Le professeur de l’Université de Sherbrooke Félix Berrigan montre les bases de la méditation pleine conscience aux élèves du Collège Mont Notre-Dame.

La méditation pleine conscience se taille une place dans les écoles

La pleine conscience a la cote. Ce type de méditation se taille une place de plus en plus grande dans les écoles.

Le Collège Mont Notre-Dame a lancé une série d’environ 10 ateliers visant à favoriser l’estime de soi et améliorer la gestion du stress. L’institution a lancé ce projet, dont le but ultime est de prévenir les troubles alimentaires, avec le Centre d’expertise en santé mentale RBC de l’Université de Sherbrooke.

L’institution privée veut du même coup faire une plus grande place à la pleine conscience.

« L’idée, avec tout ça, c’est de devenir une école axée sur la pleine conscience. Je veux créer un groupe de professeurs intéressés à l’amener en classe, au-delà du programme avec le Centre d’expertise », commente Isabelle Côté, psychoéducatrice au collège, en précisant que ce genre d’initiatives demeurera sur une base volontaire. Les jeunes femmes pourront reconnaître les signaux d’alarme plus facilement, agir plus rapidement et ainsi diminuer les impacts.

Un des facteurs liés au développement des troubles alimentaires sont les troubles anxieux, et la mauvaise régulation du stress émotionnel.  

« En milieu de travail, dans les bulletins que je reçois associés à l’ergonomie ou la santé au travail, il y a de plus en plus de milieux qui intègrent ou qui offrent la possibilité d’aller méditer sur certaines heures de travail. Dans les écoles, il y a un intérêt marqué », note Félix Berrigan, professeur à la faculté des sciences de l’activité physique de l’UdeS qui offre des formations au collège.

M. Berrigan dit avoir été approché par des écoles des secteurs de Granby et Montréal.

« Je pense que ce n’est pas tant la pleine conscience qui semble être populaire que les préoccupations par rapport à l’anxiété chez les jeunes et le stress qu’ils vivent et trouver des façons de les reconnecter... Pour l’instant, chaque fois qu’on en a parlé autour de la table, les gens sont favorables à l’idée d’implanter la pleine conscience... »

En Colombie-Britannique, le programme Mind Up, qui met de l’avant cette pratique, a été implanté dans plusieurs écoles.
« Au cours des dernières années, dans la littérature, on a vraiment vu une éclosion des études en lien avec ce sujet, mais plus particulièrement associé aux milieux scolaires et dans les milieux de travail. »

M. Berrigan a lui-même suivi une formation en pleine conscience par intérêt personnel. Il s’est notamment impliqué dans un projet alliant pleine conscience et activité physique à l’école primaire l’Écollectif avec le professeur de l’UdeS Marc Bélisle, qui s’intéresse aussi à cette question.

« Après avoir vu les effets chez les élèves, l’avoir expérimenté et regardé avec mes enfants, je me suis mis à lire beaucoup... Je regarde aussi mes projets de recherche avec cette thématique-là, parce que ça répond à beaucoup de besoins. »

En collaboration avec une école primaire, le professeur veut mettre sur pied un guide expliquant comment mettre en place la méditation pleine conscience en milieu scolaire.  

Certains pays ont commencé à inclure la méditation dans le programme scolaire des enfants.

Sonia Lupien, professeure à l’Université de Montréal, et directrice du Centre d’études sur le stress humain (CESH), met cependant en garde contre la tentation de mettre en place une méthode universelle.

« Il y a des études qui ont montré que si vous prenez une personnalité comme moi et vous lui demandez de faire du yoga, vous augmentez leurs hormones de stress.

Il n’y a pas de méthode universelle. Quand ça ne fonctionne pas, ça peut avoir un effet délétère. Ce qu’il faut mettre dans les écoles, c’est un choix. Il faut offrir plusieurs façons de diminuer le stress, l’anxiété, et laisser le choix aux jeunes. »

Mme Lupien a fait valoir cette position avant les Fêtes à l’émission Médium large, alors qu’on faisait écho à une étude menée en Australie selon laquelle la méditation pleine conscience n’aurait aucun effet bénéfique chez certains adolescents, voire qu’elle peut entraîner des effets négatifs. Elle a reçu plusieurs commentaires, et dit avoir été traitée à tort d’anti-méditation.

« Il n’y a pas de méthode universelle... Je n’ai pas dit que ce n’était pas bon, j’ai dit que ce n’était pas bon pour tout le monde. »

L’UdeS offre depuis plusieurs années des activités de méditation guidée libre et d’initiation à la méditation. Elle dit remarquer une hausse de popularité de ce type d’activités.

Vivre le moment présent

Pas toujours évident dans cette société où l’attention est constamment sollicitée. « Si on veut apprendre à maîtriser son attention, il faut se pratiquer », indique-t-il. Maîtriser son attention peut servir à une kyrielle de choses... dont parvenir à étudier quand la maison est envahie par le bruit.

« Notre attention, dans la vie de tous les jours, peut être orientée vers différentes choses, dont nos pensées. Cette attention se promène (...) On peut aussi axer notre attention sur nos émotions et ça on le fait beaucoup moins... On est peut-être moins attentifs à ce qu’on vit d’un point de vue émotionnel (...) »

« Souvent, ça n’arrête pas dans nos têtes, particulièrement avec nos pensées. On est extrêmement influencés par nos pensées qui nous occupent quotidiennement... Ces pensées sont comme des oiseaux qui volent dans notre tête, et il y en a dans tous les sens. »

Les exercices (dont de la visualisation) présentés aux quelque 36 élèves de première secondaire visaient à centrer l’attention des adolescentes sur un objet en particulier.

« Dans le monde dans lequel on vit, on dit qu’on passe la majeure partie de notre temps à penser, et peu de temps à ressentir », a-t-il également fait valoir.

Un des objectifs est de vivre le moment présent. En entrevue, Félix Berrigan rappelle qu’un tel exercice peut se dérouler dans de courtes périodes de temps. « L’idée, c’est de montrer que c’est très accessible, que ça peut se faire rapidement, pas de leur faire peur avec les pratiques formelles. »