JEVI lance un appel pour que l’Estrie se dote d’un centre de crise en prévention du suicide.

JEVI rêve d’un centre de crise

JEVI lance un appel pour que l’Estrie se dote d’un centre de crise en prévention du suicide. En réaction aux données alarmantes dévoilées en avril par le directeur du Service de police de Sherbrooke, Dany McConnell, concernant la détresse psychologique à Sherbrooke, la directrice générale de JEVI Estrie, Tania Boilar, a présenté les besoins estriens aux élus la semaine dernière.

Selon les données rendues publiques par M. McConnell, on répertoriait 883 tentatives de suicide à Sherbrooke en 2016, 80 de plus que l’année précédente. « Ce n’est pas un chiffre qui va en décroissant », avait-il affirmé.

Des élus s’étaient montrés préoccupés et avaient demandé ce que la Ville pouvait faire.

« Chaque année, ce sont environ 50 citoyens qui se suicident en Estrie, dont la moitié sont des Sherbrookois. Chaque semaine, nous perdons donc quelqu’un de notre communauté. On compte 1250 tentatives par année. Pour un décès, il y a au moins dix personnes qui sont touchées de très près. M. McConnell a raison de dire que c’est très préoccupant », dit Mme Boilar.


«  Chaque année, ce sont environ 50 citoyens qui se suicident en Estrie, dont la moitié sont des Sherbrookois. Chaque semaine, nous perdons donc quelqu’un de notre communauté.  »
Tania Boilar, directrice de JEVI

Le nombre d’appels reçus à JEVI s’élevait à 4722 en 2011. Dans la dernière année, on en a plutôt reçu 17 842.

« La réalité, c’est que la prévention est l’affaire de toute une communauté. Tout seuls, nous ne pouvons pas faire la différence. Nous ne connaissons pas tous les rouages de la politique, mais par les temps qui courent, nous avons besoin d’un coup de main. Nous sommes une des seules régions au Québec qui n’a pas de centre de crise. C’est toujours l’aspect financier qui achoppe. »

Tania Boilar explique qu’un centre de crise est un milieu sécuritaire où les personnes suicidaires en crise peuvent séjourner. « Les gens y sont encadrés par des intervenants. Les centres s’adressent à ceux qui ne peuvent pas rester à la maison, mais qui ne représentent pas un assez grand danger pour aller à l’hôpital. En ce moment, si une personne ne peut pas rester chez elle, nous devons l’envoyer à l’hôpital alors qu’elle pourrait se rendre dans un centre sous surveillance 24 h »

Selon Mme Boilar, les centres de crise sont souvent rattachés à un centre de prévention du suicide. « Nous avons un intérêt pour ce genre de ressource. Nous avions soumis un projet en 2014 qui incluait des installations sécuritaires et des intervenants sur place. » Le projet était alors évalué à 882 950 $.

À la Ville de Sherbrooke, la présidente du conseil municipal, Nicole Bergeron, a indiqué que le domaine de la santé relève du gouvernement provincial. « On peut regarder quel support on peut vous donner pour adresser ces démarches dans le réseau. Ça mérite d’être regardé avec nos partenaires. »

Tania Boilar ne s’attendait pas à une contribution financière de la Ville de Sherbrooke, mais jugeait pertinent de prendre la parole. « C’est certain que si on avait plus d’argent, on pourrait développer des services que nous avons dû laisser tomber parce que nous n’avions pas assez de sous. Nous pourrions travailler davantage en prévention avant que ça devienne critique. Dans le passé, on voyait des résultats à ce type d’intervention. »

À tout le moins, l’augmentation du nombre d’appels à JEVI peut être perçue comme une nouvelle encourageante au sens où plus de gens osent appeler à l’aide. « Le taux de suicide demeure le même, alors ce sont vraiment les gens qui sont plus proactifs, qui vont chercher de l’aide. Mais s’il y a plus d’appels, il y a aussi un plus grand besoin de suivi. »

Toute personne en détresse peut contacter JEVI au 1 866 APPELLE.

Tania Boilar ne s’attend pas à une contribution financière de la Ville de Sherbrooke, mais juge pertinent de prendre la parole afin de trouver des partenaires pour son projet, qu’elle estime à 880 000 $.

Le CIUSSS lance la réflexion

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS lance ces jours-ci une réflexion pour répondre le plus adéquatement possible aux besoins liés à la santé mentale et à la dépendance. Différents scénarios pouvant mener à la création d’un centre de crise seront analysés pour qu’une proposition concrète soit déposée cet automne.

« Nous avons déjà en place certains services de crise avec l’urgence en santé mentale à l’Hôtel-Dieu, avec l’équipe mobile d’intervention psychosociale et l’équipe Urgence-Détresse. Nous avons aussi une entente avec le Partage Saint-François pour des lits d’hébergement temporaire. Nous reconnaissons que nous avons un trou dans notre offre de services pour de l’hébergement en situation de crise, particulièrement à Sherbrooke, où le volume est plus élevé », explique Murray McDonald, directeur des programmes de santé mentale et de dépendance au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

M. McDonald rapporte qu’une réflexion avait déjà été entreprise avant la fusion des établissements de santé. « Nous voulions connaître les besoins en situation de crise et de dégrisement. « L’enjeu en est une de financement récurrent de trois quarts de million de dollars. Pour les services de dégrisement, nous sommes en train de négocier une entente avec un partenaire communautaire. »

En 2014-2015, on avait identifié un besoin pour un centre de crise qui compterait six lits. « Nous sommes en processus pour mettre en place un groupe de réflexion qui se penchera sur un ou deux scénarios. JEVI et le Service de police de Sherbrooke pourront être impliqués. Nous voulons les avoir autour de la table pour arriver cet automne avec une proposition. »

Murray McDonald convient que certains individus suicidaires sont hospitalisés alors qu’ils pourraient être dirigés vers un centre de crise, s’il en existait un. « Le centre permettrait de désengorger les urgences. Dans les trois dernières années, nous avons connu une augmentation de l’ordre de 18 % en matière de visites à l’urgence en santé mentale. Par rapport à 2015-2016, ce sont entre 500 et 600 visites de plus. »

Première rencontre

Une première rencontre du comité de réflexion devrait se tenir en juin. La venue du centre de crise dépendra du financement obtenu. Le modèle de gestion devra être déterminé en cours de route. « C’est sûr que le CIUSSS aura un rôle important à jouer, mais nous ne prétendons pas que nous avons toutes les réponses. Nous voulons faire le travail en partenariat avec les organismes communautaires. »

Marie-France Beaucage, coordonnatrice des services généraux au CIUSSS, ajoute que l’évaluation des besoins permettra de déterminer si le roulement dans un centre de crise serait suffisant pour nécessiter la présence continuelle de personnel. « Doit-on être spécifique sur une problématique comme le suicide ou accueillir des gens dans d’autres situations de détresse? Il faut une ressource assez large où les gens se sentiront bien et accueillis. »

Mme Beaucage précise que l’absence d’un centre de crise, en ce moment, ne signifie pas qu’il n’y a pas de services adéquats pour les personnes en détresse. « Il n’y a pas une région qui est structurée de la même façon. En Estrie, nous sommes très avancés pour les services de proximité. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’enjeux ou de trous de services. Mais nous avons le Partage Saint-François, la Maison Oxygène et des maisons d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale. Parfois, le centre n’est pas la meilleure solution. Il faut dans certains cas ajuster la médication ou essayer d’avoir des listes d’attente moins longues. C’est un bon moment pour dresser un portrait de la situation et voir si nous pouvons apporter des améliorations. »