Les élus ont décidé que le crucifix resterait dans la salle du conseil municipal à l’hôtel de ville de Sherbrooke ainsi que dans les salles des conseils d’arrondissement.

Le crucifix reste à l’hôtel de ville

Contrairement à la Ville de Montréal, Sherbrooke ne retirera pas le crucifix de la salle du conseil municipal. Les élus ont adopté sur division une résolution lundi soir pour respecter le patrimoine de la Ville de Sherbrooke.

La décision a été loin d’être unanime. Le sujet a été ajouté à l’ordre du jour en début de séance et le vote a été demandé dès que le point a été abordé. Il s’est soldé par l’appui de 10 élus pour conserver le crucifix dans la salle du conseil. Les dissidents ont été Annie Godbout, Karine Godbout, Paul Gingues, Évelyne Beaudin et Pierre Avard.

Non seulement un débat sur la laïcité fait rage partout au Québec, mais le dépôt de la Loi sur la laïcité laisse aux conseils municipaux le pouvoir de disposer, par un vote, de la présence du crucifix dans la salle du conseil. Ils peuvent aussi décider de le déplacer à un endroit moins emblématique.

Dans les documents rendus publics lundi soir, on lit que Sherbrooke doit être fière de son patrimoine et que la religion a occupé un rôle fondamental dans l’histoire du Québec, y compris Sherbrooke. C’est pour cette raison que le crucifix sera conservé non seulement dans la salle du conseil municipal, mais également dans les salles des conseils d’arrondissement.

La conseillère Annie Godbout trouve que la décision est précipitée. « Je suis extrêmement déçue de la façon dont on mène le dossier. Ce sont des enjeux de société. J’aurais aimé qu’on voie comment le débat va se déployer au Québec. Peut-on écouter les citoyens? Peut-on avoir un anthropologue, un sociologue, qui nous parle de la portée de notre décision? »

Pierre Avard abondait dans le même sens et aurait souhaité que les élus prennent un pas de recul pour « écouter ce qui se passe ».

Évelyne Beaudin a suggéré que le crucifix soit déplacé dans le hall d’honneur. « On ne parle pas de la croix lumineuse, mais du lieu où se prennent les décisions par un conseil diversifié pour une population diversifiée. Je ne vois pas en quoi la mémoire collective ne serait pas maintenue en installant le crucifix dans le hall avec les autres œuvres d’art. »

C’est que Chantal L’Espérance avait fait valoir qu’au-delà de la connotation religieuse, le crucifix est un objet d’art et qu’elle s’est toujours opposée au retrait d’œuvres d’art. Elle ajoute que l’emplacement de l’objet est discret, qu’elle n’a pas eu de demandes de la part de citoyens et qu’elle souhaite respecter l’histoire.

« Rien d’immuable »

Paul Gingues a invité les citoyens qui seraient indisposés par la présence du crucifix à se manifester pour partager leur opinion avec les élus.

Marc Denault ne sentait pas pour sa part de pression pour changer les façons de faire actuelles. « On ne cache pas le crucifix. Il est là depuis 1994. »

Marc Denault

« Il n’y a rien d’immuable. Nous pourrons en redébattre l’an prochain », a ajouté Vincent Boutin, qui aurait néanmoins aimé se laisser influencer par ce qui se passe dans la société.

Julien Lachance veut protéger l’histoire. « Je pense que c’est un legs réel du peuple fondateur. Ce sont nos racines. »

Rémi Demers ajoute qu’à sa connaissance, personne ne s’est senti exclu de l’hôtel de ville en raison de sa religion. « Le crucifix représente encore une forte majorité de la population, mais surtout, notre histoire. »

Enfin, Claude Charron dit exprimer la position de ses concitoyens, et non son opinion personnelle. Il n’a à ce jour reçu aucune demande de ses électeurs.

Le crucifix est situé dans un coin de la salle du conseil, derrière les sièges des directeurs.