Le seul élu du Renouveau sherbrookois, Vincent Boutin, a poussé un soupir de soulagement en constatant l’intérêt porté au projet Well inc., né sous l’administration précédente. Il a rapidement annoncé qu’il voterait contre le budget de fonctionnement en raison des risques soulevés par un gel de taxes.

Le gel soulève des inquiétudes

Le gel de taxes et les investissements dans Well inc. ont soulevé les plus importants commentaires de discordance lors du dépôt du budget lundi soir à l’hôtel de ville.

Le seul élu du Renouveau sherbrookois, Vincent Boutin, a poussé un soupir de soulagement en constatant l’intérêt porté au projet Well inc., né sous l’administration précédente. Il a rapidement annoncé qu’il voterait contre le budget de fonctionnement en raison des risques soulevés par un gel de taxes.

« C’est comme si on avait retiré nos REER pour aller dans le Sud », a-t-il illustré. « En réduisant le payé comptant, on ajoute 1 M$ sur notre carte de crédit et on payera des intérêts. On tient pour acquis qu’on sera capable de maintenir le contrôle des dépenses des dernières années. On veut demander plus d’argent au gouvernement, mais ça reste un vœu pieux. Je nous souhaite que ça marche, mais je ne suis pas optimiste », a commenté M. Boutin.

Il a affirmé qu’il n’était pas élu pour prendre des décisions populaires, mais des décisions responsables.

Comme lui, Rémi Demers a déploré que la Ville n’ait plus de marge de manœuvre. Les deux hommes auraient préféré une hausse de taxe à la hauteur de l’indice du prix à la consommation.

« C’est sûr que le gel de taxes va faire l’affaire des contribuables, mais l’indexation aurait été acceptable. Nous nous mettons beaucoup de pression pour les trois prochaines années. Nous nous rendons vulnérables aux imprévus. J’ai une déception en matière récréotouristique. Ce sont les plus bas investissements des dix dernières années. »

Marc Denault a noté que le citron commence à être compressé « pas mal ». « Il faut s’assurer de ne pas couper dans les services aux citoyens. »

Annie Godbout, Évelyne Beaudin et Karine Godbout se sont ralliées même si le gel de taxes ne les enthousiasme pas.

Annie Godbout, répondant aux inquiétudes de la chef de Sherbrooke Citoyen, Hélène Pigot, en matière de culture, a mentionné qu’elle aurait préféré investir 160 000 $ dans les centres culturels que dans un cabinet de l’opposition. En réponse, Évelyne Beaudin a suggéré de prendre ces sommes à Destination Sherbrooke, que préside Mme Godbout.

Plus de marge de manœuvre

Chantal L’Espérance compte sur le maire pour faire des représentations acharnées auprès du ministère des Affaires municipales pour récupérer des sommes auxquelles Sherbrooke aurait droit. « La pression est sur vous pour amener des investisseurs privés. »

Elle espère que le message sera clair pour le gouvernement que les municipalités n’ont plus de marge de manœuvre.

Évelyne Beaudin croit que la Ville se trouve maintenant dans une situation précaire. Elle déplore que le service d’autobus ne puisse pas être amélioré en 2018 et que la Ville « s’endette pour un projet risqué » comme Well inc.

Pierre Tremblay estime que les élus se mettent beaucoup de pression avec un gel, même si c’était la seule solution selon lui. Il déplore qu’on n’ait pas creusé davantage le budget de Destination Sherbrooke, qui dispose de sommes qui auraient pu être investies dans les services aux citoyens.

Contre Well inc., il ajoute que les indépendants n’ont pas le droit de commettre les mêmes erreurs que l’administration précédente.

Pierre Avard voudrait revoir le fonctionnement de Commerce Sherbrooke. Il croit qu’il aurait été préférable d’aller en appel d’offres pour Well inc.

Enfin, Paul Gingues ne donne pas un chèque en blanc à Well inc. non plus. Il ajoute qu’il souhaiterait que les élections se tiennent en septembre pour permettre aux élus de prendre le temps de bien analyser le premier budget de leur mandat.

Coûts imprévus pour René-Lévesque

Les élus ont entériné des coûts imprévus dans la construction du boulevard René-Lévesque même si, pour le moment, l’enveloppe budgétaire initiale du projet, à 26,4 M$, est respectée.

Des dépassements de 1,6 M$ sont déjà engagés pour la construction du boulevard alors que des honoraires supplémentaires de 406 000 $ seront versés à la firme Les Services exp. pour les plans et devis et la surveillance du chantier. Le contrat initial était de 500 000 $. Il s’agit donc d’un dépassement de 80 %.

« Nous cherchons toujours à payer le minimum. Quand nous avons des travaux supplémentaires, nous devons assumer les coûts. Pour le moment, nous sommes en dessous du 10 % de dépassement, ce qui est une marge de manœuvre tolérée dans l’administration publique, mais nous demandons 2 % de plus pour exécuter les travaux qu’il reste à faire à la fin de l’hiver et au début du printemps », explique Denis Gélinas, directeur du bureau des projets majeurs à la Ville de Sherbrooke.

Les travaux à terminer sont ceux d’asphaltage, de construction de bordures et de trottoirs et l’aménagement paysager. Le montant supplémentaire pourrait atteindre un maximum de 356 780 $ taxes en sus.

L’entrepreneur a dû changer sa façon de travailler en raison de la présence d’une zone humide importante. Il a aussi dû retirer deux fois plus de roc que prévu dans le bordereau d’appel d’offres.

Travaux réduits dans les rues secondaires

Pour limiter les dépassements de coûts, les travaux dans les rues secondaires seront réduits sans nuire à la possibilité des promoteurs de construire sur les terrains adjacents.

Quant aux honoraires supplémentaires, Denis Gélinas estime qu’il aurait fallu les engager de toute façon si la Ville était allée en appel d’offres. Le manque de temps l’a toutefois incité à procéder sans appel d’offres.

Il était par ailleurs impossible de retarder le chantier, ce qui aurait coûté 100 000 $ par jour. Il fallait aussi livrer le terrain de l’école C rapidement.

« Si on n’avait pas été en mesure de le faire, on aurait sûrement eu une réclamation importante de la commission scolaire pour le délai parce que son entrepreneur n’aurait pas pu y avoir accès. Le délai pour l’ouverture de l’école n’aurait pas pu être respecté non plus.

« Quand vous êtes à la porte d’une opération, vous ne changez pas de médecin. En ingénierie, c’est la même chose. Ce n’est pas vrai qu’on va en appel d’offres administratif pour attraper l’allure du train comme il est engagé. C’est impossible. Ça n’aurait pas été gagnant pour la Ville », assure M. Gélinas.

Sans la nécessité de livrer le terrain de l’école, Denis Gélinas aurait pris des décisions différentes, ajoute-t-il.

« On n’avait pas le choix, sinon on ne respectait jamais l’échéancier critique. »

Les deux premières phases du boulevard René-Lévesque comptent 2,75 km. L’ouverture du tronçon est prévue en 2018. 

Des dépassements de 1,6 M$ sont déjà engagés pour la construction du boulevard René-Lévesque.