L’urgence des signalements retenus à la DPJ sont évalués en fonction de nombreux critères, dont l’âge de l’enfant, les faits rapportés, les personnes présentes dans son entourage, les services reçus en première ligne, la vulnérabilité et l’historique familial.

La DPJ face à un nombre record de dossiers en attente

Il y a présentement 325 dossiers en attente d’évaluation à la direction de la protection de la jeunesse (DPJ), « une situation jamais-vue » sur le territoire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. De ce nombre, 137 dossiers sont en attente du côté du territoire de Granby et de la Haute-Yamaska, qui font maintenant partie du territoire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Deux facteurs expliquent qu’on ne réussisse pas à traiter davantage de dossiers : le manque de personnel, comme partout dans le réseau de la santé, mais aussi une augmentation du nombre de signalements retenus », explique Alain Trudel, directeur de la DPJ au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Les chiffrent parlent d’eux-mêmes. L’an passé, 1641 signalements ont été retenus, soit 31 dossiers par semaine. Cette année, on atteindra tout près de 1900 signalements, c’est-à-dire 36,7 par semaine.

« On parle d’environ 250 signalements supplémentaires cette année, ce qui représente une large partie de notre liste d’attente », soutient M. Trudel.

Le directeur de la DPJ se veut toutefois rassurant : les codes 1 et 2 sont répondus immédiatement ou dans un délai de 24 à 48 heures : « Quand l’intégrité physique de l’enfant est menacée, on intervient immédiatement. »

Les dossiers sont évalués en fonction de nombreux critères, dont l’âge de l’enfant, les faits rapportés, les personnes présentes dans son entourage, les services reçus en première ligne, la vulnérabilité et l’historique familial. « Les enfants de 0-5 ans sont souvent priorisés pour une intervention dans les 30 jours, parce qu’il y a moins de services du milieu qui gravitent autour de la famille. Autrement dit, personne n’a un regard sur l’enfant et peut nous tenir au courant si la situation se détériore », ajoute-t-il.

L’équipe d’évaluation, composée de 34 postes permanents dont un certain nombre sont présentement sur l’assurance salaire, gère tellement d’urgences qu’elle a de la difficulté à travailler dans les dossiers qui sont classés moins urgents.

« En ce moment, nos cas les plus anciens sont en attente depuis 200 jours et même un peu plus. Ce sont principalement des dossiers d’adolescents présentant des troubles de comportement », se désole Alain Trudel.

Alain Trudel, directeur de la protection de la jeunesse au CIUSSS de l’Estrie-CHUS

«  L’augmentation du nombre de cas urgents que l’on traite à la DPJ signifie qu’il y a un problème : on ne réussit pas à intervenir au bon moment.  »
Alain Trudel, directeur de la DPJ

La grande question qui s’impose : mais pourquoi note-t-on une telle augmentation du nombre de signalements retenus?

« L’augmentation du nombre de cas urgents que l’on traite à la DPJ signifie qu’il y a un problème : on ne réussit pas à intervenir au bon moment. Idéalement, ce seraient les services de première ligne qui agiraient pour aider les enfants et leurs parents, pas la protection de la jeunesse. »

« Nous retenons 22 % des signalements que nous recevons. Les autres 78 % proviennent de gens qui manquent de ressources. Avec la direction de la Santé publique, nous allons nous pencher sur la question pour voir ce qu’on peut faire pour intervenir plus tôt en première ligne », nuance Alain Trudel.

Recrutement difficile

La longue liste d’attente a un autre effet pervers : elle crée beaucoup de pression sur des employés déjà débordés et qui travaillent maintenant toujours, ou presque, dans des dossiers urgents où la sécurité des enfants peut être compromise.

« Le recrutement dans nos équipes d’évaluation est difficile. On a bon nombre d’intervenants expérimentés qui choisissent d’aller vers des services de proximité. Résultat, nos « seniors » qui restent doivent faire la formation des nouveaux, ce qui ajoute à leur charge de travail déjà importante. Oui c’est un travail qui est très demandant, mais quand on sait le prendre avec une certaine distance, c’est un travail extrêmement important dans notre société et qui n’est pas assez reconnu », assure M. Trudel.

« Il reste un tabou comme quoi ça signifie qu’il y a un problème quand la protection de la jeunesse est là. Au contraire, il faut féliciter les gens d’avoir eu la force d’aller chercher de l’aide », ajoute-t-il.

Le directeur de la DPJ souhaite évidemment que les gens continuent de téléphoner à la DPJ quand ils ont le moindre doute pour la sécurité d’un enfant. Mais, répète-t-il, la protection des enfants passe par bien d’autres niveaux que celui de la DPJ.

« Comme société, on peut collaborer de bien des façons pour avoir un impact positif sur un enfant et une famille. Parfois, il suffit d’un seul adulte qui se préoccupe assez d’un enfant pour faire toute la différence pour cet enfant. On a tous des enfants dans notre entourage. Est-ce qu’on ne pourrait pas s’arrêter, cinq minutes, pour lui demander comment ça va et leur offrir notre aide s’ils en ont besoin? Il y a des gestes très simples qu’on peut poser pour aider des enfants et leurs parents dans des périodes plus difficiles », ajoute-t-il.