En novembre 2015, élus et gens d’affaires s’étaient rangés nombreux derrière le comité de candidatures des Jeux de la Francophonie 2021 pour démontrer l’intérêt de Sherbrooke à recevoir l’évènement, qui avait alors été octroyé à Moncton et Dieppe.

Jeux de la Francophonie: les libéraux pointent la CAQ

Pendant que des députés libéraux de l’Assemblée nationale interpellent le gouvernement caquiste pour qu’il aide Sherbrooke à accueillir les prochains Jeux de la Francophonie, en 2021, le député d’Orford Gilles Bélanger assure qu’il participe depuis le début à la discussion et que son gouvernement doit être considéré comme le troisième joueur en importance dans le débat.

« Ça fait déjà deux semaines que je suis sur ce dossier-là et je ne suis pas le seul au parti. Il y a quelques ministères qui sont impliqués. C’est pour ça que ça me surprend la sortie des libéraux. Moi j’ai discuté souvent avec le maire Steve Lussier au cours de la dernière semaine, et sa position initiale je la comprends. Il ne voulait pas hériter d’une patate chaude, je dirais. Là, je pense que si tout le monde s’accorde ensemble, c’est un beau projet », exprime-t-il en entrevue avec La Tribune.

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M. Bélanger dit que son gouvernement respectera la décision du conseil municipal, peu importe sa nature. Il insiste pour dire que c’est au fédéral de pousser pour que Sherbrooke décide d’aller de l’avant.

 « Je pense que la balle est dans le camp du fédéral. Stratégiquement c’est une année électorale, c’est très logique au niveau de la francophonie, c’est un dossier important. C’est sûr que c’est aussi un dossier intéressant pour le Québec, mais les deux premiers leaders là-dedans, c’est le municipal et le fédéral. Par la suite, nous, on va s’arrimer à l’équipe. On ne sera pas les casseux de party. »

En entrevue dimanche, la députée de Bourrassa-Sauvé, Paule Robitaille, a encouragé le gouvernement Legault à imposer son leadership dans ce dossier pour que les Jeux aient bel et bien lieu.

Selon elle, le gouvernement devrait s’assurer que les montants nécessaires soient fournis à la municipalité pour que l’événement ait lieu.

« Le gouvernement du Québec là-dedans pourrait montrer son leadership, oui, donner des ressources, mais aussi rallier Ottawa parce qu’on appelle aussi Ottawa à aider là-dedans », a-t-elle soutenu.

M. Bélanger s’insurge de voir les libéraux demander du leadership aux caquistes.

« On n’avait pas besoin d’avoir des députés libéraux — il n’y en a aucun d’élu en Estrie — qui sonnent l’alarme en voulant dire “on somme Québec de prendre ce dossier-là” alors que ça fait deux semaines qu’on est sur le dossier. Toute l’Estrie est intéressée à ces Jeux, j’ai parlé aux autres maires, que ce soit Magog ou Coaticook, je pense que ça devient les Jeux de l’Estrie avec une ville centre qui est Sherbrooke. Je crois que c’est une opportunité à ne pas manquer, par contre ce n’est pas nous qui allons l’obliger à Sherbrooke », indique-t-il.

L’attachée de presse de la ministre responsable de la Francophonie, Nadine Girault, a elle aussi indiqué que le gouvernement se positionnerait s’il a une demande de la municipalité.

Si les élus locaux s’entendent pour accueillir les Jeux, le gouvernement évaluera leur demande à ce moment-là, a affirmé Maeva Proteau, ajoutant que l’échéancier et les coûts feraient partie de la réflexion. Mme Proteau n’a pas voulu s’avancer sur la possibilité que le gouvernement Legault augmente sa contribution si la municipalité le réclame.

Rappelons que le maire de Sherbrooke Steve Lussier a répété mercredi dernier qu’il ne souhaitait pas être l’hôte des Jeux, évoquant notamment des enjeux financiers. C’est aussi pour cette raison que le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, a renoncé à accueillir l’événement à Moncton et Dieppe.

Le conseiller municipal Vincent Boutin a par la suite demandé au maire de reconsidérer sa décision et une réunion doit avoir lieu lundi soir, à huis clos, pour discuter de cette question. M. Boutin croit que le maire aurait dû consulter le conseil municipal avant de prendre sa décision. 

Les deux élus se sont d’ailleurs rencontrés en privé dimanche afin de discuter du dossier. Tous deux ont refusé les demandes d’entrevues après leur rencontre. 

Coûteux pour la Ville

En entrevue avec La Presse canadienne, M. Boutin a soutenu qu’il y avait des coûts également à ne pas recevoir les Jeux. Selon lui, plusieurs infrastructures sportives devraient être rénovées à Sherbrooke, et cet événement serait l’occasion de le faire.

« Pourquoi ne pas se servir des Jeux de la Francophonie pour nous aider à payer ces infrastructures-là ? » a-t-il souligné.

Selon M. Boutin, en 2015, lorsque Sherbrooke avait été finaliste pour recevoir les Jeux, elle évaluait les coûts de l’événement à 52 millions $, mais les deux tiers de la facture étaient assumés par les gouvernements fédéral et provincial.

Moins de deux ans avant l’événement, le conseiller municipal reconnaît que les coûts devraient gonfler considérablement, mais selon lui, les gouvernements pourraient également contribuer davantage dans les circonstances.

« Je pense que le fédéral et le provincial sont conscients qu’ils ne peuvent pas se permettre de perdre les Jeux, donc je pense qu’il y a possibilité de négocier avec eux », a-t-il conclu.

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La décision doit venir de Sherbrooke

Bien que la décision de tenir les Jeux de la Francophonie à Sherbrooke revienne au conseil municipal, les élus provinciaux et fédéraux de la région partagent leur désir de voir l’évènement s’organiser ici. Ils croient majoritairement que la Ville peut relever le défi, mais insiste sur la nécessité d’un consensus clair des conseillers municipaux.

« C’est important que pour la suite des choses, la municipalité développe une unanimité claire : pour ou contre les Jeux de la Francophonie. S’ils sont “pour” d’une façon très claire, à ce moment-là, le cabinet et les ministres dans le dossier vont avoir des discussions. Il faut attendre à lundi soir avec le dépôt du rapport », indique le député caquiste de Richmond André Bachand.

« On a vu au conseil une certaine division, alors qu’ils se rencontrent à huit clos ça ne me dérange pas, mais l’important c’est qu’il y ait une discussion lundi soir au conseil municipal pour que chacun explique sa position. On ne répétera pas ce qui s’est passé au Nouveau-Brunswick, une division sur des projets comme ça on ne peut pas se le payer à Sherbrooke, en Estrie, au Québec. S’il n’y a pas de consensus, ça ne sert à rien de continuer », ajoute M. Bachand. 

La députée fédérale de Compton-Stanstead et ministre du Développement international et de la Francophonie Marie-Claude Bibeau assure soutenir « à 110 % » la tenue des Jeux à Sherbrooke. 

« Si Sherbrooke réactive le dossier, ça va être une excellente nouvelle. J’ai déjà été en communication avec le cabinet du maire et Vincent Boutin, je les ai assurés de ma pleine collaboration. C’est sûr que pour avoir vécu les Jeux du Canada en 2013, dans l’équipe qui l’organisait, je n’ai que de bons souvenirs. Autant au niveau culturel que sportif, je suis convaincue que Sherbrooke est capable de relever le défi. On a une expertise reconnue au niveau de l’accueil d’évènements sportifs, et je suis certaine qu’on est capables de mobiliser des bénévoles rapidement », exprime-t-elle.

Mme Bibeau précise qu’un partenariat à trois doit s’établir avec Sherbrooke, Québec et le Canada pour que l’organisation de l’évènement soit possible. « On va leur laisser avoir leur discussion entre eux. J’attends le verdict du conseil. J’espère qu’ils ne fermeront pas la porte. »

Volonté de la communauté nécessaire

Le député néo-démocrate de Sherbrooke Pierre-Luc Dusseault estime quant à lui que si la Ville décide d’aller de l’avant, le fédéral devra se montrer plus généreux étant donné le court échéancier.

« Le gouvernement provincial ou fédéral ne peut pas imposer ça à une communauté, il faut vraiment que ça vienne d’eux. De mon côté, je vais tenter de m’assurer que le gouvernement fédéral soit présent financièrement pour soutenir les Jeux s’ils décident d’aller de l’avant. La situation fait que c’est plus difficile à organiser à la dernière minute, donc j’espère que le gouvernement fédéral va accepter d’en donner un petit plus que ce qu’il était prévu pour assurer la réputation du Canada auprès de la francophonie. Il faut qu’on reste sérieux. »

Enfin, la députée solidaire de Sherbrooke Christine Labrie rappelle que la transparence et la communication avec la population sont importantes dans ce dossier, étant donné qu’une mobilisation de la communauté sera nécessaire pour assurer la tenue de l’évènement.

« Je pense que les retombées pourraient être très positives. Par contre, il faut que ça soit soutenu par la communauté pour que ça puisse avoir lieu. S’il n’y a pas de volonté de la part de la Ville de recevoir ce projet-là, on ne peut pas les forcer, mais je pense que la Ville devrait le considérer sérieusement. »