La Résidence Bellevue fermera ses portes à la fin février, puisque l'entreprise n'était plus rentable depuis plusieurs années, déplore son propriétaire Réjean Therrien.

La Résidence Bellevue fermera

Près de 300 résidences pour aînés ont fermé leurs portes au Québec dans les trois dernières années, la plupart du temps parce qu'elles étaient étranglées par leurs dettes ou dans l'impossibilité de se conformer aux nouvelles normes de la Régie du bâtiment du Québec. La dernière en lice est la Résidence Bellevue, dans l'Est de Sherbrooke, qui fermera ses portes le 28 février prochain. Ses 44 locataires devront rapidement se trouver un nouveau toit.
L'entreprise n'était plus rentable depuis plusieurs années après que son propriétaire ait dû injecter beaucoup d'argent dans la mise à niveau du bâtiment, notamment pour se conformer aux normes de sécurité incendie.
Rappelons que les Résidences Bellevue avaient perdu leur certification du ministère de la Santé et des Services sociaux à la fin 2012, tout comme Le Saint-François sur le boulevard Saint-François et la Résidence Cathédrale sur la rue Marquette, qui, elles, ont fermé leurs portes peu après. Quelques mois plus tard, le tribunal administratif du Québec avait suspendu la décision de la défunte Agence de la santé et des services sociaux de l'Estrie pour offrir un sursis à la Résidence Bellevue.
« Pour ravoir notre certification pour quatre ans, il a fallu installer des gicleurs dans le bâtiment, ajouter des murs et des portes coupe-feu et changer complètement le système d'alarme. Ça nous a coûté 300 000 $. Ç'a créé une dette supplémentaire pour l'entreprise », soutient le propriétaire Réjean Therrien.
De nombreux locataires s'étaient hâtés de quitter leur logis lorsque l'entreprise avait été menacée de perdre sa certification en 2012, si bien que lorsque le dossier a été réglé quelques mois plus tard, de nombreuses chambres étaient vides à la résidence. « Il nous a fallu rebâtir notre clientèle. Ç'a été long. Encore aujourd'hui, il y a dix chambres vacantes. C'est un manque à gagner de 10 000 $ par mois », ajoute-t-il.
En plus, avec les nouvelles normes imposées par le ministère de la Santé et des Services sociaux et par la Régie du bâtiment, des ajustements ont dû être apportés aux équipes de travail. « On doit garder plus de personnel, notamment la nuit. Notre masse salariale est devenue très lourde à supporter : elle prend 57 % de nos revenus. Ça en laisse très peu pour le reste, les taxes, le bâtiment, la dette, etc. », ajoute M. Therrien.
De telles fermetures risquent bien de se reproduire dans les prochains mois en Estrie, car la situation de « plusieurs propriétaires est extrêmement difficile en ce moment », soutient Yves Desjardins, président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés.
« La sécurité est importante. Personne ne veut qu'on revive un autre drame comme celui de L'Isle-Verte (NDLR: où 32 aînés avaient péri dans l'incendie de la Résidence du Havre). Mais il y a les façons de faire. Il faut y aller graduellement. Plusieurs propriétaires n'arrivent pas à tout payer », explique-t-il.
« Un propriétaire de Sherbrooke m'a dit récemment qu'il ne s'était pas pris de salaire depuis plus d'un an. Ça ne pourra pas durer », ajoute-t-il.
Son Regroupement est à la recherche de solutions et fait de fréquentes représentations auprès du gouvernement provincial pour trouver des mesures pour rendre les entreprises rentables.
« On doit laisser plus de latitude aux propriétaires », clame Yves Desjardins.
De son côté, le CIUSSS de l'Estrie-CHUS a été mis au courant de la situation et une équipe est déjà en place pour soutenir et accompagner les résidents dans la recherche d'un nouveau toit. Deux jours après l'annonce aux résidents, plus de la moitié d'entre eux se sont déjà relocalisés.