L’usine Kruger de Brompton va cesser ses activités vendredi pour une durée indéterminée.
L’usine Kruger de Brompton va cesser ses activités vendredi pour une durée indéterminée.

Kruger ferme son usine de Brompton pour une durée indéterminée

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Même si elle fabrique des produits jugés essentiels dans le contexte de la COVID-19, l’usine Kruger de Sherbrooke doit se résoudre à fermer ses portes à compter de vendredi pour une durée indéterminée. Cette fermeture envoie 272 travailleurs au chômage.

« On était dans des conditions assez difficiles avant la pandémie, explique Jean Majeau, vice-président principal, Affaires corporatives et communications en entrevue avec La Tribune. Mais là ce n’était plus possible de maintenir le rythme de pertes qu’on subissait. »

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L’usine du secteur de Brompton produit du papier journal et des papiers de spécialité pour l’emballage alimentaire, dans une proportion de 50/50. Elle est engagée depuis moins d’un an dans une transition vers ce second créneau puisqu’elle enregistrait déjà avant la crise sanitaire une baisse de demandes pour le papier journal d’environ 13 pour cent par année, détaille M. Majeau.

Or avec le confinement de la population et la fermeture imposée des entreprise et des commerces non essentiels pour tenter de ralentir la propagation de la COVID-19, la détérioration des conditions de marché s’est accélérée, entraînant des impacts importants sur la rentabilité de l’usine de Brompton.

« La demande a dramatiquement chuté dans le papier journal, constate Jean Majeau. Il n’y a presque plus de placements publicitaires et les imprimeurs sont obligés de réduire leurs tirages et le nombre de pages de papier qu’ils utilisent. »

« Sans compter que le prix des matières premières a explosé parce qu’il y a plusieurs scieries au Québec qui fabriquent du bois d’œuvre qui ont fermé, donc les copeaux qu’on utilise dans la fabrication du papier sont plus rares et plus coûteux. »

Quant aux papiers de spécialité, qui constituent un marché prometteur pour l’avenir puisqu’ils sont une alternative plus écologique aux emballages de plastique, ils n’ont malheureusement pas les reins assez solides encore pour permettre à Kruger de poursuivre ses activités.

« On était en processus de transition, met en perspective M. Majeau, mais nous n’avions pas encore atteint le seuil de rentabilité pour ces nouveaux segments de produits. Il n’y a rien qui n’était pas prévu, sauf que pendant la transition vers les papiers de spécialité, on comptait quand même sur des revenus plus substantiels du côté du papier journal. Malheureusement tout a déboulé. On se fait frapper de plein fouet par la crise de la COVID en plein dans notre processus de transition. La pandémie a complètement changé la donne. »

La papetière n’est pas en mesure à ce moment-ci d’envisager une date de reprise des opérations. Ni même le modèle d’affaires dans lequel l’usine redémarrera, puisque dans le créneau du papier journal, elle est considérée comme l’une des usines les moins compétitives en Amérique du Nord, selon M. Majeau. 

Est-il risqué que la production de papier journal ne reparte pas à Brompton?

« Tous les scénarios sont évalués à ce stade-ci, concède-t-il. On n’en écarte aucun. Il faut qu’on prenne le temps de revoir complètement le modèle d’affaires et qu’on regarde toutes les options qu’on a devant nous, avec les équipements qu’on a devant nous. Mais on pense qu’ultimement, c’est certain qu’il faut s’éloigner du papier journal à Brompton. »

Nouvelle usine

Outre la suspension de la production de papier journal et de papiers de spécialité, Kruger suspend à compter de vendredi les opérations de sa centrale de cogénération à la biomasse. 

L’usine de papier tissu de Lennoxville n’est pas touchée par cette annonce et poursuit ses activités normalement.

Quant au chantier de la nouvelle usine de Brompton, il était déjà interrompue et devrait reprendre le 13 avril, en même temps que prendrait fin la pause imposée par Québec aux entreprises et commerces des secteurs non essentiels.

« C’est notre objectif de reprendre le chantier le plus tôt possible, c’est aussi un chantier qui est dans un secteur considéré comme des produits essentiels. On ne voit donc pas de problème pour la reprise du chantier et on garde le cap. »

Cette nouvelle usine de papier hygiénique et d’essuie-tout, qui représente des investissements de 575 M$, est censée démarrer en deux phases, en juillet 2020 et mars 2021. 

À savoir enfin si d’autres usines de Kruger pourraient subir le même sort que Brompton, Jean Majeau se montre préoccupé par le cas de Trois-Rivières.  

« Il faut monitorer la situation, dit-il. On a l’usine Wayagamack qui est dans des segments de papiers de spécialité différents de Brompton et en partie aussi dans les papiers couchés (magazines) et eux aussi sont dans des conditions de marché qui peuvent se détériorer assez rapidement. On n’est pas à l’abri d’une situation similaire à Trois-Rivières. »