Interventions psychosociales : demandes croissantes au SPS

SHERBROOKE — Les interventions pour des problèmes de santé mentale font désormais partie intégrante du métier de policier. Un peu plus d’un an après la mise en place permanente de l’Équipe mobile d’intervention psychosociale (ÉMIP) du Service de police de Sherbrooke, les cas se multiplient. 

Selon le rapport annuel du SPS, publié en septembre 2019, 1578 dossiers liés à un état mental perturbé ou à une tentative de suicide ont été ouverts en 2018, comparativement à 1391 en 2017. 

« C’est un constat qui est fait depuis plusieurs années par tous les corps policiers au Québec. La nécessité d’intervenir et d’aider les gens avec des problèmes temporaires ou permanents de santé mentale est en constante augmentation », note le porte-parole du SPS, Samuel Ducharme. 

Le policier soutient que la direction du SPS est très consciente de la situation. « Il y a plusieurs cadres qui siègent à des comités provinciaux de problématiques en santé mentale. Nous sommes toujours très à jour sur les techniques d’intervention. Notre corps de police est très dynamique. »

Samuel Ducharme estime qu’il y a environ 18 h de travail relié à la santé mentale quotidiennement. « Sur le terrain, on remarque que les appels sont de plus en plus longs et de plus en plus complexes. Les problématiques sont plus profondes. »

Grâce à l’ÉMIP, quatre soirs par semaine des équipes formées d’un policier et d’un travailleur social du CIUSSS de l’Estrie-CHUS patrouillent afin d’intervenir avec des sujets ayant un état mental perturbé. De plus, cinq policiers sont entièrement consacrés aux appels reliés à la santé mentale sept jours sur sept. 

« L’objectif était de créer des spécialistes en la matière de façon à soutenir les patrouilleurs dans la quantité grandissante d’interventions au quotidien », mentionne-t-il.

« Beaucoup de nos appels en criminalité typique ont des problématiques sous-jacentes en santé mentale. L’ÉMIP donne des ressources et des outils supplémentaires aux patrouilleurs. »

Lors de certains appels reliés à la santé mentale, les patrouilleurs sont appelés à sécuriser la scène. Après la première approche effectuée par les patrouilleurs, l’ÉMIP est appelée afin de prendre la relève. « Les gens qui vivent de la détresse ont un service beaucoup plus complet. Ce sont des situations de crise importante », mentionne la travailleuse sociale du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, qui fait partie de l’ÉMIP depuis le lancement du projet pilote en 2016, Sylvie Desautels. 

L’ÉMIP vient combler un besoin à Sherbrooke. « Il y avait beaucoup d’appels qui étaient faits au SPS pour de la santé mentale. Avant l’ÉMIP, il y avait un partenariat avec Urgence-Détresse, mais on intervenait plus en silo. Ce partenariat fait en sorte que nous avons une réponse plus complète », Mme Desaultels en ajoutant que le partenariat s’étend avec les ressources communautaires comme JEVI. « On rencontre les personnes et on évalue leurs besoins. On prend le temps plus tôt que de les transporter à l’hôpital contre leur gré. »

Le confinement forcé par la COVID-19 n’a pas causé davantage de cas liés à la santé mentale. Toutefois, Mme Desautels soutient qu’il s’agit d’un facteur pouvant contribuer à augmenter la détresse chez certaines personnes. Les services de l’ÉMIP ont repris depuis le 23 mai. Ils avaient cessé pendant une période de six semaines en raison de la pandémie. 

La collaboration est la clé

Les paramédics de la région travaillent également en collaboration avec les policiers et les travailleurs sociaux afin de venir en aide aux personnes en détresse grâce à l’évaluation de leur santé physique. « On tisse des liens avec les travailleurs sociaux pour être en mesure de mieux aider les gens. »

Le directeur des opérations chez Ambulance de l’Estrie, Jean-François Pellerin, estime qu’il y a de plus en plus d’appels reliés à des cas de santé mentale.

« De mon côté, le problème médical prime toujours sur le problème de désorganisation mental dans mes chiffres. La santé mentale est donc diluée. Selon les perceptions, c’est clair qu’il y a un peu plus d’appels de cette nature-là si on fait référence au quotidien des paramédics. Souvent, nous sommes appelés pour un problème médical sous-jacent donc c’est difficile de chiffrer le tout. »