« Il faut savoir qu’il n’y aura aucun service externe dans le Centre mère-enfant; la clinique externe restera ici. Donc, il faut réaménager », explique Dre Judith Simoneau-Roy, endocrinologue et pédiatre au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

La clinique externe étouffe en pédiatrie

Les locaux de la clinique externe de pédiatrie à l’Hôpital Fleurimont sont trop petits. Quand plusieurs médecins y travaillent en même temps que d’autres professionnels, comme des nutritionnistes, on s’arrache carrément les locaux. « Ce qu’on demande, c’est de pouvoir traiter nos patients dans le respect, dans l’intimité et la confidentialité », lance comme cri du cœur l’endocrinologue et pédiatre Judith Simoneau-Roy.

« Dans cette clinique externe, rien n’a changé depuis 20 ans », dit-elle en faisant visiter les lieux plutôt exigus. Dans un avant-midi, il peut y avoir une soixantaine de petits patients, bien sûr accompagnés de leurs parents. Et sans oublier les nombreuses poussettes qui prennent beaucoup de place. Tout ça pour 13 salles d’examens. Ce manque de places cause de vrais soucis au personnel qui doit naviguer dans cette clinique externe au quotidien.

« Parfois, on rencontre le patient. Ensuite on doit aller évaluer son dossier. Pendant ce temps, on doit faire sortir le patient et le retourner dans la salle d’attente. Quand on est prêts à le revoir, parfois on attend, là, le résident, moi, le parent et son enfant, qu’une salle se libère », cite en exemple Dre Simoneau-Roy.

Qu’est-ce qu’une clinique externe ? C’est à cet endroit de l’hôpital que les patients se rendent pour rencontrer un médecin spécialiste après avoir obtenu une référence d’un médecin de famille. Les pédiatres prennent en charge toutes les maladies touchant les enfants, de la dermatologie aux problèmes rénaux en passant par le diabète.

La clinique externe de pédiatrie est ainsi un rouage important dans l’organisation des soins aux enfants.

« On dit que 70 % des activités de la pédiatrie se déroulent en clinique externe. Quand on réussit à bien faire rouler notre clinique externe, on réussit à régler bien des problèmes avant qu’ils ne deviennent plus graves et nécessitent une hospitalisation », soutient la pédiatre.

Pourtant, de nombreux détails accrochent et alourdissent le travail de l’équipe médicale. Et nuisent même aux patients d’une certaine façon.

« On a regardé toutes les possibilités et il n’y a qu’un endroit où on peut mettre la pesée : dans le couloir, juste à côté de la salle d’attente ! Vous imaginez les enfants et les familles qui font l’effort de venir voir un médecin pour leur surplus de poids et qui doivent se faire peser dans le couloir ! C’est vraiment déplorable », dit celle qui gère la Clinique d’obésité pédiatrique du CIUSSS de l’Estrie-CHUS à même les locaux de la clinique externe pédiatrique.

La salle où les médecins peuvent discuter avec leurs résidents de leurs dossiers est petite. Six personnes peuvent s’y asseoir en même temps. « Quand il y a trois patrons et trois résidents, bonjour la confidentialité et bonjour la cacophonie », déplore-t-elle.

Urgence d’agir

Cette sortie de Dre Simoneau-Roy s’inscrit dans la même veine que la lettre que l’ensemble des médecins et du personnel de la pédiatrie ont fait parvenir à La Tribune plus tôt cette semaine pour sensibiliser les Estriens à l’urgence de la construction du Centre mère-enfant.

Pourtant, même si le Centre mère-enfant était inauguré beaucoup plus rapidement que prévu, cela ne ferait pas une grande différence pour la clinique externe de pédiatrie.

« Il faut savoir qu’il n’y aura aucun service externe dans le Centre mère-enfant ; la clinique externe restera ici. Donc, il faut réaménager », dit-elle.

Impossible de savoir pour le moment ce qu’il adviendra de l’espace laissé vacant quand l’urgence, la pédiatrie, la maternité et la néonatalogie auront intégré le nouveau bâtiment quelque part en 2024 ou en 2025. « Il est trop tôt pour discuter de ce qui va arriver avec les espaces libres de l’Hôpital Fleurimont laissés vacants par le Centre mère-enfant. Nos efforts sont actuellement mis sur la construction comme telle du centre. De plus, depuis la fusion en 2015, les choses ont changé et il y a d’autres éléments dont nous devons tenir compte, par exemple Optilab », soutient-on du côté du service des communications du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Dre Simoneau-Roy espère que la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS sera consciente des enjeux. Mais de toute façon, il est impossible pour elle que la clinique externe de pédiatrie continue de fonctionner ainsi pendant encore des années.

« La première fois que j’ai rencontré le Dr Stéphane Tremblay [NDLR président-directeur général adjoint du CIUSSS de l’Estrie-CHUS en ce moment et pressenti pour le poste de président-directeur général], c’était il y a 20 ans, juste ici dans cette salle. C’est un pédiatre ; il a déjà travaillé ici, avec nous, il connait notre réalité », dit-elle.