Le Cégep de Sherbrooke aura désormais son programme pour étudiant réfugié (PÉR). Un comité local s’est mis en place afin de favoriser la venue d’un étudiant réfugié en 2019.

Le Cégep de Sherbrooke parrainera des réfugiés

Le Cégep de Sherbrooke aura désormais son programme pour étudiant réfugié (PÉR). Les étudiants ont accepté, en assemblée générale mercredi, de hausser leur cotisation de 1,50 $ par étudiant par session à compter de janvier afin de démarrer une telle initiative. L’établissement emboîte ainsi le pas à d’autres institutions de la région, dont l’Université Bishop’s et le Collège Champlain.

Ce programme a été mis sur pied par l’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC).

En plus de la contribution financière des étudiants, le comité local du Cégep a aussi reçu l’appui financier du Syndicat du personnel enseignant du Cégep de Sherbrooke (SPECS), précise Yzabel D’Amours Millette, une étudiante du Cégep impliquée dans cette initiative.

Le SPECS s’est engagé à donner 10 000 $ sur cinq ans au projet.

Les sommes permettront de faire une première demande de parrainage en novembre et d’accueillir un premier étudiant à l’été 2019. À la suite de la demande de parrainage, des candidatures pourront être évaluées pendant l’hiver. « Ils vont nous envoyer des candidatures à même les camps », note M. Allaire Sévigny, en précisant qu’il faudra vérifier l’admissibilité des candidatures.

Selon EUMC, le programme a pris en charge plus de 1800 jeunes réfugiés depuis 1978, en leur donnant la possibilité de poursuivre leurs études. L’organisme sans but lucratif compte des partenariats dans plus de 80 campus canadiens.

Meilleure intégration

Chaque réfugié est parrainé par un comité local de l’EUMC sur le campus. Ce comité réunit à l’avance les fonds nécessaires et fournit à l’étudiant au moins 12 mois de soutien financier, social et scolaire.

L’initiative au Cégep de Sherbrooke est née grâce à la professeure Valérie Dubé, qui a approché son collègue Christophe Allaire Sévigny. Qu’en est-il de la présence d’étudiants réfugiés sur le campus sherbrookois? « Il y a des étudiants qui sont arrivés ici comme réfugiés et qui sont des résidents permanents », illustre M. Allaire Sévigny. Le comité local, composé d’étudiants, est soutenu par un autre comité composé notamment de professeurs et de membres du personnel de soutien.

Sur son site, l’EUMC avance « que 94 % des étudiants PÉR s’étaient impliqués dans des associations et des groupes au sein de leurs communautés dès leur arrivée » et « que 90 % avaient trouvé un emploi trois ans après leur arrivée au Canada », d’après une étude menée en 2003.

Plus de 75 % ont indiqué qu’ils se sentaient « complètement » ou « très » intégrés à la société canadienne. La majorité des étudiants interrogés ont estimé que le programme était particulièrement avantageux pour les aider à s’adapter à la vie au Canada. Ce programme se démarque en matière d’intégration sociale et économique, précise l’enseignant.

La hausse de la cotisation étudiante représente pour les étudiants 3 $ par an. Cette contribution permettra de recueillir environ 7000 $ pour le programme. Une campagne de dons doit aussi se mettre en branle.

Un coup de pouce pour le transport

Sherbrooke — Le comité local de parrainage d’étudiant réfugié aimerait assumer les coûts du billet d’avion de l’étudiant réfugié qu’il accueillera. En dépit de leur statut, les réfugiés se doivent de rembourser ces frais au gouvernement.

Parrainer un étudiant réfugié annuellement coûte environ 20 000 à 22 000 $, selon Christophe Allaire Sévigny, professeur au Cégep de Sherbrooke. Ces coûts varient principalement en fonction du transport. « Nous, le comité local, on s’est dit qu’on allait absorber cette dépense-là », précise l’enseignant en sociologie, au sujet du programme de parrainage de réfugié mis en place au sein de l’institution.  

Considérant que les coûts de transport peuvent parfois grimper autour de 2000 ou 2500 $, le comité souhaite l’inclure dans son budget.

Le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR) lutte depuis longtemps contre ces frais de transport, explique Janet Dench, directrice du CCR.

Les réfugiés doivent rembourser les frais liés à leur arrivée au Canada et peuvent s’endetter jusqu’à 10 000 $ en vertu d’un prêt qui leur est fait. Pour une famille, la facture totale peut dépasser les 10 000 $.

Entre 2008 et 2012, 93 % des réfugiés pris en charge par le gouvernement et 88 % des réfugiés parrainés recevaient un prêt, selon des données du CCR.

« Ça a un impact sur le bien-être et l’avancement et l’avenir de ces réfugiés installés ici. Ils doivent prendre des décisions en conséquence : s’ils sont étudiants, ils vont prendre des décisions comme reporter leurs études ou ne pas poursuivre leur formation. On a demandé au gouvernement d’éliminer le prêt et d’assumer les frais de transport. Le gouvernement a étudié la question, c’est quelque chose qu’on attendait depuis un bon bout de temps et finalement il a modifié le règlement concernant les frais de transport, mais il n’a pas éliminé le prêt », note Mme Dench.

Améliorations

Le gouvernement a apporté certaines améliorations au système, comme éliminer les intérêts. Les réfugiés ont maintenant un an pour commencer à rembourser leur prêt, plutôt qu’après 30 jours comme c’était le cas auparavant.

« La personne se retrouvait seule à commencer sa vie au Canada et on lui demandait de commencer à rembourser son prêt... » illustre Mme Dench en ajoutant que ces derniers n’avaient pas, souvent, toute l’information nécessaire pour commencer à rembourser les prêts.

« À long terme, on continue à exiger la suppression et l’élimination du prêt. On est réaliste. Si le gouvernement a apporté des changements au régime, il est peu probable qu’il va regarder cette question dans les prochains mois. À court terme, on essaie aussi de voir si on peut apporter certaines améliorations », explique Mme Dench.

Certains coûts sont liés à des frais médicaux. « Ça nous semble contradictoire de décider de réinstaller des réfugiés en raison de leurs problèmes de santé et ensuite de leur dire qu’ils doivent payer pour les frais associés à leurs problèmes de santé. »

Elle cite, parmi les améliorations espérées, une meilleure flexibilité dans les cas extrêmes. Par exemple, un membre d’une famille pourrait se retrouver avec la dette d’un autre membre de la famille en cas de décès. « Pour l’instant, il n’y a aucun mécanisme qui permet d’exempter quelqu’un, même dans des situations extrêmes », souligne Mme Dench.