Serge Paquin cite la revitalisation du centre-ville comme un grand accomplissement de sa carrière politique de 27 ans.

Le centre-ville de Serge Paquin

Après deux décennies ou plus passées dans l'univers politique, quatre ténors de la vie municipale siégeront pour la dernière fois à l'hôtel de ville de Sherbrooke lundi. Ils passeront le flambeau au moment où la table du conseil comptera non pas 20, mais 15 élus. En route vers la fin de leurs mandats respectifs, les quatre hommes politiques reviennent sur leur carrière, se rappellent les bons comme les moins bons moments, et se tournent vers une retraite active. La Tribune propose un portrait de ces politiciens chaque jour d'ici le 2 octobre.
Président du comité exécutif, président du conseil municipal, Serge Paquin est l'un des visages les plus connus à l'hôtel de ville de Sherbrooke. Considéré comme un gardien de la mémoire collective, il laissera son siège du district Centre-Sud, rebaptisé Lac-des-Nations, après 27 ans de vie politique.
« Lors de la dernière élection, le plan de match était déjà établi. Je ne solliciterais pas de septième mandat», lance-t-il d'emblée.
Pourtant, certains ont tenté de le convaincre de rester. « Il y a eu un peu de pression, mais comme je ne laissais pas de place au doute, il n'y a pas eu d'insistance. »
Depuis huit ans, M. Paquin occupait son poste d'élu à temps plein. Il sait que son rythme de vie changera drastiquement après les élections du 5 novembre. « C'est extrêmement intense la vie politique. Je l'ai vécue très passionnément. Je me tiendrai informé de tout ce qui se passe et je ferai attention à ma santé. Depuis quelques semaines, je prends chaque lettre de l'alphabet et pour chacune, je me trouve une activité.»
Ainsi entend-il apprendre à déguster le vin et multiplier les sorties aux quilles. «J'ai aussi neuf petits-enfants qui me tiendront occupé.»
Le politique s'est imposée naturellement pour Serge Paquin, très intéressé par les affaires collectives et diplômé en sciences politiques et en droit. Il avait d'ailleurs fondé une coopérative à l'âge de 15 ans. « C'était un aboutissement logique et le contexte s'y prêtait. J'étais avec le Regroupement des citoyens de Sherbrooke et Jean-Yves Laflamme, qui était conseiller du centre-ville, se présentait à la mairie. Le poste était vacant. »
Plus tard, d'aucuns le voyaient tenter sa chance à la mairie. «J'ai souvent été sollicité et j'aurais eu l'appui de plusieurs collègues, mais honnêtement, j'ai toujours été heureux dans le rôle que j'ai joué. Je me suis toujours senti responsable des affaires de la Ville, mais je n'avais pas le poids qui vient avec les fonctions de maire.»
Rarement Serge Paquin aura-t-il perdu patience dans son rôle d'élu. « Mon rôle de président d'assemblée exige un certain recul. J'ai présidé beaucoup de comités et d'assemblées générales. J'ai développé une habileté à garder une distance. »
En matière de réalisations, la revitalisation du centre-ville constituera sa plus grande fierté. « Dans le dossier de l'achat du Théâtre Granada, j'avais appelé mes collègues un à un pendant une fin de semaine pour les convaincre. Il était destiné à devenir un marché aux puces. Maintenant, c'est un moteur de développement culturel.»
Bien sûr, il y a eu l'enlèvement des marquises. « Il y a tellement de beaux immeubles que nous ne voyions plus. La vie s'arrêtait à 17 h au centre-ville et il n'y avait presque plus de résidants. Nous avons presque pris les bureaux un à un pour les transformer en résidences. »
Et il y aura Well inc. et la reconstruction du pont des Grandes-Fourches pour compléter le portrait. « Je n'ai pas de temps à perdre avec la nostalgie. La vie est trop courte pour la gaspiller à avoir des regrets.»
Serge Paquin, c'est aussi celui qui avait proposé au conseil municipal de payer en argent les 2 M$ nécessaires pour la construction de la promenade du Lac-des-Nations, une somme prise à même les surplus de la Ville. En évitant le règlement d'emprunt, la Ville évitait un référendum, alors que plus de 1000 personnes avaient déjà signifié leur mécontentement en signant un registre.
«J'ai été le premier à dire qu'il fallait d'abord le faire pour nous, pour notre qualité de vie. »
En ce sens, M. Paquin rappelle qu'il ne faut pas attendre l'unanimité autour des projets « sinon on ne fera rien. Il ne faut pas être trop frileux pour avoir du leadership».
Sa déception aura été de voir que l'immeuble du 2, rue Wellington Nord ne fait toujours pas l'objet d'un projet concret. « C'est quand même un immeuble patrimonial. Ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais le propriétaire a un modèle d'affaires qui nous échappe.»
Il espère que le développement de Well inc. permettra de faire bouger les choses.
Si on lui parle de ses influences, Serge Paquin cite d'emblée René Lévesque. « C'est la personnalité politique qui m'a le plus impressionné. C'était un brillant communicateur, quelqu'un qui parlait vrai et qui n'avait pas la langue de bois.»
Au municipal, c'est Bernard Tanguay qui l'a inspiré. « J'ai siégé avec lui pendant 19 ans. C'était un homme d'État. C'était un exemple en termes de rigueur intellectuelle.»
Celui qui a produit le Rapport Paquin sur la réduction du nombre d'élus aimerait qu'on se souvienne de lui pour sa simplicité, pour sa capacité d'analyse, et parce qu'il était toujours accessible.
M. Paquin ne compte pas reprendre le collier un jour, du moins pas comme candidat. Et les chances de le revoir pendant les séances du conseil municipal sont très minces.
Lundi, Serge Paquin quittera d'ailleurs la salle du conseil avec son maillet de président, un maillet qu'il n'a que très rarement utilisé pour faire régner l'ordre. L'objet, sur lequel son nom est gravé, avait été fabriqué... par son collègue David Price.