Les services d’aide aux étudiants ont continué durant la pandémie tant à l’Université qu’au Cégep de Sherbrooke.
Les services d’aide aux étudiants ont continué durant la pandémie tant à l’Université qu’au Cégep de Sherbrooke.

L’anxiété à l’ère de la COVID-19

La COVID-19 a déstabilisé plusieurs sphères de la société, notamment le système d’éducation québécois. Les cégeps et les universités se sont tournés vers les plateformes numériques afin de permettre aux étudiants de terminer leur session. L’anxiété de performance est bien présente dans les établissements d’enseignement supérieur et les cours en ligne ont des effets positifs ou négatifs sur ce phénomène.

L’anxiété de performance peut être caractérisée par la peur de l’échec. Certaines personnes peuvent également envisager les pires scénarios d’un événement, et ce, bien avant qu’il se produise.

La psychologue organisationnelle et du travail Josée Blondeau est d’avis que les cours en ligne peuvent avoir certains aspects positifs pour les gens souffrant d’anxiété reliée à leurs performances. « Il y a beaucoup d’avantages à offrir des cours en ligne à la population, car ça rend le savoir accessible. Parfois, les cours sont enregistrés. Il y a une plus grande flexibilité qui n’est pas possible dans le cadre des cours en présentiel. » 

La psychologue souligne que certaines personnes font de l’anxiété de performance en raison des relations avec leurs collègues de classe. « Grâce aux cours en ligne, ils sont moins confrontés aux autres. Ils se comparent également moins. »

Par contre, Mme Blondeau estime que la situation peut engendrer quelques désagréments. « Il y a moins d’interactions, c’est moins stimulant. C’est plus difficile de faire des exercices en petit groupe afin de confronter les idées. Il y a également moins de guidance. C’est peut-être plus difficile de poser des questions après le cours. Les anxieux aiment avoir un cadre clair. Il y a des gens qui ne sont pas à l’aise dans l’incertitude. Je pense qu’ils sont un peu plus laissés à eux-mêmes en ligne. » 

Des établissements à l’écoute

L’Université de Sherbrooke offre plusieurs ressources à ses étudiants vivant avec de l’anxiété de performance. « On offre des consultations ponctuelles pour faire le tour de la situation et regarder à quelles ressources l’étudiant a accès. On effectue également des suivis qui s’échelonnent sur six à dix semaines », évoque le directeur du service de psychologie et d’orientation à l’UdeS, Bruno Collard.

 « L’anxiété n’est pas problématique en soi. Avoir un certain niveau d’anxiété est une bonne chose, mais c’est à partir du moment où elle commence à porter entrave à la capacité de fonctionner et que l’étudiant commence à avoir de la difficulté à réaliser ses activités au quotidien », affirme-t-il.

Des ressources sont également disponibles sur le web afin de venir en aide aux étudiants à distance. « Si on prend les apprentissages en ligne, il y a un service de soutien à l’information. Les gens qui y travaillent se sont penchés sur une manière de rendre des outils accessibles afin de faciliter l’apprentissage à distance », illustre M. Collard. Un guide de conseils bien-être et une page de ressources ont également été créés afin de fournir des outils concrets à la population étudiante. 


« Certains enseignants ne réalisaient peut-être pas que nous étions en pleine pandémie et qu’il y avait peut-être des étudiants qui avaient des problèmes à la maison. »
Eliane Ciza, étudiante au Cégep de Sherbrooke

De son côté, le Cégep de Sherbrooke a mis sur pied un projet afin de joindre les étudiants par téléphone durant cette période plus difficile. « Actuellement, tous les étudiants qui commencent l’an prochain ont été appelés. On appelle maintenant tous les étudiants qui étaient présents à la dernière session. Il y a 3000 étudiants. La majorité des gens que j’ai appelés reviennent l’an prochain. C’est exceptionnel ceux qui ne reviennent pas », explique la travailleuse sociale et psychothérapeute au Cégep de Sherbrooke Julie Cloutier.

Les trois spécialistes consultés étaient d’avis que la population est plus anxieuse en raison de l’instantanéité des communications « Tout va très vite », souligne Mme Cloutier. 

Une fin de session hors de l’ordinaire

La fin de la session d’hiver a été une source d’anxiété pour l’étudiante dans le programme de sciences humaines profil études internationales au Cégep de Sherbrooke Eliane Ciza. Elle est d’avis que la charge de travail n’était pas adaptée à la situation de la COVID-19. « C’était vraiment stressant, mentionne la jeune femme. Certains enseignants ne réalisaient peut-être pas que nous étions en pleine pandémie et qu’il y avait peut-être des étudiants qui avaient des problèmes à la maison. Je trouve que certains professeurs ont manqué un peu de jugement par rapport à la situation. »

L’annonce effectuée par le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, indiquant que la cote R était suspendue pour la session d’hiver a eu un impact négatif sur le quotidien de l’étudiante. « J’ai été capable de remettre tous mes travaux, mais avec beaucoup de difficulté. J’ai vraiment dû être disciplinée et motivée surtout quand il y a eu l’annonce que la cote R ne comptait pas cette session. Honnêtement, j’ai été vraiment démotivée, car toute la session j’ai vraiment travaillé fort », avoue-t-elle. 

Malgré son anxiété, Eliane Ciza n’a pas utilisé les services offerts par l’établissement d’enseignement supérieur. « Il y a beaucoup de services au Cégep. Cependant, je ne sais pas comment ça fonctionne. Je trouve qu’on n’en fait pas assez la promotion. »

La jeune femme fait de l’anxiété de performance depuis le secondaire. « Je me sentais toujours étouffée. J’avais constamment des craintes et des questions dans ma tête. C’est fatigant mentalement de toujours se demander ‘‘est-ce que j’ai bien fait mon devoir? Est-ce que je pouvais faire mieux?’’ J’avais toujours l’impression que ce n’était pas assez. »