sherbrookois [VIDÉO]

Fernand Lagueux a perdu non seulement un ami, mais aussi un maître lorsque Georges Brossard s’est éteint cette semaine. Le célèbre entomologiste et le collectionneur sherbrookois ont en effet partagé la même passion pour les papillons et les insectes pendant plus de 10 ans. Ensemble, ils ont multiplié les excursions dans les fôrets tropicales les plus reculées de la planète à la recherche de la « bibitte rare » qui allait enrichir leurs collections.

Chasseur invétéré depuis son enfance, Fernand Lagueux dit avoir eu le coup de foudre pour les insectes et les papillons lorsqu’il a vu Georges Brossard pour la première fois à l’émission Tout le monde en parle, il y a une dizaine d’années. Lors de cette émission, l’entomologiste avait offert un magnifique papillon bleu à l’une des invitées sur le plateau, Liza Frulla. Ce fut l’élément déclencheur.

« À l’époque, je travaillais dans la région de Saint-Bruno, pas loin d’où habite Georges. Un matin, pendant que je déjeunais au Tim Hortons, Georges est arrivé. Je me suis présenté à lui et je lui ai dit à quel point j’étais fasciné par les papillons et les insectes. Je crois qu’il a vu que j’étais sincère... », raconte le Sherbrookois âgé de 74 ans.

Dès lors, l’amitié entre les deux hommes n’a fait que grandir. 

« À partir du moment où il a vu que j’étais sincère, que j’étais vraiment intéressé à en apprendre sur les papillons et les insectes et que je n’étais pas un scèneux, il m’a tout de suite pris sous son aile. Il m’a donné de la formation. Il m’a montré comment les épingler. On est devenus de vrais amis. »

Des amis qui se sont envolés plusieurs fois en expédition, que ce soit vers le Pérou, le Mexique, le Costa Rica, le Japon ou le Brésil, à la recherche d’un chrysina macropus, d’une vespa mandarine ou encore d’un pamphobeteus antinous.

Tant et si bien qu’aujourd’hui la collection d’insectes et de papillons de Fernand Lagueux s’élève aujourd’hui à plus de 3000 spécimens, tous minutieusement épinglés et parfaitement rangés dans des tiroirs de cèdre vitrés... comme le lui a enseigné Georges Brossard.

Fernand Lagueux a appris que son ami Georges était atteint d’un cancer il y a quelques mois. La dernière rencontre entre les deux hommes a eu lieu quelques semaines avant le décès de l’entomologiste, à son chevet.

« Son départ m’a beaucoup affecté. C’était un homme tellement généreux, tellement sincère. Il était toujours positif, jamais dans le négatif. Pour lui, la vie, c’était d’aller par en avant, pas par en arrière. Et il avait de l’énergie à revendre, c’était incroyable. Je me considère très chanceux de l’avoir eu comme ami... »

Papillon bleu

De tous ses voyages avec le fondateur de l’Insectarium de Montréal, M. Lagueux n’oubliera jamais la découverte de son tout premier papillon bleu (morpho didius), après une longue journée à arpenter une forêt du Costa Rica. « Ç’a été un moment magique, un thrill extraordinaire. Ton premier papillon bleu, tu n’oublies jamais ça », dit-il.

Sa collection de papillons bleus s’est par la suite accrue, au point d’en compter une cinquantaine... et d’en offrir en cadeau.

« Lorsque la tragédie de Lac-Mégantic est survenue en 2013, j’ai décidé d’en encadrer un pour chacune des 47 victimes de l’accident. Plus tard, je suis allé les porter à l’église de Lac-Mégantic. Un an plus tard, lorsque la cérémonie de commémoration a eu lieu, un des caméramans de LCN a pris un de mes papillons en gros plan. C’est comme s’il avait immortalisé mon papillon », raconte M. Lagueux en faisant référence au film de Léa Pool, Le Papillon bleu, inspiré du parcours de Georges Brossard.

À sa mémoire

À sa façon, Fernand Lagueux aimerait maintenant transmettre ce que Geoges Brossard lui a enseigné. À commencer par rétablir certains faits entourant les insectes.

« Il y a beaucoup de gens ont peur des insectes. Pourtant, les plus dangereux pour l’humain représentent moins de 1 % de toutes les espèces. Il faut plutôt apprendre à les connaître, conseille Fernand Lagueux. Une fois qu’on s’y intéresse, c’est tout un nouveau monde qu’on découvre. »