Léa Lachance et Gaston Talon se sont rencontrés grâce à Christine Gélinas, une éducatrice spécialisée qui leur a organisé un rendez-vous à l’aveugle. En juin dernier, le couple a réalisé son rêve d’unir leurs destinées dans une célébration d’amour.

L’amour sans déficience de Léa et Gaston

« Mon beau Gaston d’amour. Je te veux dans ma vie. Je t’aime tellement que je te veux dans ma vie encore, que nous soyons ensemble pour longtemps. Tu es l’amour de ma vie, c’est toi qui as réparé mon cœur et grâce à toi, j’ai recommencé à mordre dans la vie à pleines dents. Tu fais mon bonheur. Tu es mon prince charmant. Vive l’amour. De ta princesse Léa qui t’aime. »

En regardant la vidéo des fiançailles, il est émouvant de voir les grands sourires que s’échangent les amoureux en se lisant leurs vœux.

Léa Lachance et Gaston Talon s’aiment et ne laissent pas leur déficience intellectuelle freiner leurs rêves. Un d’entre eux était d’unir leurs destinées devant témoins. Pendant six mois, ils ont planifié leur journée de fiançailles. La Tribune vous raconte leur histoire d’amour dans le cadre de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle qui se termine ce samedi. 

Léa et Gaston se sont rencontrés grâce à une éducatrice spécialisée qui leur a organisé un rendez-vous à l’aveugle. 

« Je connaissais les deux et je savais qu’ils souhaitaient trouver l’amour. Léa s’était fait briser le cœur et comme je sais à quel point Gaston est gentil, j’ai pris l’initiative de les présenter », raconte Christine Gélinas, qui travaille au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le premier rendez-vous a eu lieu au Tim Hortons, en présence de Christine, le 4 mars 2015. Léa n’arrêtait pas de parler. Gaston l’avait trouvée tellement belle. Ils s’échangent leurs numéros de téléphone et commencent à s’appeler.

En jasant, Léa et Gaston réalisent qu’ils étaient voisins lorsqu’ils étaient jeunes enfants. 

« Nos familles d’accueil habitaient une à côté de l’autre », explique Léa, qui habite désormais en famille d’accueil à Sherbrooke chez Véronique et Daniel.

« Quand j’avais 5 ou 6 ans, j’avais dit à maman Jojo que j’allais la marier », ajoute Gaston qui vit avec Jojo et Luc, à Melbourne, depuis ses 4 ans.

Le couple sort une photo de Gaston alors qu’il était au primaire. Même beaux yeux bleus. Même douceur dans le regard.

« Je suis fonceuse! »

Après la rencontre initiale, Léa et Gaston se revoient au Carrefour de l’Estrie. Après la deuxième ou la troisième rencontre, ils décident d’être un couple.

Le premier baiser s’est passé devant le Tim Hortons du Carrefour. C’est Léa, sans surprise, qui a fait les premiers pas. « Je suis fonceuse! » souligne-t-elle.

Depuis, ils se parlent au téléphone tous les mercredis et les dimanches. Ils se donnent rendez-vous au Carrefour, au Korvette ou au salon de quilles quand ils peuvent et ils se paient une nuit au motel pour les grandes occasions telles que la Saint-Valentin, Noël ou Pâques.

Ils doivent calculer leurs sous et budgéter. « On a trouvé un motel à Richmond qui leur loue pour 65 $ donc ça leur coûte 32,50 $ chacun », précise l’éducatrice spécialisée.

Léa et Gaston reçoivent de l’aide sociale. Léa travaille aussi cinq jours par semaine à l’entretien dans une garderie et une boucherie. Gaston travaille à l’entretien trois jours par semaine, aussi dans une garderie. Ils gagnent entre 8 et 10 $ par jour.

« Léa et Gaston s’étaient déjà échangé une bague, mais Gaston avait mis dans ses projets de vie qu’il voulait vivre une journée de fiançailles. Un mariage, c’est plus compliqué, car ils sont sous des régimes de protection publique », note Mme Gélinas.

« C’est ma reine »

Pendant six mois, ils ont planifié leur journée. Gâteau, robe, coiffure, faire-part. Tout était prêt pour le 14 juin 2019, jour où ils ont prononcé leurs vœux devant une trentaine d’invités. « Ils ont tout fait cela avec un budget de 500 $, dont une portion provenait de la Fondation Dixville », souligne l’éducatrice spécialisée qui s’est transformée en célébrante pour la grande occasion.

Ses collègues se sont métamorphosées en photographe et en vidéaste. Les familles d’accueil ont contribué.

Le couple montre ses deux albums photo. « Je l’aime parce qu’il est généreux, drôle et surtout gentil. Il me fait des compliments. Comme quand je suis arrivée tantôt il m’a dit : ‘‘wow, t’es tellement belle’’ », mentionne Léa.

« C’est ma reine », ajoute Gaston, avec un clin d’œil.

Le couple chérit maintenant le rêve de vivre ensemble. Un projet qui pourrait être réalisable à long terme. Aussi, même si le couple a déjà espéré avoir des enfants, Léa a réalisé que ce serait trop difficile. « Je vais me faire opérer et Gaston respecte ma décision. Avec des enfants, j’aurais pas le temps d’être coquette. Je le vois à la garderie, les enfants, ça mord, ça pleure, il faut se lever dans la nuit », résume Léa.

On regarde la vidéo des fiançailles. Jojo a aidé Gaston à mettre en mots son amour pour Léa, car le fiancé n’écrit pas. La célébrante les lit pour lui. C’est un poème.

« Léa, tellement je t’aime, quand je regarde les nuages je vois ton visage. Depuis que je te connais, c’est comme un feu d’artifice dans mon cœur. Il y a une étincelle de joie et de sourire et ça me permet de voir la vie en couleur. »

« Wow », ne peut s’empêcher de s’exclamer la fiancée.

Il ajoute de son cru.

« Je te l’aime ma chérie. Oui je le veux. »

« Bravo Gaston », lui répond sa princesse.

Léa précise : « Nous, on ne se dit pas je t’aime. On aime mieux je te l’aime. Quand on se parle au téléphone les mercredis et dimanches, on se dit toujours : je te l’aime, bonne nuit ».