La pression est tout simplement trop grande pour certains jeunes travailleurs qui n’arrivent pas à la gérer et quittent leur emploi après seulement quelques jours, expliquent Francis Perron et Pascal Cloutier, respectivement directeur général et coordonnateur du Carrefour jeunesse-emploi de Sherbrooke.

L’anxiété, grande ennemie des jeunes travailleurs

Plusieurs employeurs ont dénoncé, notamment dans les pages de La Tribune, la faible fiabilité et le manque de professionnalisme des jeunes sur le marché du travail. Ces entreprises doivent composer avec des employés qui ne se présentent même pas aux entrevues ou qui quittent en plein milieu de leur formation ou de leur quart de travail. Selon le Carrefour jeunesse-emploi de Sherbrooke (CJE), l’anxiété est au cœur du problème.

La pression est tout simplement trop grande pour certains jeunes qui n’arrivent pas à la gérer.

« On a beaucoup entendu parler des enfants rois qui ne veulent pas travailler, souligne Pascal Cloutier, coordonnateur des services au CJE. C’est tout notre mode vie à la maison ou à l’école qui est en cause. Les enfants sont habitués d’être occupés et pris en charge. L’autonomie, de façon aisée, facile et intuitive, est plus difficile. Si le jeune n’a pas d’accompagnement, il peut paniquer. L’anxiété est le mal du siècle. Ça se peut que si j’entre dans une usine à 40 h semaine et qu’après 2 h la première journée je suis déjà sur la chaîne de montage, je panique. Même chose au Tim Hortons où ça va très vite. Il y a des rushs et ça roule. Oui l’anxiété peut devenir tellement envahissante qu’un jeune va quitter son poste en plein milieu de son quart de travail. On les voit ces jeunes-là et ils nous disent que c’était trop pour eux et qu’ils n’étaient pas capables de finir leur quart. »

La pénurie de main-d’œuvre fait également en sorte que les jeunes qui sont disponibles à l’emploi sont en bonne partie des jeunes avec des difficultés comme des problèmes de consommation ou un diagnostic de TDAH par exemple. 

L’approche des employeurs doit donc être fort différente, selon Francis Perron, directeur général du CJE.

« On constate que les jeunes ont besoin de formation et d’accompagnement, mentionne-t-il. Si on veut une intégration durable en emploi, il faut que le jeune et l’employeur soient suivis. On sait que ce qui est gagnant, c’est quand l’employeur prend le temps de faire une bonne intégration, d’être patient avec le jeune et de lui inculquer les valeurs de l’organisation. Je ne pense pas que les jeunes ne sont pas travaillants. Certains jeunes ont peut-être moins d’outils pour intégrer le marché du travail. »

La communication entre l’employeur et l’employé peut également être problématique.

« Pas besoin d’être un grand théoricien pour savoir que les jeunes communiquent différemment, indique M. Perron. Un jeune qui entre sur le marché peut se faire dire par un collègue que ça fait 50 ans qu’on travaille de cette façon, mais le jeune veut comprendre pourquoi on travaille de cette façon. C’est de prendre le temps d’expliquer les raisons. »

Le CJE estime que d’ici 2023, 54 % des emplois vont être occupé par des jeunes de 35 ans et moins.

La pression est tout simplement trop grande pour certains jeunes travailleurs qui n’arrivent pas à la gérer et quittent leur emploi après seulement quelques jours, expliquent Francis Perron et Pascal Cloutier, respectivement directeur général et coordonnateur du Carrefour jeunesse-emploi de Sherbrooke.

Différentes valeurs

Un clash des valeurs est aussi perceptible vis-à-vis la nouvelle génération qui arrive sur le marché du travail, selon Francis Perron.

« Les valeurs et la perception du travail ne sont pas comme il y a 10 ou 15 ans ou même 20 ans, indique M. Perron. Les jeunes veulent avoir un employeur qui est très transparent. On entend beaucoup parler de gestion participative. Les jeunes veulent être au courant des enjeux au niveau de l’entreprise. On constate aussi que les jeunes veulent beaucoup de conciliation travail famille. »

« Il y a aussi le désir d’une conciliation travail-vie personnelle, admet Pascal Cloutier. Ils veulent du temps pour eux et on le ressent. Ils veulent des semaines de 30 heures et des horaires flexibles. Et ce n’est pas juste la nouvelle génération, ça s’est propagé à tout le monde. Il y a 10 ans tout le monde travaillait 35-40 heures semaines. Plus maintenant. »