Le Dr Michaël Mayette et le Dr Marc-André Leclerc, tous les deux médecins intensivistes au CIUSSS de l'Estrie-CHUS, ont fait de nombreux examens pour confirmer que la patiente était bel et bien en mort neurologique.

L'ABC du décès neurologique

Peu de patients regroupent toutes les conditions pour devenir des candidats au don d’organes lors de leur décès. « Le premier prérequis pour donner ses organes est de mourir à l’hôpital et la seule vraie contre-indication au don est de souffrir d’un cancer toujours actif, sauf si c’est un cancer du cerveau », soutient Dr Frédérick D’Aragon, médecin intensiviste et coordonnateur du don d’organes au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Les donneurs sont donc souvent ceux qui ont un grave saignement dans leur cerveau, trop grave pour être soigné en chirurgie, comme c’est le cas de Mme Bachand.

Et c’est ensuite que le diagnostic de mort cérébrale doit être posé. Il s’agit d’un geste complexe, surtout s’il est question de don d’organes. Il ne faut alors rien négliger.

« Quand une personne est en état de mort neurologique et qu’il n’est pas question de don d’organes, nous débranchons simplement le respirateur quand la famille est prête et le cœur du patient va s’arrêter de battre dans les secondes ou dans les minutes qui suivent », explique le Dr Michaël Mayette, médecin intensiviste au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Or quand il est question de don d’organes, le cheminement vers le constat du décès neurologique doit être beaucoup plus poussé afin de s’assurer que le cerveau du patient est bel et bien mort.

« La première série de tests comprend la vérification de plusieurs réflexes qui vont demeurer chez une personne qui est dans le coma. Il y a le test de la toux par exemple, qui est inné quand on insère quelque chose dans la gorge », explique le Dr Mayette.

Le test comporte aussi différentes étapes où l’on doit vérifier si la personne ressent de la douleur.

L’infirmière Annie Chouinard insiste : une personne en état de mort cérébrale ne ressent plus de douleur, puisque c’est le cerveau qui gère la douleur. L’équipe médicale veille quand même constamment au bien-être de la patiente.

« Quand on veut établir le diagnostic, on n’a pas d’autres choix que d’essayer de réveiller la personne. Et on le fait à fond parce que s’il y a une réaction, un réflexe, même le plus petit, on ne veut surtout pas le manquer », explique le Dr Marc-André Leclerc, lui aussi médecin interniste et intensiviste au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Celui-ci est venu accompagner le Dr Mayette pour poser le diagnostic. En effet, la loi prévoit que deux médecins doivent être présents pour l’ensemble des tests qui mèneront au diagnostic sur lequel les deux médecins devront être d’accord.

Le test se termine par un test d’apnée. Pendant près de 15 minutes, on vérifiera si la patiente tente de respirer par elle-même. On vérifiera aussi les gaz artériels dans son sang à trois reprises durant le test, des prises de sang qui seront analysées dans un très court laps de temps au laboratoire de l’Hôpital Fleurimont.

Et voilà que tous les tests ont confirmé. « La patiente est bel et bien en état de mort cérébrale », soutient Dr Mayette, approuvé par Dr Leclerc. La patiente ne se réveillera pas. Mais son cœur bat toujours et ses autres organes, grâce au respirateur, font toujours leur travail.

Il y a maintenant trois étapes cruciales qui attendent l’équipe médicale des soins intensifs de l’Hôpital Fleurimont. D’abord, on doit aviser la famille de leur terrible perte. Ensuite, Transplant Québec doit être mis au courant qu’un donneur potentiel vient d’être déclaré en mort cérébrale afin de débuter le processus d’attribution des organes.

Finalement, l’équipe médicale doit s’affairer à garder la personne décédée dans un état très stable afin que ses organes soient dans le meilleur état possible au moment du prélèvement. Il est complexe de stabiliser un patient en état de mort cérébrale. Sa température, notamment, doit être maintenue le plus près possible de 36 degrés et elle peut chuter facilement.

« Présentement, c’est la patiente la plus instable des soins intensifs », explique Dr Mayette.

Pendant tout le processus de don d’organes, une infirmière veillera presque en continu sur la patiente.

« Les patients en mort cérébrale sont souvent imprévisibles. C’est le travail des infirmières d’être constamment au chevet et d’ajuster adéquatement les médicaments pour maintenant la patiente dans les bons paramètres », indique Lily Cloutier, infirmière aux soins intensifs et aussi infirmière-ressource en don d’organes au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Pendant l’attente vers la salle d’opération, la patiente subira aussi plusieurs examens médicaux. « Le dossier de la patiente sera évalué par Transplant Québec, qui vérifiera avec les chirurgiens transplanteurs leur intérêt pour les organes en fonction de la compatibilité, de la priorité sur la liste d’attente, de l’état de leurs patients aussi », explique l’infirmière Annie Chouinard.

C’est lorsque le décès neurologique est prononcé que le processus s’enclenche. Il faut généralement de 24 à 48 heures pour passer à travers toutes les étapes, parfois davantage en raison de tous les détails dont il faut tenir compte. Pendant ce temps, la personne décédée sera maintenue sous respirateur dans une chambre des soins intensifs.

« C’est un processus qui demande beaucoup de temps et de personnel, dont beaucoup de gens qui travaillent dans l’ombre et non pas au chevet du patient », ajoute Mme Chouinard.

Le foie de Mme Bachand sera finalement retenu par un chirurgien du Québec afin de sauver la vie à un patient très malade.


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